L\ PHOTOGRAPHIE ET LES MALADIES MENTALES
mentale y a trouvé son compte, et j'ai eu l'honneur de présenter, le 23 février 1865, à la Société médico-psychologique, au nom de MM. Combes et Cayré,un curieux album renfermant des types variés d'aliénés,
M. le docteur Combes, directeur médecin de l'asile de Rodez, a pour interne M. Cayré, photographe très-exercé et artiste de talent. Ce dernier, dès le début de son stage parmi les fous, entrevit bientôt tout le parti qu'on pourrait tirer de la photographie, soit pour compléter l'observation de divers malades, soit pour étudier les caractères mobiles de leur physionomie. 11 communiqua ses impressions à son chef de service : sa cause était gagnée d'avance. M. le préfet de l'Aveyron autorisa l'ouverture, au budget de TAsile, d'un crédit spécial, et des appareils furent achetés.
Sans rappeler ici tout le parti que l'on peut tirer de la reproduction de certaines pièces anatomiques ou anatomopathologiques, et de lésions chirurgicales ou cutanées, je mentionnerai ce fait, à savoir que, grâce aux procédés céphalomèlriques de M. le docteur Antelme, on peut tout aussi bien mesurer un crâne sur une épreuve photographique obtenue à l'aide d'un bon instrument, que sur le sujet lui-même. Seulement, plusieurs épreuves sont né' cessaires : il en faut une de face et l'autre de protil. L'angle facial sur une épreuve de profil est délimité ma* thématiquement.
Sans rien préjuger de ce qui pourra être tenté par la suite, il est évident que si la photographie est acceptée et pratiquée ultérieurement dans les maisons d'aliénés, on prendra le portrait de chaque malade curable à son entrée dans l'asile, puisa diverses époques de son affection men-
592 LA FOLIE DEVANT LES TRIBUiNAUX.
taie. La marche des accidents intellectuels sera fixée alors d'une façon frappante, et l'examen comparatif des épreuves successives permettra d'apprécier utilement l'étendue des progrès, l'état stationnaireou la décroissance des phénomènes morbides. Dans les cas de folie à double forme et d'aliénation intermittente ou rémittente, où les contrastes sont parfois si saisissants d'un jour à l'autre, les nuances de la physionomie seront rendues avec une irrécusable fidélité.
Si l'on parvenait à réunir de la sorte un certain nombre de types de malades appartenant à diverses provinces, à diverses nations, ne pourrait- on pas rencontrer là les éléments d'un travail plein d'intérêt? Si l'on voulait obtenir d'un confrère éloigné un avis motivé sur un malade, l'envoi d'une ou de plusieurs épreuves du sujet ne serait-il pas d'une grande ressource? Si le médecin qui prend possession d'un vaste service d'aliénés, trouvait dans les archives de l'asile les poriraits à des phases différentes et datés des malades qui viennent de lui êlre confiés, ne serait-il pas-affranchi de tâtonnements nombreux, et ne pourrait-il pas, en compulsant les notes laissées par son prédécesseur sur les registres de l'établissement, parvenir à reconstituer jusqu'à un certain point une observation clinique perdue sans cela pour la science?
Des difficultés d'exécution se présentent naturellement à l'esprit. Pour reproduire fidèlement et très-rapidement l'image d'un aliéné, il faut que la photographie soit presque une œuvre artistique : le portrait ne doit être ni maniéré, ni flatté, ni enlaidi. Véritable calque surprenant la nature, il faut nécessairement qu'il soit d'une