‹ La folie érotiqueChapitre 4 sur 28 · FORME OBSCENE · texte numérisé non relu

FORME OBSCENE

L'excitation sexuelle à forme obscène se rencontre chez des sujets dont le langage, l'attitude et les gestes sont constamment lubriques ; mais Tétat physique ne répond point à cette excitation purement psysiologique. Ce sont des fanfarons de vice et le plus souvent ils sont absolument impuissants. Ces phénomènes se rencon-

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trent chez les paralytiques généraux, chez certains vieillards et chez un grand nombre d'excités maniaques.

On peut dire d'une manière générale, que chez ces sujets il existe un désaccord entre les centres cérébraux et le centre génito-spinal.

Dans Tordre naturel des choses, à mesure que les aptitudes sexuelles diminuent et s'éteignent avec Tâge, les désirs correspondants s'émoussent et Téquilibre s'établit entre les deux pôles opposés. C'est la marche de la nature^ qui n'offre aucun inconvénient au point de vue de la santé, soit physique soit mentale.

11 en est bien autrement chez ceux qui, malgré l'extinction du pouvoir sexuel conservent les excitations cérébrales qui correspondent à des fonctions disparues. Chez eux, comme le dit J,-J. Rousseau, la vo-

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lonté parle encore, quand les sens se taisent. Ils s'efforcent souvent de remédier à cet état de choses par des excitants nuisibles et Téquilibre de leur esprit est troublé par des préoccupations insensées et qui ne peuvent jamais aboutir à une satisfaction normale.

11 est cependant des sujets qui, sans être atteints d'impuissance, ont un langage tellement révoltant qu'il ne peut être attribué qu'à un état d'aliénation mentale. On rencontre souvent cette tendance chez les aliénés, et plus spécialement chez les femmes atteintes de folie hystérique, ou de manie puerpérale.

Ball. — Folie erotique.

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Nous rangerons auprès des sujets de cette espèce ceux que Lasègue appelait des exhibitionnistes [i). Sans être réduits à rimpuissance, ces individus, qui sont quelquefois des hommes encore jeunes, prennent un plaisir étrange à exhiber aux yeux des femmes et des jeunes filles leurs par-

(i) Lasègue, Études médicales.

ties sexuelles sans autre résultat que celui de choquer la pudeur publique.

Tel insensé se cache derrière les piliers d'une église pour scandaliser, pendant le culte, les femmes occupées à leurs dévotions.

Tel autre, dans les corridors d'une maison habitée, guette au passage les jeunes filles pour se montrer à leurs yeux dans une attitude indécente.

Un troisième se cache dans les endroits peu fréquentés du bois de Boulogne ou des jardins publics pour offrir aux personnes qu'il rencontre un spectacle obscène.

On s'expose ainsi à de graves pénalités, sans l'ombre d'une jouissance et c'est bien certainement une aberration d'esprit qui mène à des actes tellement insensés des hommes raisonnables en apparence.

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L'hôpital de la Charité était autrefois entouré par des hôtels dont les fenêtres avaient vue sur Tintérieur des bâtiments. Un employé que ses fonctions appelaient à se rendre dans cet hôpital pour les épreuves cliniques du doctorat, avait Fhabitude, pendant que les examinateurs et les candidats étaient aux prises, de choisir une attitude indécente dans un endroit d'où il pouvait être vu par les jeunes personnes qui se mettaient aux fenêtres. Et là il s'efforçait à plusieurs reprises de leur montrer ses organes génitaux purement et simplement sans autre provocation. Il fut dénoncé, poursuivi et condamné; il perdit naturellement sa place. Ainsi, pour se donner un plaisir ridicule, il sacrifia de la manière la plus inepte sa réputation, son honneur et ses intérêts.

Nous avons encore, en ce moment même, à la Clinique, un malade que Ton pourrait considérer comme un type classique d'exhibitionniste.

C'est un homme de trente-cinq ans, de taille moyenne, mais d'intelligence très-médiocre.

Dès Tâge de neuf ans, il se masturbait; à dix-huit ans, il fut arrêté et condamné à trois mois de prison pour avoir montré ses organes génitaux en plein joiir à des dames qui passaient dans la rue de Richelieu.

Quelques temps après sa mise en Hberté, pendant un repas, chez ses parents, son père le surprit se masturbant à table.

Depuis cette époque, il fut arrêté plusieurs fois dans les rues pour outrages à la morale publique.

Il s'est toujours contenté d'exhiber ses

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organes génitaux dans les rues, sur les places publiques, sans autre provocation que cet acte stupide et insensé.

Cest encore pour un délit de ce genre qu'il vient d'être arrêté et c'est de Tinllrmerie du Dépôt qu'il nous vient.

Des faits de ce genre ne peuvent relever que de Taliénation mentale. Ces actes sont tellement dépourvus de sens commun, de réflexion intelligente qu'on ne peut donner à ces malades d'autre excuse.

Nous avons décrit les trois principales variétés de l'excitation sexuelle. Nous allons aborder un autre sujet.

On emploie généralement les mots de nymphomanie chez la femme ou de satyriasis chez Thomme comme synonyme de fureur erotique.

