UN COMMANDEMENT DE L'ÉGLISE
Un humble ouvrier qu'on nommait Nicolas Et son curé passèrent à trépas En même temps. Tous les deux à Saint-Pierre De leurs péchés firent l'aveu sincère.
a J'ai » raconta le craintif prolétaire « A mon dîner, quoique le vendredi, Mangé parfois un morceau de bouilli.
Je dois pourtant ajouter pour mémoire
Qu'il était froid , qu'avec ce je n'avais Que du pain dur, et que je ne pouvais Y joindre même un peu de vin mauvais.
Et cependant au travail pouvez croire Que lourde était ma part de chaque jour.
— Bien. Maintenant, pasteur, à votre tour.
— Oh! » roucoula le suffisant vicaire
« Moi je suis pur, sans péché. Dieu merci!
Je n'ai jamais manqué le vendredi
De faire maigre. — Et » demanda Saint-Pierre
« Que mangiez-vous? — Tout ce que sur la terre,
En fait de maigre, a permis le Saint-Père
Au saint clergé. Par exemple : du flan,
Du thon, du lait, des huîtres, du merlan,
Des petits pois, des trufl'es^ de la crème,
Certains gâteaux qu'imagina Carême,
Certains beignets soufflés comme ballons,
Les plus beaux fruits des précoces saisons ,
Les plus beaux... — Bien. Et qu'aviez pour boissons?
— Le chambertin, le Bordeaux, le Madère, L'aï mousseux formaient mon ordinaire ; Puis le café, le rhum.... évidemment....
— Bien.» dit alors Saint-Pierre d'un ton aigre « Je m'en vais rendre ores un jugement
Dont Salomon se montrerait allègre.
Au paradis, vous, pauvre iNicolas, Vous ferez gras comme cettui fit maigre ! Et vous, l'abbé, chez le noir Satanas Maigre ferez comme l'autre fit gras. i>
l'aris