‹ La folie devant les tribunauxChapitre 27 sur 62 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

DU CRIME ET DC Sl'ICIDE ACCOMPLIS PENDANT LE SOMMEIL SOMNAMBULIQUE.

Considérations générales sur le sommeil, le rêve et le somnambulisme. Actes accomplis par des somnamijules. — Du sens du loucher et de la sui'excitation nerveuse. — De l'abolition du souvenir. — De l'état intermédiaire enlre la veille et le sommeil. — Théorie médico-légale ; faits criminels. — Un somnambule cst-il responsable? — Simulation du somnambulisme.

Considérations générales sur le sommeil, le rêve et

le somnambulisme. — Le sommeil est le père de la mort, disait la mythologie grecque. 11 n'en est que l'image imparfaite, d'après les physiologistes. Vienne l'interprélation hésitante et contradictoire des psychologues, et les phénomènes si étranges du sommeil continueront à flotter dans un milieu plein de mystères .

Tout en évitant avec scrupule les données à base hypothétique, tout en n'envisageant le fait lui-même que dans ce qu'il a de plus apparent, de moins discuté, on ressent malgré soi une anxieuse impression , lorsqu'on songe au frappant contraste qui du même individu semble

faire deux hommes différents. L'être doué de raison et livré au contact des affaires humaines se meut au gré de ses désirs: il va, vient, ordonne, est ohéi; ses aptitudes l'ont-elles porté au culte des sciences , il s'illustre par des découvertes; artiste, les siècles vont respecter ses œuvres ; soldat, il gagne des batailles dont l'histoire enregistrera le récit : son intelligence justement admirée profite à tous, son activité ne sait pas d'obstacles, son cœur est un précieux trésor. Eh bien, dans cette période de vingt-quatre heures que règle le cours du soleil, il arrive un moment où tant de nobles attributs sont terrassés. Le sommeil règne en souverain sur l'ensemble des facultés, et ses liens, après avoir enlacé l'enveloppe grossière, ont permis à l'esprit de recouvrer sa liberté, de s'isoler du monde extérieur ou même de se donner un repos relatif. Masse inerte, sans instincts et sans défense, l'homme qui dort est inexorablement voué à tous les hasards et demeure à la merci de l'arme du passant, de la pierre qui roule, de l'arbre qui se brise. Cependant il ne s'agit toujours que du même homme, et la ligne de démarcation est seulement tracée par l'état d'activité ou d'inertie, de fatigue ou de repos.

L'exercice de la pensée n'est qu'affaibli pendant le sommeil, il n'est point suspendu. Dans un très-grand nombre de cas, l'homme ne conserve à son réveil aucune trace de sensation, aucune réminiscence d'idées incohérentes, mais l'esprit ne s'est pas évanoui pour cela : les impressions psychiques de la nuit ont été faibles, fugaces, peu saisissantes, mais elles se sont produites et leur souvenir seul fait défaut. Il n'y a point de sommeil sans rêve : « ce

serait la morl de l'âme » a dit Descartes. Dans le rêve comme dans la veille, on retrouve des idées, des sentiments, des passions, mais rien n'enchaîne, ne dirige, ne coordonne ces divers mouvements de l'âme : leur bizarrerie n'a parfois d'égale que leur impossibilité.

Cependant, au milieu même de cette confusion et comme si le désordre pouvait inspirer le génie, on a vu des écrivains, des poètes, des philosophes ou des compositeurs, puiser dans le sommeil quelques conceptions nouvelles : Vollaire, Colcridge, Condillac et Tartini témoignent du fait.

Mais prêtons un peu d'attention au spectacle de cet homme endormi, qui joue de la harpe au milieu de son sommeil, se lève, s'habille, marche, lit, écrit, prêche, se hisse à la crête des toits, monte à cheval, poignarde son chef, ou se suicide : on l'appelle un somnanbule.

Dans cet état, l'horizon s'agrandit, l'activité mentale s'exerce bien plus sur des souvenirs, c'est-à-dire sur des impressions provenant de choses réelles, que sur des créations fantastiques de l'imagination.

Bien que les organes de la vie physique prêtent leur appui 5 cette sorte d'illumination de l'esprit; bien que la force, l'énergie et la violence soient déployées dans une série d'actes échappés à la veille, le rêve, loin d'être atténué dans son expression, deviendra, au contraire, d'une vivacité très-grande : c'est même à cette vivacité que seront dues les déterminations qui nous frappent d'élonnement.

« En même temps, dit M. Lélut, que la mémoire retrace au somnambule, dans toute leur force el leur enchaî-

nement, ses préoccupations, ses affections, ses idées, l'imagination lui représente avec une clarté non moins vive les objets avec lesquels il est le plus familier , dans des rapports qui lui sont parfaitement connus et qu'il a pu vérifier avant son sommeil'. » On peut par là se rendre compte jusqu'à un certain point de la précision et du succès des mouvements exécutés , et comprendre comment certains objets sont recherchés, saisis ou évités. Seulement, comme l'a très-bien fait remarquer M. Alfred Maury, à partir de l'instant où cesse cette disposition mentale toute particulière, le somnambule, à moins d'une connaissance parfaite des lieux, pourra se tromper, et peut-être, en tombant du haut de sa fenêtre , trouvera-t-il la mort en guise de réveil.

