‹ La folie devant les tribunauxChapitre 39 sur 62 · DR L'USAGE DE L'ABSIISTHE · texte numérisé non relu

DR L'USAGE DE L'ABSIISTHE

quatre heures et demie et six heures du soir, sur la longue ligne des boulevards , on est ijientôt frappé de voir quelle innombrable quantité de verres d'absinthe se débitent sur ces petites tables rondes qu'abrite une large tente et dont on laisse encombrer les trottoirs. Que d'individus viennent imprudemment à ce rendez-vous ! A cette heure-là, Paris s'empoisonne.

Les hommes de lettres et les artistes payent à l'absinthe la plus forte dîme, et lorsqu'au nom de l'hygiène, un médecin vient à faire entendre quelques conseils à ces hommes intellectuellement si bien doués , sait-on quelle réponse on reçoit? « Vous ignorez donc, disent-ils, le plaisir qu'on éprouve à suivre les ondulations bizarres de l'eau qui verdit, puis blanchit en tombant au fond du verre ; les plantes aromatiques dégagent leurs parfums, et dès les premières gorgées une sensation indéfinissable envahit tout notre être. II semble qu'une activité nouvelle soit imprimée à tout l'organisme ; un monde d'idées surgit, se presse, déborde : l'imagination crée ses enchanteresses chimères, et souvent, sous l'influence de ce stimulant, naissent les plus ravissantes créations delà littérature et des arts. »

Combien d'hommes glissent sur cette pente ! combien, inhabiles à maîtriser la passion qui les domine, vont chaque jour chercher des excitations nouvelles, devenues plus nécessaires à mesure que le cerveau prend l'habitude de ne plus rien enfanter sans elles! La traîtreuse accoutumance engagea augmenter graduellement la dose du breuvage, afin de maintenir l'impression gustative au même degré; peu à peu la difficulté du travail succède à

l'énergie première des conceptions , et , à un moment donné , le joug pesant de la stupeur ébrieuse remplace l'essor spontané de l'esprit, l'enthousiasme et le génie.

Notre armée d'Afrique fliit un déplorable abus de l'absinthe. Les médecins militaires ont signalé le danger; ils ont même, à cette occasion, prêché de saintes croisades, mais leur autorité morale a été méconnue et leurs paroles sont tombées dans le vide.

Dans nos possessions d'outre-mer, la basse cupidité des marchands de liqueurs ne connaît aucun frein, et ils distribuent au soldat des boissons aussi coûteuses qu'elles sont pernicieuses à sa santé.

Pourtant où il y a une grande agglomération d'hommes, une expérience tristement acquise nous a révélé les accidents presque inévitables qui ne tardent pas à se développer, et dont les principaux sont le typhus, le choléra , la variole et la dysenterie. Meurtrières par excellence, ces affections épidémiques exercent d'autant plus de ravages qu'elles frappent des individus adonnés aux spiritueux et enfreignant sans cesse toutes les prescriptions de l'hygiène. L'ivrogne qui, dans ce cas, échappe au lléau, « est un homme qui tombe d'un quatrième étage sans se tuer \ »

On fait aux marins des distributions de cognac, de tafia, de rhum et de genièvre ou gin , mais jamais d'absinthe, 11 est vrai que l'intempérance des matelots dans les caba^ rets exotiques paralyse en partie les efforts dispendieux que fait le gouvernement pour leur assurer une nourri-

* Max Simon, Uijgiène du corps el de l'âme.

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