DE L'USAGE DE L'ABSIMIIE
lure salubre ; mais, enfin, l'absinthe est proscrite, même pour les officiers, car voici ce que nous lisons à ce sujet dans le remarquable ouvrage de M. le professeur Fonssagrive : « Nous avons si souvent déploré les effets meurtriers produits par l'abus de l'absinthe , que nous avons vu avec une vive satisfaction le vermouth de Turin, maceratum vineux de substances amères , se substituer, à titre d'apéritif, à l'eau-de-vie d'absinthe dans les habitudes de la gastronomie fashionable. Les états-majors des navires stationnés dans les pays chauds font actuellement de cette boisson un usage assez habituel ; elle nous paraît éminemment propre à exciter l'appétit et à donner à l'estomac, pourvu qu'elle soit prise uniquement avant le repas du soir, cette tonicité que l'influence continue d'une haute température éteint assez ordinairement \ »
A propos de l'intoxication par l'absinthe , question neuve et si pleine d'intérêt, le cri de détresse, le caveant consules , a été récemment poussé par un jeune médecin très-distingué , M. le docteur Auguste Motet , dans un travail inaugural des plus attachants'.
Comme l'a fait remarquer M. Motet, il y a deux classes de buveurs d'absinthe. Les uns , sans habitude préalable, arrivent dans un temps très^court à en boire des quantités considérables ; chez eux, le délire éclate d'ordinaire brusquement : c'est la forme aiguë. Les autres sont des buveurs de profession. L'intoxication, préparée de longue
' Traité d'hygiène navale. Paris, J.B. Baillière, p. 521; 1856. ^ Considéralions générales sur l'alcoolisme, et plus partiailièremnt des effets toxiques produits sur l'homme par la liqueur d'absinthe: Paris, 1859:
main, se traduit par des désordres lents et à marche progressive : c'est la forme chronique.
Forme aiguë. — L'ivresse de l'ahsinthe est généralement bruyante et agressive. I.a période d'excitation est beaucoup plus longue que dans l'ivresse par l'alcool ou le vin. Après la période de détente , de collapsus, il reste une sensation de fatigue et d'accablement qu'un sommeil agité est impuissant à faire disparaître.
A mesure que des doses nouvelles sont ingérées , les fonctions digestives se troublent, l'appétit diminue , disparait même , pour faire place au besoin de boire ; puis une sensation de malaise , de l'anxiété précordiale, des bourdonnements d'oreilles et des vertiges se manifestent. Vers le soir, il se produit fréquemment des hallucinations de la vue et de l'ouïe. Mais « ce qui prête, dit M. Motet, un caractère particulier à l'intoxication par l'absinthe, c'est l'absence totale à cette période de tremblements musculaires ; il semblerait qu'on eût sous les yeux une forme éclose avant développement complet. »
« Les malades se distinguent des autres par l'inquiétude peinte sur leur physionomie ; ils se tiennent à l'écart, cherchent à s'isoler ; non pas tristes et concentrés comme les mélancoliques , non pas inertes comme les stupides , mais présentant un état mixte dans lequel les objets extérieurs revêlent tous des formes correspondantes au délire. Voulant sans cesse échapper à des persécutions imaginaires , ayant même parfois la crainte de se voir méconnus, accusés de crimes qu'ils savent n'avoir pas commis, tantôt ils fuient, tantôt ils s'avancent vers vous en protestant de leur innocence. Les désordres vont