Un jeune somnambule, dont a parlé M. Maury, se levait, parcourait l'appartement l'œil fixe, n'apercevant aucun de ceux qui l'observaient et sans se heurter aux meubles; « mais c'était si bien, dit-il, la mémoire qui le guidait, que, si l'on venait à changer la place de l'un de ces meubles, à le mettre sur son passage, il donnait contre et s'éveillait alors généralement.»

L'exaltation parfois si prodigieuse de la mémoire et de l'imagination s'accompagne d'une hypéresthésie insolite des sens; c'est à l'aide de ces deux phénomènes et de leur action simultanée que les somnambules exécutent les actes les plus surprenants. Citons -en quelques exemples :

Actes accomplis par des somnambules. — FraUCeSCO

1 Mémoire sur le sommeil et le somnambulisme. 1852.

Soave a rapporté l'observation de Castelli qu'on trouva une nuit endormi, traduisant de l'italien en français, et cherchant les mots dans un dictionnaire ; les assistants éteignirent sa lampe. vSe voyant dans l'obscurité, Castelli se dirigea vers la cuisine dans le but d'y chercher de la lumière, quoique des bougies éclairassent l'appartement. Il entendait les conversations qui étaient en rapport avec ses pensées; mais il restait étranger aux discours tenus par les personnes présentes et qui roulaient sur d'autres sujets.

Pendant un accès de somnambulisme, une jeune fille dont l'observation a été rapportée par Muiler *, lisait, les yeux fermés, dans son livre de prières, mais parfois, pour mieux distinguer, elle approchait le livre de sa figure ou de ses paupières.

Le fait le plus étrange et certainement le moins connu est celui dont on trouve la relation dans les actes de l'Académie de Breslau, de 1725, et que M. Maury a exhumé *. En voici l'analyse sommaire.

Un jeune cordier, âgé de vingt-deux ans, était déjà depuis trois ans sujet à des attaques de somnambulisme qui le prenaient à toute heure du jour, tantôt au milieu de son travail, soit qu'il fût assis, qu'il marchât ou qu'il se tint debout; son sommeil était subit et profond; il perdait alors l'usage des sens, ce qui, cependant, ne l'empêchait pas de continuer son ouvrage. Au moment du paroxysme de la crise, il fronçait le sourcil, les yeux s'abaissaient, les paupières se fermaient et tous les sens devenaient

* Archives de Nasse.

2 Lfl Magie et l'Astrologie. 1860.

obtus. On pouvait alors impunément le pousser, le pincer, le piquer; il ne sentait, n'entendait rien, alors môme qu'on l'appelait par son nom ou que l'on déchargeait un pistolet à ses oreilles. Sa respiration ne faisait pas entendre le plus léger souffle; il ne voyait pas et on ne pouvait lui ouvrir les paupières; tombait-il dans cet état en filant sa corde, il continuait son travail comme s'il eût été éveillé; marchait-il, il poursuivait son chemin, parfois un peu plus vite qu'auparavant, et toujours sans dévier. Il alla ainsi plusieurs fois en dormant de Naumbourg à Weimar; un jour, passant par une rue où il y avait du bois coupé, il sauta par-dessus, ce qui prouve qu'il apercevait les objets. Il se garait également bien des voitures et des passants; une fois, étant à cheval, à environ deux lieues de Weimar, il fut pris par son accès : il continua néanmoins à faire trotter sa monture, traversa un petit bois où il y avait de l'eau, et y abreuva son cheval ; arrivé à Weimar, il se rendit au marché, se conduisant au travers des passants et des étalages, comme s'il eût été éveillé ; puis il descendit de son cheval et l'attacha à un anneau qui tenait à une boutique, monta chez un confrère où il avait affaire, lui dit quelques mots et ajouta qu'il se rendait à la chancellerie, après quoi il s'éveilla tout à coup, et, saisi d'étonnement et d'effroi, se confondit en excuses.

