LE POULET A LA COMPATRIOTE
Supposez -vous en pays étranger, Un jour de fête, au milieu d'une chambre Très-mal garnie, et n'ayant pour manger Que du pain sec comme un pauvre Sicambre. Que feriez-vous ? Croquant un souvenir Et dégustant quelques noms de liquides , Vous vous diriez devant vos poches vides « Qui dort déjeune », et vous iriez dormir. Pauvre honnête homme ! Une philosophie Qui doit si mal remplir votre estomac, Mérite-t-elle encor d'être sui^ie ?
Vous allez voir comment certain Jarnac A mon égard, en semblable occurrence, Se comporta. « Mon cher » dit-il « bonjour ; C'est aujourd'hui la Toussaint, et je pense Que ce poulet que j'ai pris chez Véfour Pourra très-bien se joindre à tes compotes. Donc je m'in\ite à souper. Tu le sais, On est sans gêne entre compatriotes. ))
Le lendemain , quand messer Rabelais A mon coucou fit sonner son quart-d'heure, Du dit rôti , commandé sur mon nom , Je dus payer la facture au garçon ; Mais, il est vrai, pour rien j'eus la leçon. Qu'en votre esprit cette histoire demeure. C'est pour souper gratis l'expédient ; Et si parfois vous soldez une note Sans la devoir, ajoutez en riant :
« C'est un poulet à la compatriote ! »
Paris.