L'HÉRÉDITÉ PSYCHOPATHIQUE
Maisil faudrait renouveler cette hypothèse pour son frère laäkob et pour son cousin germain Schimeëün, et il est plus logique d'admettre que les deux frères et le cousin germain subirent une influence héréditaire.
Il est du reste établi que l’hérédité joue le rôle prépondérant dans le développement de la folie. C'est ce que Trélat ‘ appelait la cause des causes. Woods Hutchinson estime qu’on peut admettre là proportion de 22,6 0/0 d'influence héréditaire en se basant sur l’ensemble des cas observés dans . les asiles anglais et allemands, et si l’on songe que, dans nombre d’observations, les renseignements sur l’hérédité font défaut ou sont sans valeur, on sera conduit à augmenter considérablement cette proportion. de
Cette hérédité vésanique se résout du reste à une hérédité chimique. |
< Nombre de troubles de la pensée, dit Pierret, sont le résultat, non pas seulement d’une hérédité psychopathique, plus facile à invoquer qu’à définir, mais de tendances familiales qu'ont les cellules nerveuses à faire de la mauvaise chimie élémentaire ?:
Ceci posé, quelle fut la cause de l'accentuation de la dégénérescence dans la famille d'Iossef ?
Ce fut très probablement une intoxication alimentaire ou microbienne ; mais laquelle ? Et d’abord lequel du père ou de la mère fut intoxiqué ?
1, Trélat. Des causes de la folie. Annales médico-psychologiques, 1856. . 2. Pierret. Les grandes lignes de l'hérédilé psychopathique. Revue scientifique, 1897, p. 6483.
si
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L'enfant hérite de ses deux parents. L'un des deux n’a jamais une action exclusive ; mais l’un des deux a toujours une action prépondérante. C'est la loi de la prépondérance dans la transmission de caractères. Lequel d’lossef ou de Miryam doit être rendu responsable de la genèse d’Ieschou et d'Iaäkob?
C’est probablement lossef.
En effet nous avons vu que Miryam mourut après leschou, alors que, selon toute vraisemblance, Iossef mourut comme leschou avait entre douze et trente ans.
D'ailleurs il résulte des recherches d’Orchansky :
1° « Que, dans les familles où il y a une majorité de garçons (et il semble que ce fut le cas de la famille d'Iossef), la plupart des enfants ressemblent au père, surtout les garçons ;
2 Que les parents malades, nerveux, surtout les pères, manifestent une tendance plus considérable qu'à l’état normal à transmettre leur sexe et type à leurs enfants surtout aux malades... L’hérédité morbide ou la tendance des parents malades à transmettre leurs maladies aux descendants est plus considérable du côté du père que de la mère, Le danger de l’hérédité morbide est plus grave pour
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les garçons que pour les filles. Le danger de la dégénération est plus grand pour les garçons des pères malades ‘. »
D'autre part, d’après Leubuscher et Brigham, la folie de la mère se transmet plus souvent aux filles, la folie du père plus souvent aux fils, et ce qui est vrai de la folie l’est également des affections mentales légères comme la dévotion.
Quelle intoxication avait subi lossef?
Sa mort précoce fut-elle due à la tuberculose, maladie dont leschou fut—nous le verrons — vraisemblablement atteint, qui est souvent héréditaire et qui, d'après les statistiques de Briquet, serait surtout transmissible par le père. Cela est possible mais ne suffit pas à nous expliquer la production de dégénérés mentaux aussi caractérisés qu’'Ieschou. et [laäkob ; d'autant que, d’après les statistiques d'Orchansky, lorsqu'un des géniteurs est tuberculeux, c’est ordinairement le parent sain qui prévaut dans la transmission du sexe.
IL est plus probable que la mort précoce d’Iossef et la dégénérescence mentale de ses enfants résultèrent de l’alcoolisme chronique.
J'incline à cette hypothèse pour les raisons suivantes :
1° La principale culture des nazaréens était celle de la vigne ;
2° Le vin de la région est délicieux et très riche en alcool;
4. Orchansky. L'hérédité dans les familles malades et théorie générale de l'hérédité. Mémoires de l'académie impériale de Saint- Pétersbourg, 1894, XLII.
3° L’alcoolisme est très répandu dans les pays de bon vin ;
4° L’alcoolisme était très répandu chez les anciens juifs‘;
5° La plupart des névropathes et des psychopathes sont des descendants d’alcooliques ;
. 6° Ileschou présentait certains caractères des hérédo-alcooliques.
De l’hérédo-alcoolique il avait la constitution médiocre, la faiblesse musculaire, la pauvreté des conceptions, du jugement et du raisonnement, les idées fixes, la déséquilibration intellectuelle, l’incohérence, l’hypersuggestibilité, les idées de grandeur, de persécution, mystiques, la déséquilibration émotive et sentimentale (alternances d'’exaltation et de dépression, accès de tendresse, accès de colère), la tristesse chronique, l’irrésolution, le manque d’énergie, l'impulsivité, la paresse, le besoin de vagabondage, la stérilité.
Enfin, comme beaucoup d’hérédo-alcooliques, il était, à ce qu’il semble, tuberculeux;et l’on se demande s’iln'avait pas, comme plusieurs d’entre eux, un goût prononcé pour les boissons alcooliques lorsqu'on le voit se qualifier lui-même de «<buveur» et, à la noce de Cana, jouer un rôle, qui n’eut du reste rien de miraculeux, dans la distribution du vin aux convives.
C'était avant tout un mystique. Or le mysticisme n’est point rare chez les hérédo-alcooliques, comme le prouvent les faits suivants, empruntés à la thèse
1. Pour parattro prochainement : D" Binet-Sanglé : L'alcoolisme chez les anciens juifs.
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de Dupain : et concernant les parents de fous religieux étudiés dans cette thèse.
Oss. V. — Père très buveur.
Oss. XV. — Père fort buveur.
Oss. XVII. — Père alcoolique.
Os. XXVIII. — Père buveur.
Os. XXII. — Grand-père un peu buveur.
Oss. XXIV. — Père grand buveur d’absinthe,
Ons. XXXI. — Père alcoolique.
Os. LIT. — Père alcoolique, buveur d’absinthe.
Oss. LV. — Père ivrogne.
Oss. LXX. — Père buveur d’eau-de-vie de cidre.
Oss. LXXVIT.—Grand’mère maternelle alcoolique.
Oss. XCVIII. — Père fortement alcoolique.
Oss. XCIX. — Grand-père paternel alcoolique, père forcené buveur, grand-père maternel alcoolique.
Oss. CVII. — Grand-père maternel ivrogne.
D’autre part les provinces de France les plus religieuses sont celles où l’on consomme le plus d’alcool(Bretagne, Normandie, Artois, Picardie, Flandre) et où par conséquent les dégénérés mentaux sont le plus nombreux.
En résumé l'hypothèse la plus vraisemblable que nous puissions faire sur le charpentier de Nazareth est qu’au moment où il engendra Iaäkob et leschou, il était entaché d’alcoolisme.