Du sens du toucher et de la surexcitation nerveuse,

— Le sens du toucher joue chez le somnambule un rôle essenliellement actif. Il est peut-être encore plus hypéresthésié que les autres. « C'est ce sens, dit M. Lélut, qui

lui vient en aide dans ses promenades périlleuses sur les toits, au bord des fleuves, promenades qu'il connaît, et pour lesquelles il a besoin d'être entièrement abandonné à la direction des fantômes de son imagination, ou plutôt de sa mémoire. C'est ce sens surtout, dont l'action surexcitée lui donne les moyens d'exécuter d'autres actes plus merveilleux encore ; d'écrire avec une correction extrême de la prose, des vers, de la musique ; de distinguer et de choisir parmi les objets les plus ténus ceux qu'il destine aux ouvrages les plus délicats; actes complexes, difficiles, qui nécessiteraient dans l'état de veille l'exercice le plus attentif du sens de la vue. »

La surexcitation nerveuse qui se rencontre dans l'état de somnambulisme atteint dans quelques cas une telle apogée, que les frontières de la physiologie sont dépassées, et que les sujets entrent de plain-pied dans le domaine de la pathologie. Il arrive d'ailleurs très-fréquemment que les somnambules sont affectés d'hypochondrie d'hysiérie, d'extase, de catalepsie, de névropathisme avec aneslhésie, etc. Ici la névrose sert de sauf-conduit.

De l'abolition du souvenir. — Lcs somnambulcs perdent, à de très-rares exceptions près et d'une façon complète, le souvenir de ce qu'ils ont fait pendant leur sommeil; ils ne se rappellent rien, et si vous venez à leur en parler, vous faites naître chez eux la plus sincère surprise. M. Alfred Maury explique cet oubli absolu par la vive concentration, par la profonde absorption de l'esprit, qui détermineraient dans les parties du cerveau en exercice dans cet acte de contempla-

tion un véritable anéantissement. « L'accès passé, dit-il, au lieu de continuer leur action, elles demeurent comme frappées d'impuissance. Le somnambule oublie son acte, précisément parce que l'intensité de l'action mentale a été portée à ses dernières limites ; l'esprit a été épuisé dans ce commerce avec lui-môme. » Cette explication assez séduisante nous paraît rationnelle, et nous nous y rallions volontiers.

M. le docteur Macario a cité l'observation d'une jeune femme somnambule à laquelle un homme fil violence. Eveillée, elle n'eut aucuhe conscience de l'outrage commis sur elle, et ce ne fut que dans un nouveau paroxysme qu'elle révéla le fait à sa mère. On devine toutes les conséquences médico-légales possibles qu'entraînent d'aussi lâches attentats.

Dans les rêves ordinaires, il n'est pas très-rare de constater des rappels de souvenirs comparables à celui dont a parlé M. Macario.

De l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil.

— Nous devons mentionner à cette place l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil, car nous retrouvons là des phénomènes qui présentent quelque analogie avec ceux du somnambulisme. Le passage du sommeil à la veille et de la veille au sommeil a lieu d'une manière graduelle et uniforme, bien que certaines circonstances puissent l'accélérer ou le ralentir. Au réveil, nos sens sont encore appesantis et nos mouvements peu sûrs; de même, au moment où nous nous endormons, nos yeux sont déjà fermés que l'audition s'effectue encore et que

DU SOMNAMBULIbME NATUREL. 285

nous répondons même aux questions que l'on nous adresse. Dans cet état intermédiaire, l'homme conserve une idée plus ou moins obscure de son état extérieur, c'est-à-dire du temps, du lieu, des objets environnants : les actes qu'il commet alors sont purement automatiques, mais il a quelquefois à en répondre devant les tribunaux.

Au dire des militaires qui ont vieilli dans les camps, — de ceux dont le témoignage peut être le moins suspecté, — des soldats auraient parfois blessé ou tué au bivouac quelques-uns de leurs camarades occupes à les réveiller. Dans leur trouble, ils se seraient crus surpris par l'ennemi et se seraient machinalement défendus. Nous sommes loin, à coup sûr, de considérer ce fait comme impossible.

Un jeune homme avait souvent des rêves terribles. Une nuit que son père s'était levé, il entendit le grincement d'une porte; il saisit son fusil et attendit en guettant celui dont les pas s'approchaient. Aussitôt que son père fut à sa portée, il le frappa en pleine poitrine '.

Un homme rêvant qu'il se battait avec un loup, (ua d'un coup de couteau l'ami qui était à côté de lui".

Taylor rapporte qu'un marchand dormait dans la rue, ayant à la main une canne à épée; réveillé par un passant, il se précipite dessus et le blesse mortellement ^

L'observation la plus frappante et la plus authentique

♦ Henke, Zeitschrift, 1851, p. 546.

- Œstcrreich., Zeilsclirift, f. pract. Heilkimde, I" vol., p. 42.

^ Knngas, p. 54, et Casper, Méd.-lég.