C'est ainsi que Trélat classe parmi les

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nymphomanes le malade dont je vous ai rapporté Thistoire.

C'est la une erreur profonde. On doit réserver le mot nymphomanie pour désigner une affection grave résultant d'une lésion des organes génitaux ou des centres nerveux: on peut en distinguer deux espèces :

La forme chronique, moins dangereuse, se manifeste surtout par une excitation sexuelle exagérée -,

La forme aiguë, souvent accompagnée de fièvre, est d'un pronostic bien autrement sérieux ; sa marche est rapide, elle se termine habituellement par la démence ou la mort.

Un caractère essentiel de la nymphomanie, comme du satyriasisis, est l'impossibilité de satisfaire les désirs des malades. Il ne s'agit pas ici d'un orage physio-

logique, qui se calme après Taverse-, il s'agit d'une irritation permanente, qui résulte d'une lésion anatomique. Les désirs provoqués par Tempoisonnement cantharidien en seraient en quelque sorte le type.

Les agriculteurs et les vétérinaires connaissent sous le nom de vaches taurelières certaines génisses qui sont véritablement atteintes de nymphomanie. Elles recherchent ardemment le mâle, et lorsqu'elles entrent dans une étable où se trouve un taureau, elles causent un véritable tumulte par leurs mugissements furieux et leurs mouvements désordonnés.

Il est un moyen aussi simple que radical de les apaiser et de les guérir -, c'est de leur enlever les ovaires. Ces organes sont visiblement rouges, tuméfiés, hypertrophiés. Il s'agit donc d'une vraie nympho-

manie déterminée par une lésion des ovaires.

Chez la femme, cette maladie, souvent fébrile, est caractérisée par une grande accélération du pouls^, qui peut aller jusqu'à i5o pulsations. La mort peut survenir assez rapidement.

Outre des lésions produites par la congestion des organes génitaux, on trouve à Tautopsie des thromboses des sinus et des lésions des méninges (surtout de la dure-mère).

Nous pouvons citer plusieurs observations qui sont absolument concluantes, tout en regrettant que les détails relatifs aux autopsies soient omis ou reproduits incomplètement par les auteurs auxquels nous empruntons ces taits.

Une femme d'un tempérament bilieux et sanguin, mère d'une fille déjà mariée,

n'observa jamais un genre de vie régulier, et montra, pendant plusieurs années, une aversion extrême pour les approches maritales.

Plus tard elle fut prise d'accès d'asthme si violents qu'elle manqua périr. Helwich(i) soupçonna qu'ils marquaient en quelque sorte le principe d'une aliénation erotique.

« En effet, dit-il^ je ne puis ignorer les bruits qui couraient la ville concernant ses appétits vénériens. Elle nous raconta elle-même franchement, mais sans grossièreté ni obscénité, avec quelle ardeur elle aspirait aux assauts amoureux que longtemps elle avait repoussés.

Elle nous décrivit également en termes honnêtes et sans geste indécents, mais

(i) Helwich, Ephemérides naturœ curiosorum^ Obs. 148, pag. 3o8.

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avec la plus grande exactitude, le feu qui la tourmentait : Hiat pagina^ quasi patratorem nervum cupide admissura et amplexura ; iQsLTopiç œstuat, erigitur, intumescit.

« Elle se plaignait en outre de pesanteur dans rhypogastre et de prurit aux parties extérieures de la génération. Ses discours n'offraient presque aucune aberration.

« Plus tard cette maladie s'aggrava et présenta tous les phénomènes, dit Helwich, d'une hystérie au plus haut degré.

« Quelques temps après, la malade mourut.

« En examinant la matrice, on trouva quatre excroissances de la forme d'un rein peu volumineux et dont deux avaient une cavité qui n'aboutissait pas dans l'utérus. Ces protubérances implantées à la base de cet organe par des filaments

réunis en faisceaux étaient adossées contre les verièbres. Du même côté on voyait des vésicules sur les ovaires et qui, incisées, firent jaillir près d'une demi-once d'une matière noirâtre et gélatineuse . »

Dans les observations de nymphomanie que rapporte Louyer-Villermay (i) il en est une particulièrement remarquable.

Il s^agit d'une demoiselle qui fuyait avec un soin égal la société des hommes et celle de ses compagnes \ elle était triste et rêveuse.

A Tâge de trente ans elle devint plus sombre et sujette à des accidents hystériques, ne sortant que pour se rendre à

(i) Louyer-Villermay, Dictionnaire des sciences médicales, article nymphomanie.

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Téglise, dont le prêtre, avancé en âge et d'une bonne réputation, formait toute sa société.

Peu après, elle éprouva, sur tout le corps, un prurit, plus prononcé au visage, depuis longtemps couvert de pustules.

Pour guérir cette couperose, elle fit usage de douce amère, de lait, de petit-lait et de bains tièdes.

Bientôt elle perd Tappétit et ressent une grande révolution au physique comme au moral : ses yeux sont plus brillants que de coutume. Jusqu'alors elle s'était exprimée sensément et en termes choisis; mais, un jour de fête, elle se rend de grand matin chez le pasteur et se fait remarquer par des actes indécents, des propos honteux et lascifs. Celui-ci la reconduit chez ses parents, qui voulurent lui donner une garde; mais elle la refusa, disant qu'elle

avait toujours détesté les personnes de son sexe.

