INERTES
iiiquo. Ces personnes sont Inapplicables , insociables : nous n'avons de cet état que deux exemples bien constatés à fournir.
Observation LXVIII. — Mademoiselle Pauline C..., âgée de cinquante-deux ans au mois de septembre 1851, a toujours été inerte. On a mis tout en usage pour l'instruire, et quoiqu'elle ne manque pas d'intelligence, elle lit à peine. Elle ne sait ni broder, ni même coudre, ni faire le plus simple raccommodage.
Dans son enfance, dans sa jeune.sse, dans sa maturité, rien au monde, ni le jeu, ni l'émuiation, ni le sentiment du devoir, ni l'attraitdu gain, n'ont pu exercer surellelamoindreinflueme. Elle a passé toute sa vie à ne rien faire, se refuse à se tenir debout et à marcher, se plaint si l'on veut qu'elle soit assise, et ne se plaît que couchée. Pour effectuer son passage d'un des services d'aliénés dans le nôtre, on l'apporte sur un fauteuil, quoiqu'elle ne soit ni malade physiquement, ni faible, ni infirme.
Nous nous occupons beaucoup d'elle, et après avoir complètement échoué dans nos exhortations et dans nos efforts bienveillants, nous obtenons à grand'peine par la douche qu'elle fasse un peu de charpie. Nous n'avons jamais pu aller au delà (1).
Observation LXIX. — Madame C.,. était la femme d'un loueur de voitures. Agée de quarante ans, bien réglée, elle répondait parfaitement k toutes les questions qu'on lui adressait, ne délirait point et n'avajl aucune hallucination. Son sommeil était bon, elle'digérait bien, mais mangeait avec une lenteur extrême et se refusait à tout labeur. Cette malade inerte ne se donnait même pas la peine de soutenir ses bras qui pendaient le long de son corps, abandonnés k leur propre poids. Par les observations, les reproches, par la patience et la douceur, par les encouragements et les recompenses, par les bains prolongés, la douche et les affusions, on n'est jamais parvenu qu'à lui
(1) Père épileptique.
'288 LA FOLIK LUCIUE.
faire taire un peu de charpie, pas la moindre 'couture, pas le moindre travail de service.
Elle a été inerte pendant toute la durée de son existence, ne s'occupant ni de son mari, ni de son ménage, n'ayant intérêt à rien, laissant tout aller, se donnant à peine le travail d'une réponse ii voix basse quand on l'interrogeait; absolument incapable par sa paresse, inaccessible k tous les moyens mis en usage pour la stimuler, cause continuelle de mécontentement, de reproches, de souffrance, de malheur pour tous ceux qui l'entouraient. Jeune et entrée dans son ménage, jamais elle n'a l'ail ni le dîner de son mari, ni son lit, jamais elle n'a touché ni une aiguille, ni un balai. Elle n'a pu se maintenir chez elle que tant qu'elle a eu une sœur dévouée qui se substituait k elle pour tout travail. Elle a été au milieu et à la fin de sa vie ce qu'elle avait^été dans sa jeunesse. Nous l'avons eue vingt ans dans notre service, où elle est morte k soixante ans d'une diarihée chronique.
Ses parenis, avant de la marier, savaient fort bien ce (in'ellc était. Us devaient être bien convaincus qu'elle serait absolument incapable de tenir son ménage, et elle n'y serait pas restée quinze jours sans le dévouement de cette sœur qui l'a généreusement remplacée pendant une douzaine d'années.
Cette famille a fait comme tant d'autres qui commetteut ou une grosse erreur ou un méfait. Les unes attribuent au mariage des vertus réparatrices qu'il n'a pas, et es- [»crent que l'élrc jusque-là disgracié trouvera dans sa situation nouvelle les qualités dont il était dépourvu. Les autres cherchent tout simplcuicnt et indignement à se débarrasser d'un liis , d'une fille ou d'un parent quelconque (lui leur était à charge.