28i l\ FOLIE DEVANT LES TRIBUNAUX.

qui existe dans la science est celle qu'à rapportée Hoffbaùer. Nous la résumons ainsi qu'il suit :

Bernard Schidmaizig, couché avec sa femme sous un hangar, s'éveille en sursaut à minuit, en proie sans doute à un songe très-pénible. 11 aperçoit debout, auprès de lui, un fantôme effrayant. La crainte, l'obscurité de la nuit, l'empêchent de distinguer les objets; d'une voix tremblante, il s'écrie à deux reprises différentes : Qui va là? 11 ne reçoit point de réponse et croit voir le fantôme s'avancer sur lui. Égaré par la terreur, il s'avance de son lit, saisit une hache qu'il avait habituellement à ses côtés et frappe avec cette arme le prétendu spectre. Tout cela se passa avec une telle rapidité, qu'un seul instant ne fut pas même laissé à la rétlexion. Un profond soupir et la chute du fantôme rappelèrent Bernard Schidmaizig à lui-même : il avait mortellement blessé sa femme.

Théorie niédico-lég;ale : faits criminels. — En tllèse

générale, nous ne supposons pas que l'on doive être regardé comme responsable d'un acte commis dans l'état intermédiaire au sommeil et à la veille; mais comme il serait à craindre que quelqu'un se servît de ce prétexte pour assouvir sa haine ou satisfaire sa passion criminelle, il convient, dans l'instruction de l'affaire, de procéder avec une sage lenteur, de scruter les antécédents et le caractère de l'inculpé, de discuter l'intérêt qu'il pouvait avoir dans la perpétration du forfait, de commencer, en un mot, par se placer au point de \U2 d'une simulation possible. Quant au médecin expert, la connaissance intime des phénomènes psychiques du som-

meil, des rêves et du somnambulisme naturel, le mettra en garde contre un avis liasardé ; puisant sa conviction autant dans l'étendue de son savoir que dans les circonstances particulières du fait, il éclairera loyalement la conscience du juge.

Le sommeil et les rêves donnent cependant lieu parfois à des déterminations capables de causer un très-grand embarras et de plonger magistrats et médecins dans la plus anxieuse perplexité; l'hallucination est d'ordinaire le point de départ et la cause originelle de l'acte commis. Qu'il nous suffise d'en rapporter, un exemple saillant :

Le 1" janvier 1843, un jeune homme se présente dans une auberge près de Lyon, demande à souper et choisit un appartement pour la nuit. Sur les dix heures du soir, l'aubergiste entend du bruit dans la chambre de l'étranger. 11 s'empresse d'y monter; mais à peine est-il entré, qu'il est frappé avec la lame d'une paire de ciseaux de tailleur dhabits. Ce jeune homme, saisi et désarmé, est interrogé sur le motif qui l'a poussé au crime ; il répond qu'il a vu l'aubergiste tuer deux hommes, qu'il Ta entendu comploter de l'assassiner, et qu'alors il s'est décidé à vendre chèrement sa vie. Transféré dans les prisons de Lyon, cet accusé, dans tous les interrogatoires qu'il a subis, a fait preuve d'un grand sens et d'une intelligence ordinaire. Il a narré de nouveau tout ce qu'il a vu, entendu et senti ; son récit a toujours été celui d'un homme convaincu, sans passion, qui se réjouit d'avoir échappé à un grand danger. Sur les rapports de MM. les docteurs Chapeau et Tavernier, une ordonnance de non-lieu a été rendue.

En réfléchissant à ce procès, on ne peut s'empêcher de songer à toutes les difficultés qui fussent infailliblement survenues, si l'étranger avait tué l'aubergiste; s'il avait eu par hasard quelque motif de haine contre lui ; si un débat s'était seulement élevé entre eux, ou bien si un projet de vol avait été soupçonné !

En somme, il est évident que si le sommeil et les rêves sont constatés de la manière la plus irréfragable, la justice des hommes n'a point à intervenir. C'est ce qu'a également pensé M. Alfred Maury. « Dans le songe, dit-il, il y a à la fois ignorance, incapacité intellectuelle, par suite de Tengourdissement du cerveau, de l'imperfection des perceptions et absence de liberté morale, à raison de la spontanéité des idées, de l'action instantanée des penchants; l'homme est contraint et égaré. »

Envisagé au point de vue médico-légal, le somnambulisme présente de telles difficultés, que les auteurs se sont presque donné le mot, et n'ont fait qu'effleurer la question. Avant de discuter le principe de la responsabilité ou de l'irresponsabilité du somnambulisme devant la loi, groupons ici les quelques faits jusqu'à présent restés épars dans la science.

Les Archives générales de médecine de 1827 rapportent qu'un homme de Louhans, étant une nuit dans une auberge, se mit à crier au voleur ! Quelqu'un ouvre la porte, et lui demande ce qu'il a.

— Ahl c'est toi, coquin, répondit-il, et il tire un coup de pistolet.

Poursuivi pour ce fait, cet homme fut acquitté, après avoir prouvé qu'il était sujet au somnambulisme*

DU SOMNAMBULI>ME >ATUREL. 287

Un homme, dans un accès de somnambulisme, rêve que sa femme, couchée dans le même lit, lui est infidèle : il la blesse dangereusement avec un poignard qui ne le quittait jamais. Ce fait se passa à Naples, il y a dix ans, et l'avocat Maglietta publia, à cette occasion, un très-remarquable mémoire dans lequel il soutint que les coups et blessures portés par un individu endormi, et dans un état complet de somnambulisme, ne sauraient l'exposer à aucune peine.