A midi, on la trouva la face contre terre, les cheveux hérissés.

Plus tard, elle était assise sur une chaise, le visage rouge, les yeux étincelants; le pouls battait inégalement et avec fréquence; Thypogastre était légèrement gonflé et douloureux. Pour réponse aux questions qu'on lui adressait, elle jeta au visage des assistants une tasse pleine de limonade.

Une demi-heure après, elle pousse un grand cri, puis récite la troisième strophe de VOde à Priape,

En ma présence, dit le médecin, elle se précipita sur son gardien, l'engageant, dans les termes les plus expressifs, à satisfaire de suite Tardeur qui la consumait, menaçant, en cas de refus, de lui arracher la vie. »

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Elle fut saignée largement, mais non sans peine et refusa les médicaments.

Sur ces entrefaites, le peisteur faisant tous ses efforts pour la calmer, elle s'élance hors du lit, nue comme une bacchante et le prie, avec une voix effrayante, d'assouvir ses sens, prétendant qu'elle avait toujours aimé par prédilection les prêtres.

Alors on lui lie les mains, et le curé se dispose à l'exorciser. Bientôt elle s'assoupit et les parties génitales sont arrosées d'un liquide infect. Ce calme lutattribnéàTexorcisme. Le pouls devint moins fréquent et l'hypogastre moins tendu ^ la figure colorée se couvrit d'une sueur abondante. La malade paraissant insensible, on lui appliqu'à treize sangsues à la vulve, puis on la plongea, pendant deux heures, dans un bain presque froid.

Durant la nuit, elle fut assez tranquille,

mais elle marmottait continuellement, le pouls était alors faible, la respiration difficile -, elle portait fréquemment la main vers le vagin ^ le clitoris était en érection. Pendant cette intermission, on s'efforça, mais en vain, de lui administrer le quinquina à hautes doses.

Le lendemain matin, il survint un désir effréné et furieux des plaisirs vénériens ; en même temps elle quitte son lit, jette sa chemise, descend les escaliers et se précipitant dans les bras d'un charpentier, elle rappelle aux assauts amoureux, l'assurant que jamais il ne trouvera une aussi belle femme. On la lia de vive force et on la fit garder à vue par quatre servantes très vigoureuses. Le prêtre, de nouveau, s'efforça de chasser les démons par ses prières et ses cantiques, mais, pendant près de sept heures, elle ne

Ball. — Folie erotique. 7

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cessa de proférer les propos les plus indécents.

Outre les symptômes de Taccès précédent, on remarqua que Toesophage était fermé par une strangulation spasmodique.

Devant le pasteur, ses parents et ses médecins, elle récita les deux premières strophes deVOde à Priape. Le paroxysme dura neuf heures. Une prostration absolue lui succéda bientôt, le pouls devint misérable, il s'y joignit de fréquents hoquets et le rire sardonique.

Au milieu d'une sueur froide générale, cette infortunée expira.

L'ouverture ne fut point accordée par les parents.

Il est fort regrettable que Tautopsie n'ait pas eu lieu, on aurait certainement trouvé des lésions des organes génitaux

et fort probablement des lésions des centres nerveux.

Louyer Villermay cite plusieurs autres observations où les autopsies montrèrent que chez ces malades le clitoris, Tutérus ainsi que les ovaires étaient tuméfiés et avaient acquis une grosseur extraordinaire.

En 1871, le. D'' Maresch publia un travail basé sur neuf observations (i).

Dans trois cas, la maladie se termina par la mort dans un délai de cinq à huit jours.

Dans les autres, Texaltation nymphomaniaque suraiguë céda au bout de dix à quatorze jours, mais le délire conserva une prédominance de préoccupations sexuelles qui dura jusqu'à un maximum

(i) Maresch, Psychiatriches Centralblatt . 1871.

de trois mois, et qui ne finit par disparaître que pour faire place à la démence.

L'auteur, après avoir décrit la maladie, termine ainsi :

Dans les cas très aigus, les intervalles de repos étaient fort brefs. Dans les autres, les accès de violente agitation nymphomaniaque étaient plus courts et s'espaçaient davantage.

Les mouvements du cœur ont toujours été accélérés et violents ; ils ont atteint jusqu'à cent quarante ou cent cinquante pulsations à la minute et l'accélération du pouls a toujours été le signe le plus positit de la terminaison fatale.

Dans la plupart des cas, il s'est produit un œdème bien marqué du cuir chevelu, qui a disparu lorsque l'issue devait être favorable.

L'auteur ajoute quelques considérations

NYMPHOMANIE lOI

anatomo-pathologiques d'après lesquelles il serait porté à localiser cette affection dans la partie postérieure de la face interne des hémisphères ; en outre, il a trouvé deux fois la thrombose et une fois la phlébite du sinus falciforme.

Sans entrer dans la discussion de ces observations, nous nous contenterons de faire remarquer qu'elles nous paraissent offrir exactement les caractères des accès de folie hystérique, à forme convulsive, avec un état général d'excitation qui^ dans certains cas, peut être portée jusqu'au délire aigu ( i )'.

