L'HÉRÉDITÉ PSYCHOPATHIQUE
de penser par eux-mêmes. La dévotion, commune chez les peuples enfants et chez ceux qui rétombent en enfance, ne frappe, chez les peuples adultes, que le déchet de la civilisation.
L'union matrimoniale de deux dévots comme Îossef et Miryam ne saurait d’ailleurs nous surprendre. Les dégénérés se recherchent parce qu’ils se ressemblent, la sympathie n'étant que le résultat de la même façon de penser et de sentir. Ils s'unissent souvent entre eux et, comme les épreuves de la vie ne font qu’accélérer leur involution, ils produisent des êtres plus dégénérés qu’eux-mêmes.
Ceux-ci peuvent présenter des tares identiques ou analogues. C'est ainsi que des dévots engendrent souvent des dévots.
Les parents ont en effet tendance à léguer à leurs enfants tous leurs caractères généraux et individuels anciens et nouvellement acquis (loi de l’hérédité directe et immédiate) et en particulier leurs caractères psychiques.
« L'intelligence, dit Ribot, est une fonction dont le cerveau est l’organe ; le cerveau est transmissible comme tout autre organe, comme l'estomac, les poumons et le cœur ; la fonction est transmissible avec l'organe; l'intelligence est donc transmissible avec le cerveau. L’hérédité physiologique entraine, comme conséquence forcée, l’hérédité psychologique sous toutes ses formes *. »
C'est surtout le caractère qui est transmissible. « Les enfants héritent du caractère d'un de leurs
1. Ribot, L'Hérédité psychologique. Germer-Baillière, 188%, p.-67.
parents bien plus fréquemment que de leur intel-. ligence ‘. » Le fait avait été déjà noté par de Candolle:« Selon mes propres observations etréflexions,
dit-il, la transmission héréditaire serait plus sensible dans les faits moraux que dans les faits intel-
Jectuels *. »
. Or la dévotion relève plus du caractère que de l'intelligence. Tous les gens incapables d'observer,
de comparer et de raisonner ne versent pas, même
lorsqu'ils sont soumis à des suggestions religieuses,
dans la dévotion. Celle-ci exige une émotivité, une sentimentalité, un caractère spécial.
Mais ce ne furent pas seulement des dévots qu’engendrèrent lossef et Miryam, ce furent un théomégalomane et un chef de secte, un fou et demi-fou.
Il se peut assurément que la religiosité s’accentue par l’entratnement, par la pratique des rites et de la prière, et que l'aptitude aïnsi développée se transmette héréditairement comme celle des chiens d’arrêt ou des chevaux de course. Mais une accentuation aussi prononcée que celle que nous constatons dans la famille d’Iossef implique l’accentuation de la dégénérescence. Au reste de simples bizarreries, excentricités ou originalités se transforment parfois, chez les descendants, en idées fixes et en délires systématisés..
On pourrait prétendre que la folie-d’ leschou n’était point héréditaire, qu'elle résultait d’une intoxication intra-utérine, d’une maladie infectieuse de la première enfance ou d’une autointoxication.