((■ On lit, dit M. Brierre de Boismont, dans les Portraits historiques de Lodrje, par sir Peter Lely, que le père de lord Culpeper, si fameux comme rêveur, comparut en 1686 devant les assises d'Old Bayley pour avoir tué un garde et son cheval. Il plaida le somnambulisme, et fut acquitté en produisant environ cinquante témoins qui attestèrent les choses extraordinaires faites par lui dans son sommeil '. »

Un somnambule que i\I. Alfred Maury a bien connu, M. de D... saisit, une nuit, dans un accès de somnambulisme, sa femme, couchée à ses côtés, et voulut la jeter par la fenêtre. Il criait au feu. Que fût-il advenu judiciairement, si, à bout d'efforts et de résistance, cette malheureuse dame avait été précipitée sur le pavé?

L'observation émouvante qui va suivre, et qui porte avec elle le cachet de l'exactitude et de la vérité, a été rapportée par Fodéré, qui la tenait d'un témoin oculaire. On la trouve également relatée en ces termes dans l'ouvrage d'un magistrat de la Cour de cassation.

* Des Hallucinations, 5= édition, p. 558.

288 LA FOLIE DEVANT LES TRinUÏNÂUX.

« Dom Duhaget était d'une très-bonne famille de Gascogne, et avait servi avec distinction : il avait été vingt ans capitaine d'infanterie; il était chevalier de Saint- Louis. Je n'ai connu personne d'une piété plus douce et d'une conversation plus aimable.

«Nous avions, me disait-il, à ***, où j'ai été prieur avant de venir à Pierre-Chatel, un religieux d'un humeur mélancolique, d'un caractère sombre, et qui était connu pour être somnambule. Quelquefois, dans ses accès, il sortait de sa cellule et y rentrait seul ; d'autres fois, il s'égarait, et on était obligé de l'y reconduire. On avait consulté et fait quelques remèdes ; ensuite les rechutes étant devenues plus rares, on avait cessé de s'en occuper. Un soir que je ne m'étais pas couché à l'heure ordinaire, j'étais à mon bureau à examiner quelques papiers, lorsque j'entendis ouvrir la porte de mon appartement, dont je ne retirais presque jamais la clef, et bientôt je vis entrer ce religieux dans un état absolu de somnambulisme. Il avait les yeux ouverts, mais fixes, n'était vêtu que de la tunique avec laquelle il avait dû se coucher, et tenait un grand couteau à la main. Il alla droit à mon lit dont il connaissait la position, eut l'air de vérifier, en tâtant avec la main, si je m'y trouvais effectivement; après quoi il frappa trois grands coups tellement fournis, qu'après avoir percé les couvertures, la lame entra profondément dans les matelas, ou plutôt dans la natte qui m'en tenait lieu. Lorsqu'il avait passé devant moi, il avait la figure contractée et les sourcils froncés. Quand il eut frappé, il se retourna, et j'observai que son visage était détendu, et qu'il y régnait quelque

air de satisfaction. L'éclat de deux lampes qui étaient sur mon bureau ne fit aucune impression sur ses yeux, et il s'en retourna comme il était venu, ouvrant et fermant avec discrétion deux portes qui conduisaient à ma cellule, et bientôt je m'assurai qu'il se retirait directement et paisiblement dans la sienne.

« Vous pouvez juger, continua le prieur, de l'état où je me trouvais pendant cette terrible apparition. Je frémis d'horreur à la vue du danger auquel je venais d'échapper, et je remerciai la Providence. Mais mon émotion était telle, qu'il me fut impossible de fermer les yeux le reste de la nuit. Le lendemain, je fis appeler le somnambule, et je lui demandai sans affectation à quoi il avait rêvé la nuit précédente. A cette question, il se troubla.

« — Mon père, me répondit-il, j'ai fait un rêve si étrange, que j'ai véritablement quelque peine à vous le découvrir : c'est peut-être l'œuvre du démon, et...

« — Je vous l'ordonne, lui répliquai-je ; un rêve est toujours involontaire, ce n'est qu'une illusion. Parlez avec sincérité.

u — Mon père, dit-il alors, à peine étais-je couché, que j'ai rêvé que vous aviez tué ma mère; que son ombre sanglante m'était apparue pour demander vengeance, et qu'à cette vue j'avais été transporté d'une telle fureur que j'ai couru comme un forcené à votre appartement, et, vous ayant trouvé dans votre lit, je vous y ai poignardé. Peu après je me suis réveillé tout en sueur, en délestant mon attentat; et bientôt j'ai béni Dieu qu'un si grand crime n'ait pas été commis...