Comme vous le voyez, ces observations montrent combien on a tort de confondre la nymphomanie avec la folie erotique.

La nymphomanie est une maladie orga-

(i) Foville. Annales médico-psychologiques, 1874.

nique qui présente à l'autopsie soit des lésions des organes génitaux, soit des lésions des centres nerveux, comme on le voit dans les observations rapportées plus haut.

Elle diffère absolument des excitations génitales que nous venons de décrire, et qui en général ne se rapportent pas à des lésions anatomiques bien définies. Ce sont de véritables cas d'aliénation mentale, tandis que la nymphomanie, telle que nous venons de la décrire, n'est que l'un des symptômes d'une maladie organique.

Le satyriasis ne diffère de la nymphomanie que par sa gravité plus grande encore et par le caractère agressif des malades, qui se précipitent volontiers sur les personnes de sexe opposé pour satisfaire leurs désirs.

C^est sous ce nom de satyriasis que les

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anciens étudièrent la folie erotique en général.

Galien, Aétius d'Amède (i) et Rufus d'Éphèse (2) confondaient ensemble le satyriasis et le priapisme.

Paul d'Egine, le premier, établit la distinction entre un symptôme (le priapisme) et une maladie (le satyriasis) ; cependant il semble n'avoir pas eu de notions plus nettes que ses prédécesseurs.

Arétée est le premier qui ait étudié sérieusement cette affection. Il en savait le caractère grave et la marche aiguë. Il avait observé que les malades en meurent pour la plupart au bout de sept jours. Nam plerumque in septima die hominem consumit.

(1) Aétius in Rufus, Œuvres^ trad. par Daremberg et Ruelle. Paris, 1879 p. 119.

(2) Rufus, Œuvres, trad par Daremberg, Paris, 1879, p. 43 1.

Cœlius Aurelianus ( i ) définit la maladie , en donne les causes et en indique les symptômes.

Il reconnaît que c'est une forme d'aliénation mentale, mentis alienatio . Sesobservations sont précises^ il a bien vu la maladie, quoique Ton puisse regretter qu'il ne l'ait pas distinguée des autres formes de la folie erotique.

Jean Hartmann (2) a observé que l'issue de la maladie est fatale per virium exolutionem tetanum et mortem.

Wolfgang Wedel (3) , le célèbre professeur de l'Université d'Iéna et beaucoup d'autres observateurs ont cité des observations

(i) Cœlius Aurelianus, De morbis acutîs et chronicis. Amsterdam, 1709, p. 249.

{1) Jean Hartmann, Officina sanitatis. Noribergee, 1677, p. 640.

(3) Wolfgang Wedel, Physioîogia medica. léna, 1 58o. Caput XVI, p. 572 et seq.

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toutes affirmatives sur la gravité de cette affection.

Le satyriasis est une maladie rare et surtout rare dans nos climats ; elle est bien moins fréquente que la nymphomanie. Le nombre des observations connues est très restreint.

Mais, comme la nymphomanie, le satyriasis peut résulter d'une lésion des centres nerveux.

On a même vu ce phénomène résulter d'un traumatisme direct.

Chauffard, d'Avignon (i), rapporte un fait très curieux de ce genre.

Un homme de cinquanteans, de mœurs douces et d'un caractère paisible, fait une chute dans sa chambre, et se frappe vio-

(i) Chauffard, Journal universel des Sciences médicales, décembre 1828, et Archives générales de médecine, t. XIX, p. 263.

lemment la nuque contre un des angles du lit: il survient de Tempâtement à la région occipitale inférieure ; les habitudes de cet homme présentent une altération remarquable; il est pris d'une salacité extraordinaire.

Jusqu'alors pieux et modeste, il tombe peu à peu dans le délire le plus erotique.

Cet état s'accroît pendant environ trois mois; en même temps son intell gence et ses forces s'affaiblissent, lorsqu'à la suite d'une ardente colère que lui occasionnent les refus de sa femme, il tombe en convulsions, se plaint ensuite d'une vive douleur en avant du sommet de la tête, et ne ressent plus celle qu'il éprouvait à la partie postérieure et inférieure du crâne.

Commencement de paralysie du côté gauche, cessation du satyriasis et du délire erotique ; délire religieux, marmotte-

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ment continuel de prières, tels sont les phénomènes qui durent jusqu'à la mort, arrivée huit jours après cette transformation des phénomènes morbides.

L'autopsie du cadavre n'eut pas lieu.

Il eût été curieux de constater Tétat du cerveau et du cervelet, si tant est que celui-ci ait été primitivement et spécialement affecté.

Il est évident qu'il s'agit ici, selon toute probabilité, d'une lésion du bulbe.

Vous le voyez, le satyriasis et la nymphomanie sont des maladies très graves (c'est sous le nom àQ folie génésique que Moreau de Tours les désigne) (i) associées le plus souvent à des maladies organiques, et qui diffèrent absolument de la folie erotique.

(i) p. Moreau de Tours. Aberrations du sens gênésique. Paris, 1884.

Je crois, par conséquent, qu'il faudrait désigner parle mot aphrodisie, les excitations sexuelles que nous venons de décrire et qui peuvent répondre, comme dans l'observation de Trélat, à une santé physique absolument parfaite.

