Yves Delage. Loc. cit., p
C’est dans les variations du milieu (aliments, poisons alimentaires ou microbiens, gaz respirés, rayons calorifiques, lumineux ou électriques) agissant sur l'individu tout entier et en particulier sur celles de ses cellules qui fournissent les spermatozoïdes ou les œufs, puis sur l’œuf fécondé lui-même que réside unique cause de l’évolution et de la variation des espèces. | |
L'action des aliments surtout est capitale. [ls déterminent une modification chimique et par conséquent histologique des cellules, une modification morphologique de l’organisme. C’est surtout à leur alimentation spéciale que les irlandais, les bretons, les arabes, les samoyèdes doivent leurs caractères de race ; c’est à leur intoxication alimentaire que le buveur de vin, de bière ou d’absinthe, que le fumeur d’opium et le mangeur de haschich doivent leur facies à part.
On conçoit dès lors comment un père alcoolique peut donner naissance à un dégénéré et surtout à un dégénéré mental. L'alcool détermine chez le buveur des modifications chimiques et altère certains tissus, en particulier le tissu nerveux ainsi que la substance qui le représente dans le spermatozoïde ou dans l’œuf. De ceux-ci naîtra naturellement un être d’une forme notablement différente de celle de ses parents et dont le tissu nerveux en particulier aura une constitution chimique et histologique anormale. Tous les neurones auront subi cet arrêt de développement admis par Schulze et Pick et constaté par Arndt chez les dégénérés mentaux.
. De même les maladies agissent sur le produit par leurs toxines ainsi que par les modifications au régime et au genre de vie qu’elles entraînent chez le géniteur. Pour la tuberculose par exemple, « ce qui se transmet, c’est La faiblesse constitutionnelle, l’étroitesse des épaules, la qualité chimique des plasmas et des humeurs qui les rendent moins résistants aux attaques du microbe, de sorte que le fils de tuberculeux a toutes chances d’être victime des causes de contagion qu'ilest presque impossible d'éviter. Ces chances sont en outre doublées par lui lorsqu'il est élevé dans sa famille ‘. »
Les raisonnements qui précèdent ne s’appliquen pas seulement à l’hérédité parthénogénétique. Ils s'appliquent également à l’hérédité conjuguée, car la fécondation est la combinaison chimique de deux fragments provenant de cristaux chimiquement et morphologiquement différents, l’homme et la femme, fragments qui, en se conjuguant, tels l’acide tartrique droit et l'acide tartrique gauche, donnent naissance à un nouveau cristal. Ce cristal, l'enfant, participe des propriétés de ceux qui lui ont donné naissance, c’est-à-dire du père et de la mère, sans que les siennes en solent cependant la moyenne rigoureuse, « de même qu’un mélange de substances chimiques simples participe plus de l'un des composants par certaines de ses propriétés et plus de l’autre par certaines autres ; cela explique même que certains caractères et propriétés du produit puissent différer tout à fait de ceux des parents, de même que l'al-