LtGU. FOI.If. 19

«... — Il a élé commis plus que vous ne pensez, lui dis-je avec un air sérieux et tranquille !

« Alors je lui racontai ce qui s'était passé, et lui montrai la trace des coups qu'il avait cru m'adresser. A cette vue, il se jeta à mes pieds, tout en larmes, gémissant du malheur involontaire qui avait failli arriver, et implorant telle pénitence que je croirais devoir lui infliger.

'( — Non, non, m'écriai-je, je ne vous punirai point d'un fait involontaire; mais désormais je vous dispense d'assister aux offices de la nuit, et vous préviens que votre cellule sera fermée en dehors après le repas du soir, et ne s'ouvrira que pour vous donner la facilité de venir à la messe de famille qui se dit à la pointe du jour. »

Un somnambule est-il responsable? — Relativement

à la question de la responsabilité du somnambule, deux opinions sont en présence. La première est soutenue par Hoffbaûer, Fodéré et Muyart de Vouglans; elle consiste à regarder comme coupables les auteurs d'actes criminels commis pendant le sommeil somnambulique. « Leurs actions sont probablement le résultat des idées et des méditations de la veille. » Fodéré a même été jusqu'à porter le jugement sévère que voici : « Celui dont la conscience est toujours conforme aux devoirs sociaux ne se dément pas quand il est seul avec son âme; celui, au contraire, qui ne pense que crime, que faussetés, que vengeance, déploie durant son sommeil les replis de son inchnation dépravée, que la présence des objets extérieurs avait tenue enchaînée

durant la veille... Loin de considérer ces actes comme un délire* je les regarde comme les plus indépendants qui puissent être dans la vie humaine. Je vois le somnambulisme comme un creuset dans lequel la pensée et l'intention se sont absolument séparées de leur gangue de matière. »

Ainsi, point de doute, l'impénétrable secret du travail de l'intelligence pendant le sommeil ne saurait trouver grâce devant ces rigides appréciateurs. Leur théorie inhumaine paraît s'être, en vérité, inspirée de la conduite que tint l'un des Césars dans une circonstance digne d'être rapportée. Un citoyen romain rêve qu'il tue l'empereur. « Si lu n'avais pas pensé, pendant le jour, à m'assassiner, lui dit l'implacable monarque, tu n'y aurais pas rêvé pendant la nuit. » Et il envoya au supplice la victime inoffensive des mystères du sommeil.

La seconde opinion, — celle qui est la plus généralement adoptée, — tend à considérer le somnambule comme étant en possession d'une volonté trop incertaine, trop fragile, pour que la pénalité lui soit applicable. En effet, dormiens furioso 3£(juiparetur\

Sur quelle base ferait-on raisonnablement reposer la criminalité? Sur un rêve, regardé à tort ou à raison comme le miroir réflecteur des préoccupations de la veille? Mais une pensée coupable n'a-t-elle donc jamais traversé le cerveau du plus honnête homme? Comment remonter jusqu'à un vague projet que l'on assure avoir été nourri, lorsque le sommeil recouvre ces impressions

• Tiraquean, de Pœn. temp , p. 15.

intimes de l'âme, et les dérobe à votre tardif examen? Ainsi que l'ont d'ailleurs si justement dit MM. ChSuveau (Adolphe) et Faustin-Hélie, « par quelle échelle de présomption arriver à punir une intention présumée? »

Simulation du somnambulisme. — Le SOmnambuHsme

peut être simulé dans le but :

1" D'accomplir un acio qu'il serait difficile ou impossible d'exécuter pendant la veille ;

2" De se soustraire au juste châtiment d'une action répréhensible ou dommageable ;

5" D'exciter la commisération et de se procurer frauduleusement des secours.

Le mensonge et la ruse ne tardent pas à être démasqués : les imitateurs s'y prennent généralement fort mal et connaissent à peine les premiers éléments du rôle qu'ils ont vainement cherché à jouer. Du reste, la possibilité de la simulation doit toujours être présente à l'esprit de l'expert : la crainte d'une supercherie l'empêchera de précipiter son jugement et de tomber dans un piège. Ces sortes de mésaventures sont aussi regrettables pour l'honneur de la profession qu'elles sont compromettantes pour le savoir, le caractère et la dignité du médecin dont on a surpris la bonne foi et égaré la religion. Pour que Ton soit mieux en garde, mettons sous les yeux du lecteur un exemple concluant :

Au mois d'avril 1857, entre à la Charité, sa! te Sainte-Marthe, n" 59, service de M. Briquet, une femme de Irenle-cinq ans, sorte de virago, bien musclée, trapue, d'une physionomie mo-

bilo, rusée, éclairée par deux petits yeux gris brillants, qui se plaint d'être tourmentée par des convulsions depuis plusieurs années, et d'avoir un sommeil somnambulique, pendant lequel elle se livre à des travaux dont elle n'a nullement conscience. M. Briquet, qui déjà l'a observée, confirme en effet ses dires, la considère comme une malade digne de fixer l'attention, en raison de l'association de ses troubles nerveux.