Par nymphomanie ou satyriasis^ il faudrait désigner au contraire un état morbide très grave, se terminant par la mort, et caractérisé par des lésions anatomiques.

Cette réforme du langage médical nous paraît utile au point de vue de la clarté scientifique.

Il me reste à vous parler à^s perversions de r instinct sexuel. Ce sera le sujet de de notre prochaine conférence.

Jusqu'ici je vous ai entretenu du délire erotique dans ses diverses manifestations, je vous ai montré les aberrations platoniques du sentiment amoureux^ je vous ai fait connaître ces exagérations insensées du penchant sexuel, qui vont jusqu'à Textréme frontière qui sépare la raison de la folie, et qui souvent la franchissent.

Ball. — Folie erotique. ^

114 l'A. PERVERSION SEXUELLE

Mais dans toutes les étrangetés que je vous ai signalées, il s'agissait d'un penchant naturel, exagéré, dévié ou travesti, mais qui restait toujours fidèle à son point d'origine.

Je propose aujourd'hui d'aborder la troisième partie du sujet, et de vous montrer \qs perversions de l'instinct sexuel qui, renversant complètement les données habituelles de la question, se trouvent en contradiction directe avecla nature et semblent aher contre le but qu'elle se propose.

Nous pénétrons ici sur le domaine de la médecine légale. Les actes dont je viens de vous parler, lorsqu'ils parviennent à la connaissance des autorités, amènent devant les tribunaux des prévenus qui souvent ne sont que des aliénés -, nous avons donc^ avant tout, à nous préoccuper de leur état mental.

Nous allons donc aborder Tétude des perversions de Tinstinct sexuel ; et parmi les sujets qui en sont atteints, nous distinguerons quatre grandes variétés.

Ce sont :

i*^ Les Sanguinaires ;

2° Les Nécrophiles ;

3° Les Pédérastes ;

4° Les Intervertis ;

A ces variétés on peut ajouter une cinquième qui a fait Tobjet d'un travail récent de M. A. Binet (i) .

Nous allons successivement examiner les traits psychologiques qui les caractérisent.

(i) A. Binet, Le Fétichisme dans l'amour. (Revue philosophique, 1887.^

Il6 LA PERVERSION SEXUELLE

L'une des conséquences les plus ordinaires et les plus naturelles de Tappétit sexuel, c'est Taffection, rattachement ou tout au moins la bonne volonté qui s'établit entre les deux participants. Afifection souvent bien éphémère, attachement qui peut offrir tous les degrés ; mais enfin ce sentiment existe, même chez les animaux,

et pour nous transporter plus haut, dans une sphère supérieure, il peut devenir Torigine du sentiment le plus élevé, le plus pur et le plus désintéressé de la nature humaine.

Or^ la tendance morbide sur laquelle je veux aujourd'hui appeler votre attention, se trouve à Textrême opposé de ce penchant naturel. C'est le désir de torturer, de mutiler, de sacrifier Fobjet de cette passion.

A chaque instant, les journaux nous rapportent des faits de cette espèce : des enfants, des jeunes filles surprises par des vagabonds, par des mendiants^ qui sont souvent des demi-imbéciles, sont d'abord violées^ ensuite assassinées avec d'incroyables raffinements de férocité.

Est-ce pour dissimuler son crime, est-ce pour satisfaire sa brutalité instinctive,

Il8 LA PERVERSION SEXUELLE

que l'assassin sacrifie sa victime ? L'un et l'autre motif peuvent être invoqués.

Mais il existe incontestablement chez certains individus une satisfaction morbide à faire souffrir leur victimes.

Sans remonter jusqu'à l'histoire ancienne, sans parler de Cléopâtre qui faisait périr tous ses amants, lorsqu'ils ne s'appelaient pas Antoine ou Jules-César, nous trouvons plus près de nous des exemples d'une perversion sembable.

L'un des compagnons d'armes les plus célèbres de Jeanne d'Arc était le maréchal Gilles de Retz, qui combattit vaillamment à ses côtés pour chasser les Anglais de France. C'était un brave chevalier, mais dont les mœurs étaient tellement scandaleuses, même pour cette époque grossière, que lorsqu'il chevauchait à côté de la

Pucelle, les soldats disaient : Voilà le diable qui chevauche à côté de la sainte Vierge. » Il occupait une haute position après la guerre et jouissait de la faveur du prince, lorsque tout à coup il quitta brusquement le service du roi pour se retirer dans son domaine de Machecoul, en Bretagne, où il se livra pendant quatorze années à des orgies abominables, dans lesquelles il fit massacrer plus de huit cents enfants.

Il fut enfin arrêté, traduit devant la haute cour de justice présidée par « le très sage et très juste messire Pierre de FHospital. »

Pendant l'interrogatoire, Pierre de THospital^ effrayé de la franchise des terribles aveux de l'accusé, Tinterpelle en ces termes :

« Qui vous a induit à ce faire ? C'est

assurément Tesprit du mal, le tentateur?

» Je ne sais, répondit le seigneur Gilles de Retz, mais fat de moi-même et de ma propre tête^ sans conseil d autrui, pris ces imaginations d'agir ainsi seulement par plaisance et déclaration de luxure ; de fait, j'y trouvais incomparable jouissance, sans doute par l'instigation du diable.

