DES INTERVALI,ES LUCIDES
excellent augure et sert d'avant-coureur à une intercurrence réelle ou même à la convalescence, mais rien n'est plus fragile. La visite d'un parent ou d'un ami, la communication d'une lettre, la nouvelle d'un événement triste ou une émotion quelconque, vont précipiter une rechute et rappeler les pleurs, l'agitation et les cris. Au bout d'une ou deux semaines, d'un mois peut-être, le malade restera un matin au lit, accusera de la fatigue, parlera peu : il entre encore dans une phase suspensive. On redouble de soins et de sollicitude, et l'on ne tarde pas à être édifié sur le caractère rapide ou persévérant de roscillation.
Le retour au calme se différencie également de la franche manifestation de la lucidité. Lorsque l'excitation turbulente a cédé, tout n'est pas fini, et l'incohérence du langage peut subsister. La disparition de l'agitation, signe extérieur de la lésion psychique, n'entraînant nullement la réintégration de l'exercice normal de la pensée, le médecin ne doit pas se fier à ce demi-réveil et laisser les familles baser de longs espoirs sur un sable aussi mouvant. Prêtez l'oreille et, selon toute probabilité, vous allez entendre l'orage gronder dans le lointain.
Quand rinter\'alle lucide est de bon aloi et de toute évidence, les habitudes et les dispositions antérieures reparaissent, la physionomie reprend son expression d'autrefois et le malade songe avec intérêt à ses affaires ; il revoit avec plaisir sa famille, sourit à ses amis, oublie les aversions mal fondées qu'il a conçues dans son délire, et balbutie timidement quelques paroles d'excuse et de sympathie aux per-onnes (jui en ont été l'objet. La bien-
veillance est dans son regard, la sensibilité dans son cœur, et c'est le retour des sentiments alfectueux qui domine toute la scène.
Pendant la maladie de Charles YI, dès quil apparaissait un intervalle lucide, les pouvoirs du conseil de régence élaient suspendus. En revenant ainsi à la santé et en ressaisissant l'autorité, le roi apaisait les discordes qui déchiraient sa famille, réparait bien des malheurs et relevait l'État que. les désastres de l'époque entraînaient vers l'abime.
Dans la simple rémission, au contraire, il n'est pas toujours possible do fixer longtemps l'attention. Les traits sont indécis, les réponses brèves et souvent évasives ; la parole est saccadée, la voix un peu voilée, et l'aspect général manque d'aplomb.
• Quant à ces aliénés bien portants qui, pour recouvrer plus vile la liberté, protestent tous les jours de leur guérison et affirment qu'ils n'entendent plus de voix ou qu'ils n'ont plus d'apparilions, ils veulent en imposer et dissimulent leur étal. Les presse-t-on de questions, ils répondent par des mensonges. C'est bien d'eux qu'on peut dire : Inmmbit omis probandi sanam mentein. Jusque-là il foui se tenir sur ses gardes.
Il ne nous semble pas qu'il puisse s'établir une équivoque dans les esprits relativement à l'action sage de l'aliéné et à l'intervalle lucide. Le fou commet un acte très-raisonnable, mais il n'en reste pas moins frappé dans son intelligence : un éclair a percé des ténèbres, mais pour les rendre ensuite plus sombres et plus épaisses. Le trait de lumière a été rapide, instantané. Il y a, au con-