Elle dit ne souffrir ni de la tête, ni de l'estomac, ni du ventre. Elle est bien réglée. La sensibilité est conservée partout, sur les muqueuses oculaire, olfactive, buccale, etc. Il y a exagération de la sensibilité à Vépigastre et dans la gouttière vertébrale gauche; l'appétit est bon; elle digère bien, urine et va à la selle régulièrement. Elle annonce qu'elle a une attaque tous les malins, à six heures, qui la laisse très-souffrante et très-fatiguée.

En effet, le lendemain matin, au dire de l'infirmière, elle s'est levée avec le jour, s'est habillée, est allée prendre, dans un coin de la salle, une brosse, des chiffons, de la cire, et s'est mise à nettoyer et à frotter les tables de nuit et les planches de lit de tous les malades; elle a commencé par un bout de la salle et a passé successivement en revue tous les lits avec un soin minutieux et avec la plus grande régularité. Un moment avant la visite, vers huit heures, la sœur de service l'a appelée sans en être entendue, puis la prise par le bras; à ce contact imprévu, elle est tombée dans une attaque d'hystérie. La malade, interrogée, soutient qu'elle a fait tout ce travail sans en avoir conscience, pendant son sommeil somnambulique, et que le moindre attouchement de la part d'une personne étrangère, quand elle est dans cet état, la fait tomber en convulsion. Curieux de constater lui-même l'ensemble de ces fails, M. Bourguignon se rend le lendemain matin à la salle de la malade, et il la trouve — comme elle l'avait fait la veille — occupée à nettoyer toutes les tables de nuit ; elle va de l'une à l'autre en déployant une activité extraordinaire, enlève les menus objets qui sont sur les tables avec le plus grand soin,

les dépose sur le lit, sur une chaise ou sur le parquet; et une fois la table de nuit débarrassée, elle la cire, la frotte avec une ardeur sans pareille ; puis elle remet le tout en place avec ordre et précaution. Pendant ce travail, la malade est rouge, animée, surexcitée; elle semble ne rien entendre et ne rien voir de ce qui se passe autour d'elle. M. Briquet arrive bientôt, suivi des élèves; tout le monde fait cercle autour d'elle et à distance, dans la crainte de la toucher involontairement et de provoquer line attaque. Après un examen de dix minutes, M. Briquet, suffisamment édifié sur le travail de la malade, lui prend l'un des avant-bras ; immédiatement elle tombe sur le parquet, entre en convulsions cloniques, étend et fléchit les avant-bras, convulsé ses mâchoires, pousse quelques plaintes étouffées, roidit ses membres, mâchonne sa langue entre les dents, et fait mousser la salive. Les ijenx ne sont pas convulsés en haut et les doigts sont étendus et non fléchis. L'attaque a l'apparence hystériforme, et, bien qu'elle paraisse simulée à M. Bourguignon, l'ensemble des témoins la considère comme réelle. Bientôt la malade est portée sur son lit, les convulsions se calment et elle peut répondre à toutes les questions qui lui sont adressées. — Elle dit que le meilleur moyen de prévenir l'attaque convulsive est de la magnétiser; que, de cette façon, elle s'éveille sans tomber et sans souffrir. M. Briquet lui dit qu'on pourra, puisqu'il en est ainsi, prévenir les attaques, attendu que l'interne du service, M. Labbé, est très-expert dans le magnétisme, et qu'il saura rompre le sommeil somnambulique. Le lendemain, en effet, la malade se lève à la même heure, recommence son travail de nettoyage. Tout le personnel médical l'entoure, et, après quelques minutes d'observation, M. Labbé se place devant elle, fait les passes familières aux magnétiseurs qui veulent soustraire le fluide magnétique : aussitôt elle s'arrête, regarde les assistants, parle, détend ses membres et remercie du service qu'on lui a rendu. Tout le monde, d'un commun accord, admire avec emphase la réahté de son somnambulisme. Elle en est fière et

va se coucher. Le lendemain, pareille scène se produit, et M. Briquet dit à haute voix à M. Labbé de démagnétiser la somnambule d'après le procédé nouveau, autrement énergique, en se plaçant derrière elle. La malade, à ce moment, s'arrête, s'appuie sur un lit, regarde, parle, remercie d'avoir été ainsi tirée de son sommeil et regagne son Ht. A partir de ce moment, tout le monde reste convaincu de sa supercherie : M. Labbé, nullement expert dans les passes magnétiques, n'avait exercé aucune influence sur elle 'cette dernière fois, puisqu'il s'était abstenu de tout mouvement.

La malade fut avertie, le lendemain, qu'elle eût à cesser ses manœuvres ridicules, attendu qu'on n'était pas dupe de sa fourberie, et qu'elle serait mise à la porte, à la moindre manifestation de somnambulisme ou de convulsion. Cet avis fut compris et eut l'efficacité d'un traitement spécifique. A partir de ce moment la guérison fut radicale.