» Il y a huit ans que cette idée diabolique me vint-, ce fut l'année même où mon aïeul, le sire de la Suze, alla de la vie à trépas. Or, étant d'aventure en la librairie du dict château, je trouvai un livre latin de la vie et mœurs des Césars de Rome, par un savant historien qui a nom Suétonius ; ledit livre était orné d'images fort bien peintes, auxquelles se voyaient les déportements de ces empereurs païens, et je lus en cette belle histoire comment Tibérius, Caracalla et autres Césars s'ébat-

talent avec des enfants et prenaient plaisir à les martyriser.

Sur quoi, j e voulus imiter les dits Césars et le même soir me mis à le faire en suivant

les images de la leçon et du livre Pour

un temps je ne confiai mon plan à personne, mais depuis je dis le mystère à plusieurs personnes, entre autres à Henriet et à Poutou, que f avais dressés à ce jeu.

» Ce furent les susdits qui aidaient au mystère, et qui avisaient à trouver des enfants pour mes besoins. Les enfants tués à Chantocé étaient jetés en bas d'une tour en un pourrissoir d'où je les fis tirer une certaine nuit et mettre dans un coffre pour être transportés à Machecoul et brûlés, ce qui fut fait.

» Quant à ceux occis à Machecoul et à Nantes en Thôtel de Suze, on les brûlait

en ma chambre, hormis quelques belles têtes que je gardais comme reliques.

Or, je ne saurais dire au juste combien furent ainsi tués et ars, sinon qu'ils furent bien au nom de six vingt par an. »

Pendant sa détention, on prétend que Charles VII lui fit exprimer ses regrets de ravoir vu quitter la cour disant que rien de ceci ne serait arrivé s'il était resté en la capitale auprès de lui.

Le maréchal répondit par cette étrange lettre, qui est rapportée par le bibliophile Jacob (i).

« Souventes fois, je me lamente et reproche d'avoir laissé votre service, mon très-vénéré Sire, il y a six ans^ car en y persévérant je n'eusse point tant forfait.

(i) Jacob, Curiosités de l'Histoire de France, Causes célèbres. i85q.

Mais je dois néanmoins confesser que je fus induit à me retirer en mes terres de Retz par une certaine furieuse passion et convoitise que je sentais envers votre propre dauphin tellement que je faillis un jour Toccire, comme j'ai depuis occis nombre de petits enfants par secrète tentation du diable.

Donc je vous conjure, très redouté Sire, de ne pas abandonner en ce péril votre très-humble chambellan et maréchal de France, lequel ne veut avoir la vie sauve que pour faire une belle expiation de ses méfaits sous la règle des Carmes. »

Condamné au bûcher par la Cour, il fut étranglé le jour même de son exécution avant d'être brûlé. C'est la seule grâce qui lui fut accordée. Or, le dauphin dont il s'agit régna plus tard sous le nom de

Louis XI-, et si Gilles de Retz avait donné libre essor à sa passion, il est probable que le cours de l'histoire de France aurait été profondément modifié.

Un personnage plus moderne et non moins célèbre, le marquis de Sade, réduisant ses pratiques en système, avait créé, vers le commencement de ce siècle, sa fameuse théorie du plaisir sanglant. Il prétendait que, dans les relations sexuelles, le plaisir de l'un se mesurait aux souffrances de Tautre.

Dans un roman très curieux, mais d'une lecture fatigante, intitulé Justine, il multiplie les combinaisons les plus insensées, et dans les gravures qui servent à illustrer cet ouvrage que j'ai eu entre les mains, bien qu'il soit aujourd'hui sévèrement prohibé, il étale les assemblages les

plus fantastiques. On y voit, par exemple^ une chaîne interminable de pédérastes, franchissant un mur pour redescendre de l'autre côté, sans aucune solution de continuité.

Mais ce qui domine dans ce singulier ouvrage, ce sont les idées de torture et de mutilation, ce sont les descriptions du plaisir sanglant^ dont un des exemples consiste à posséder une femme pendant que le sang coule à flots des incisions larges et profondes pratiquées sur ses seins.

Il ne s'agit point ici de spéculation pure^ mais de faits réellement accomplis. Le marquis de Sade attirait chez lui des femmes, auxquelles il faisait subir les mutilations décrites dans son livre. Il fut enfin traduit en cour d'assises avec son domestique qui lui servait de complice. Ce dernier fut

exécuté. Quant au marquis, la volonté toute-puissante de Tempereur le fit transférer à Charenton. Napoléon avait jugé avec raison qu'il s'agissait, non d'un criminel^ mais d'un aliéné.

Pendant longtemps on vit cet aimable vieillard, au visage souriant, s'entretenir dans des conversations pleines de bienveillance avec ses co-détenus et s'efforcer (sans beaucoup de succès) de les convertir à ses doctrines.

Le marquis de Sade a été souvent dépassé^ car les tendances meurtrières dont je viens de parler peuvent aller jusqu'à l'anthropophagie.

Blumrœder a donné des soins à un homme qui, pendant le coït, avait eu la poitrine dévorée par une femme lascive.

Nous avons eu à la clinique de Sainte Anne, un épileptique d'une vigueur extraordinaire, qui, dans des conditions semblables, avait mangé le nez de sa maîtresse, déchirant les cartilages et brisant même à coups de dents les os propres du nez.

Mais ce sont là, direz-vous, de simples accidents, des explosions de fureur erotique.

Il n'en était pas ainsi dans le cas d'André Bichel^ dont l'histoire à été rapportée par Feuerbach.

Cet homme, après avoir violé des jeunes filles, les assassinait et les coupait en morceaux. Il raconta lui-même devant le tribunal qui le jugeait le démembrement d'une de ses victimes, Gatherina Seidel.

« Je lui ouvris la poitrine, dit-il, et avec un couteau je fendis les parties molles ^

puis j'ai débité le corps comme un boucher ferait d'un veau. Je Tai fendu en deux avec une hache, pour le faire entrer dans le trou que j'avais creusé d^avance sur la berge. Pendant toute cette opération, j'éprouvais un violent désir d'arracher un lambeau du cadavre et de le manger (i) )) .

Ce désir, un véritable anthropophage, Léger, Ta satisfait.

Un vigneron de 24 ans quitte la maison de ses parents pour aller chercher une place. Au lieu d'accomplir raisonnablement son projet, il erre dans le bois, pendant huit jours, pris d'un désir insensé de de manger de la chair humaine.

Il rencontre enfin une petite fille de douze ans, il la viole, puis il lui déchire

(i) Westphal, Archiv fur Psychiatrie. Band vu. p. 3o2.

les organes génitaux, lui arrache le cœur, le mange et boit son sang ; puis il enterre le cadavre.

Arrêté peu de temps après il fait tranquillement Taveu de son crime. 11 fut condamné et exécuté.

L'autopsie fut faite par Esquirol (i), qui trouva des adhérences entre la pie-mère et et les couches corticales du cerveau. S'agissait-il d'un début de paralysie générale?

11 y a peu d'années, un crime analogue fut commis par Menesclou sur une petite fille de six ans (2). On sait qu'à l'autopsie de ce criminel, qui fut aussi guillotiné, le

(1) Esquirol, Des maladies mentales. Paris, i838.

(2) Lasègue, Brouardel et Moret, Affaire Mènesclou, examen de Vétat mental de l'accusé. {Annales d'Hyg. et de médecine légale, 1880, 3« Série, t. VII, p. 4^9-)

Ball. — Folie erotique. o

professeur Ch. Robin trouva les lésions d'une méningite chronique.

Il serait facile de multiplier les exemples de ces aberrations qui relèvent évidemment de Taliénation mentale *, mais il nous semble inutile de dresser ici une liste qui ne saurait être complète.

Qu'il nous suîïise de noter trois points fondamentaux qui nous paraissent caractériser les actes de cette nature.

1° L'instinct sexuel n'est point satisfait par le coït^ c'est une particularité que nous avons déjà notée chez les nymphomanes.

Le désir se transforme aussitôt en fureur et conduit à la férocité, au meurtre et à l'anthropophagie.

2^ Les criminels de cette espèce aiment à mutiler les organes génitaux de la vie-

time. Il y aurait là une sorte d'instinct sexuel dépravé.

3^ Presque toujours les sujets de cette espèce sont des héréditaires. Ils sont quelquefois des imbéciles ou des demi-imbéciles; et souvent on trouve à Tautopsie des lésions anatomiques de l'encéphale, ce qui achève de démontrer que ces prétendus criminels sont de véritables malades, de vrais aliénés.

Je viens de vous montrer la forme la plus grave de la perversion de Tinstinct sexuel, celle qui mène aux conséquences les plus terribles.

Il me reste à vous parler des autres manifestations de cette tendance morbide, qui, pour être moins dangereuses en ellesmêmes, n'en sont pas moins contraires à la nature.

Le nécrophilisme ou la nécrophilie cons- J titue un degré extrême et l'une des plus remarquables déviations de Tappétit vénérien, et dénote chez les auteurs la plus étrange aberration mentale coïncidant parfois, en apparence, avec la plus saine raison.

Le vieil Hérodote nous raconte com-

LES NECROPHILES I ^ j

ment Périandre, tyran de Corinthe, après avoir fait mourir sa femme Mélitta, eut des rapports sexuels avec le cadavre.

Ce nécrophile historique a eu des émules à toutes les époques.

Connus dans l'antiquité et au moyen âge sous le nom de lycanthropes, vamvires, démoniaques nommés nécrophiles par Guislain, etc.. ces malheureux furent la terreur des populations et Tobjet des mesures les plus sévères.

On a vu, paraît-il, des prêtres violer les cadavres auprès desquels ils étaient chargés de réciter les dernières prières.

Il y a plusieurs années, M. Baillarger a donné lecture à TAcadémie de Médecine d'un rapport sur un cas de nécrophilisme fort intéressant (i).

(i) Baillarger, CJ5 remarquable de maladie mentale, observation recueillie au dépôt provisoire des aliénés

Il s'agissait d'un sieur X***, âgé de vingt-sept ans, d'un tempérament lymphatique, mais doué néanmoins, d'une très grande force musculaire. Il a présenté dès ses premières années des signes non douteux d'idiotie. A mesure qu'il avançait en âge, l'absence d'intelligence devenait de plus en plus manifeste.