Celte femme, si pleine d'astuce et si habile à la fois, simulait l'attaque d'hystérie avec une si complète apparence de réalité, qu'elle avait été reçue et traitée dans plusieurs hôpitaux de Paris. Si, d'après M. Bourguignon, elle avait borné là ses prétentions, sa ruse eût paru encore de meilleur aloi ; car elle simulait la myosalgie aux points d'élection, comme elle l'avait vu constater chez les hystériques, ses voisines. Mais l'absence de convulsions dans les muscles du globe oculaire, le mâchonnement régulier et inoffensif de la langue, la flexion et l'extension calculées des muscles et des doigts, les conditions dans lesquelles se produisait l'attaque, étaient autant d'éléments propres à éclairer les doutes de l'observateur K

Ce chapitre devrait être terminé, mais la publication d'un récent travail de M. le docteur Mesnet nous oblige à reculer nos limites. Les auteurs qui se sont le plus occupés de la question du suicide ne se sont même pas

' Sandras et Bourguignon, Mal. nerv., t. I, p. 252.

296 LA FOLIE DEVANT LES TRIBUiSAUX.

douté que le sommeil somnambulique puisse favoriser les tentatives de mort volontaire; eh bien, le fait existe. M. Mesnet a donné des soins à une dame, âgée de trente ans, qui, en vingt jours, eut neuf cent vingt-sept attaques d'hystérie, — quarante-six en moyenne par vingt-quatre heures, — et qui présenta les phénomènes névropathiques les plus inattendus -.chloro -anémie, anesthésie cutanée, hypéresthésie localisée, vomissements opiniâtres et intermittents, toux suffocante et convulsive, extase, catalepsie et somnambulisme. La malade ne présentait pendant la veille qu'une organisation peu active, qu'une volonté sans résistance ; aussitôt entrée dans l'accès de sommeil somnambulique, « son esprit et ses sens, dit M. Mesnet, se fermaient à la plupart des impressions du dehors; tout son être physique et moral se mettait au service de l'idée de suicide : elle pensait, combinait, agissait pour arriver à ce but, et nous présentait ainsi chaque fois le délire le plus systématisé, le plus complet qu'il soit possible d'observer; les tentatives de précipilatioîij d' empoisonnement, de pendaison, auxquels nous avons assisté en sont la preuve. Les yeux fixés et largement ouverts, la démarche assurée, elle préparait ellemême tout ce qui pouvait servir à ses desseins ; si nous nous mettions devant elle pour contrarier ses projets, pour lui barrer le passage, elle ne voyait en nous que des obstacles qu'elle tournait, évitait, bousculait, sans jamais nous reconnaître. Et cependant ses sens étaient éveillés, mais ils n'opéraient leur action que dans une spliére restreinte, toujours en rapport avec l'idée dominante... La malade se réveillait, nous témoignait quel-

que surprise de nous voir près d'elle, et nous demandait le motif de notre présence ^ »

Le travail si consciencieux de M. Mesnet, en élargissant l'horizon du somnambulisme, aura ce résultat trèssaisissable que l'attention des médecins et des familles va être désormais portée sur l'éventualité du suicide pendant le sommeil somnambulique. L'importance de cette notion acquise se traduira par un redoublement desoins et de vigilance vis-à-vis d'individus qui peuvent d'autant moins résister contre la fascination maladive de la mort, qu'ils ne conservent au réveil aucun souvenir des tentatives meurtrières qu'ils ont faites sur eux-mêmes dans leurs accès. La malade de M. Mesnet n'avait jamais manifesté pendant la veille de sinistres projets, et, après chacune des crises, notre savant confrère a pu constater que l'oubli des phénomènes psychiques et des actes commis était des plus complets.

Nous en avons fini avec les manifestations si extraordinaires du somnambulisme naturel. « Il arrive quelquefois, dit Voltaire, qu'on ne peut rien répondre et qu'on n'est pas persuadé; on est atterré sans pouvoir être convaincu; on sent dans le fond de son âme un scrupule, une répugnance qui vous empêche de croire ce qu'on nous a prouvé. » Nos lecteurs ne resteront pas, nous l'espérons bien, sous cette fâcheuse impression : fuyant toute accoinlance avec le merveilleux^ nous nous sommes

* Etudes sur le somnambulisme envisage' au point de vue pathologique.

seulement appuyé sur l'observation, ce phare qui, d'après Bacon, doit iUuminer l'édifice. En déroulant les archives d'un état psycho-pathologique dont on ose à peine parler, nous voulions surtout signaler quelques points de médecine légale bien peu étudiés et porter sincèrement nos pas du côté où habite la vérité. Avant que l'on eût tracé des cercles, tous les rayons n'étaienl-ils pas égaux?

Page 1