X*** ne put jamais apprendre à lire; il était d'ailleurs violent, indocile, plein de bizarreries. Élevé par les soins de l'administration de l'hospice de Troyes, il fut successivement placé chez plusieurs paysans, mais aucun d'eux ne put le garder. On le ramenait à l'hospice, déclarant ne rien pouvoir obtenir de lui.

Plus tard, X*** devient sujet à des accès

de l'Hotel-Dieu de Troyes, par le Docteur Bédor. (Bulletin de VAcadémie de Médecine, 1857-58, t, XXIII, p. i36.)

de manie périodique. Presque tous les mois, il était pendant plusieurs jours d^une violence extrême, injuriant les personnes qu l'entouraient, proférant des menaces de mort et d'incendie. Il fallait alors quelquefois le renfermer dans une cellule et même dans quelques cas le maintenir fixé par la camisole de force.

De temps en temps, il quittait furtivement rtiospice, et après avoir erré plusieurs jours dans la campagne, il revenait exténué de fatigue, les vêtements en lambeaux et couvert de boue, Cependant dans les intervalles de ses accès, X*** pouvait se livrer aux plus rudes travaux; il était infatigable et faisait à lui seul l'ouvrage de plusieurs personnes. Aussi, malgré son état d'imbécillité, trouvait-on de temps en temps des cultivateurs qui consentaient à le prendre.

n6 LA PERVERSION SEXUELLE

Cependant, un fait d'une extrême gravité vint mettre fin à ces essais de liberté.

X*** se trouvait alors chez un cultivateur du bourg d'Eslissac, lorsqu'en présence de cinq ou six personnes il commit une tentative de viol sur une paysanne. On fut forcé de le réintégrer à Thospice de Troyes, où bientôt se passèrent les actes monstrueux qu'il nous reste à raconter :

X*** trompant la surveillance des gardiens s'introduisait dans la salle des morts, quand il savait que le corps d'une femme venait d'y être déposé, et il se livrait aux plus indignes profanations.

11 se vanta publiquement de ces faits, dont il ne paraissait pas comprendre la gravité. D'abord on ne put y croire ; mais, appelé devant le directeur, X*** raconta ce qui se passait de manière à lever tous les doutes.

LES NECROPHILES I 37

On prit^ dès ce moment des mesures pour mettre cet homme dans Timpossibilité de renouveler les profanations qu'on venait de découvrir. Mais cet idiot, si privé d'intelligence pour toutes choses déploya, dans ce cas, un instinct de ruse qui le fit triompher de tous les obstacles. Il avait dérobé une clef qui ouvrait la salle des morts et les profanations de cadavres purent ainsi continuer pendant longtemps.

Il fallut enfin reconnaître l'inutilité des mesures employées jusque-là pour prévenir le retour d^actessi odieux et X*** fut envoyé à l'asile des aliénés de Saint-Dizier.

Mais il faut franchir un pas de plus, arriver à ceux qui, pour satisfaire leurs passions, vont jusqu'à déterrer les morts et briser leurs cercueils.

En 1848, on constata à plusieurs repri-

ses au cimetière Montparnasse que les tombes récemment creusées avaient été profanées. Malgré les précautions qui furent immédiatement prises, ces attentats se renouvelèrent plusieurs fois de suite.

Ce ne fut qu'après un temps assez long qu'on parvint à surprendre le coupable.

C'était un sergent, nommé Bertrand, en garnison à Paris, dont la conduite paraissait irréprochable et qui avait d'excellentes notes au régiment.

Cet homme, dont la généalogie démontrait nettement qu'il était un héréditaire, avait tous les quinze jours environ des maux de tête extrêmement violents qui précédaient les crises dans lesquelles se manifestaient ces désirs morbides, il escaladait alors avec une grande agilité les murs du cimetière et déterrait les femmes récemment ensevelies, pour satisfaire sa

passion. Traduit en conseil de guerre, il fut condamné à un an de prison.

On voulut ainsi donner une satisfaction à Fopinion publique en évitant de prononcer Facquittement, et rendre hommage à l'expertise faite par les aliénistes, qui avaient reconnu que Bertrand était atteint de folie.

On peut rapprocher de ce tait les profanations récemment accompliesaucimetière de Saint-Ouen par un des gardiens, Brau, qui allait jusqu^à déterrer des femmes mortes de la variole pour violer leurs cadavres. Cet homme était marié, et sa femme a pu témoigner de la brutalité de ses habitudes.

Une perversion aussi monstrueuse de Tappétit sexuel ne peut exister que chez des fous, et les nécrophiles sont certainement des aliénés.

Ce sont presque toujours ou des dégénérés ou des congénitaux. Mais certainement ils ont toujours une tare : le malade dont Tobservation est rapportée par M. Baillarger en est un type complet, Bertrand n^échappe pas plus à l'hérédité que Brau.

Mais nous abordons maintenant un sujet différent, et nous allons nous occuper d'une perversion sexuelle qui peut coïncider avec un état parfaitement normal de rintelligence et même avec les facultés les plus brillantes de Tesprit.

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