IS
Quelquefois au milieu de l'ombre et du mvitere , De sa couche entrouvrant les pudiques rideaux , Son allait épier un précieux repos , D'usage Irma dormait comme dort linnocence ; Son front était plus pur qu'un matin de Provence , Kt son souffle plus doux que la brise dCs mers. I)irai-je de Raymon lou> les tourments amers? Voir pleurer , voir soulïrir l'être que l'on rev<re.... lour sentir cette peine il faut un cœur de père. Il soupirait tout bas , il suppliait le ciel D'éloigner au plus tôt ce calice de fiel. Vieillard infortuné ! Mais l'astre de lumière Recommença tout seul sa brillante carrière, Et pour l'esprit d'Irma la nuit régna toujours. La \ierge était bien folle , oui , folle. El les Amour- Causèrent tout cela !!
Depuis celte occurrence agiter l'existence.
Sa folie était tri't'te et tranquille. Un .seul mot
En son ànie semblait éveiller un écho :
Edward , Edward. Ce nom frappait-il son oreille ,
Elle se ranimait ; une couleur vermeille
Rendait à son visage un éclat passager :
« Edward ?.... vous l'avez vu le superbe étranger ?
« Disait-elle. Ecoutez... Edward s«r la pelouse
« Avait juré qu'Irma deviendrait son épouse ...
« Ils sont ailes au lac, Edward suivait Bruno. ..
« Mais il a préféré la paysanne d'Oo ,
u II a voulu rester. Edward est avec elle ,
« Il doit l'aimer, il l'aime, il la trouve plus belle....
« Edward ?... Vous l'avez vu ? Dites-lui qu'il m'aima
« Et que je l'aime encore.... Edward est pour Irma ;
« De l'hymen pour moi seule il tient le diadème....
« Allez donc , vous , allez lui dire que je l'aime ;
« Edward n'a point péri dans les ondes d'Oo ,
« Puisque vous l'avez vu.... Courons au bord de Wixii
« Le chercher !! » Et la vierge alors vers les montagnee
Voulait se diriger.
Sutivcnt a ses conipugne.'^ Eîle allait se inéler. Elle leur redisait Ces mots d'amour qu'Edward naguère lui disait ; Puis, gazelle du Tell qu'un peu d'ombre effarouche Elle s'enfuyait vite , et le doigt sur sa bouche, Connue si , tout-à-coup paraissant à ses yeux , Edward lui reprochait de semblables aveux. D'autres lois de Raymon partageant l'e.-cabe'.le , Elle lui demandait si sa fille était belle , Si c'était vrai qu'au lac les bergers avaient vu La rivale d'Irma , s'il avait entendu Les doux propos d'Edward, Alors le pauvre père , Retenant une larme aux cils de sa paupière , Trompant par un soupir un serrement de cœur , L'écoutait et rêvait un retour de bonheur. Et lorsque, du Mylord répétant les tendresses. Elle appelait Edward , Edward et ses caresses , Le vieillard malheureux la pressait sur son sein, La couvrait de baisers, la suppliait en vain De le voir, de l'entendre : o 0 ma fille , ma fille , <( Pauvre lys des vallons tombé sous la faucille , « Pauvre ange que le ciel n'a repris qu'à moitié ,
f( De iluyinoii , de luii i>ci'e à la fin prends pilié. <( O ma iille ,' reviens , lua tille bien-ainiée. ! o Et la vierge à ces mots , radieuse el charmée , S'éveillait comme an bruit de célestes accords ; Son esprit , éloulïé sous le linceul des morts , D'un éclair de raison recevait la lumière ; Elle semblait revi\re , elle embrassait son père , Et d'un instant de joie enivrait le vieillard. Mais hélas ! revenait le souvenir d'Edward. Fatalité ! Ravmon perdait encor sa fille ! — Ainsi la pâle lune ou s'obscurcit ou brille , Selon que deN ant elle un nuage est placé , Ou (pie par l'ouragan le nuage est chassé !
Oh ! vous n'auriez [)as cru que c'était la folie 1 C'était plutôt un rêve , une mélancolie : Surtout quand vers la Pique elle portait ses pas. Les gazons desséchés au souffle des frimas Craquaient sur son passage ; et ces notes étranges , ÏMus ([u'aux pieux élus les hymnes des archanges,
Procuraient a ton âme un mystique plaisir. Leur froissement pour elle était un souvenir ; Vous le savez : c'est là qu'elle fit sa promesse , C'est là que le Mylord lui dit ces mots d'ivresse , Ces mots de volupté que sa faible raison Nous répétait toujours. Et puis de la maison Lorsqu'elle reprenait la route tant connue , Gravement , lentement , l'épaule demi-nue , Fixant sur le terrain son œil limpide et noir , Comme pour y chercher quelques lignes d'espoir ; Et de ses longs cheveux , parure de Bacchantes , Laissant flotter sans frein les boucles ondoyantes.... On eût dit la Druidesse au sein de la forêt , Allant pour nos aïeux cueillir le gui sacré. Et lorsqu'elle passait à travers le village , Les habitants disaient : Pauvre Irma I quel dommage Et l'un d'eux chaque fois la prenant par la main , Et lui parlant d'Edward , de son retour prochain , Sous le toit de Raymon ramenait l'insensée. Elle trouvait les fruits de sa vertu passée : Chacun plaignait , chacun environnait d'égards CcHg qui secourut longtemps les montagnards. ' Sollicitude ainiiiMe 1 Amiable rccompensc !
Un j»tur Ja vierge avait un accès de démence. A peine la fauvette aux accents matineux, Sous des ifs que le lierre enlace de ses nœuds , Avait elle annoncé l'aurore ; les collines , Sur un fond encor noir , de franges purpurines A peine se bordaient ; le berger , les troupeaux, Et le soc, et les bœufs, tout était en repos, Irma , la tendre Irma , déserte sa demeure Sans qu'on puisse la voir , sans que sa robe effleure Le chevet de son père. Elle court , elle fuit ; Mais le chien, qui l'a \uo, heureusement la suit. Elle court vers le lac, et l'animal fidèle Ainsi qu'un protecteur se tient toujours près d'elle. Une heure après l'alarme est donnée , et Raymon Part avec ses valets. Ce fui à Castillon Qu'ils trouvèrent la vierge. A.ssise sur la pierre , Triste, le front baissé comme un ange en prière , Cédant à la fatigue , au froid , à la douleur , Et pressant sur son sein le reste d'une fleur , De celte simple fleur qu'Edward avait donnée . Dans une extase immense elle semblait plongée; Et le chien devant elle . avec de faibles cris ,
Altonlil' , iiiquiel , léchait sis pieds inciirlris
Tableau doux et touchant ! Ilélas ! je me rappelle Je crois la voir encor, si modeste et si belle, Quand on la ramena sur un rustique char . Comme un rayon du ciel nous jeter un regard !!
Ainsi passa l'hiver. Dans tout notre \illap;ê, Depuis son infortune on l'aimait davantage ; Et les petit> enfants, pour présider leurs jeux , L'appelant notre sœur l'emmenaient avec eux. On savait respecter la timide insensée Et la chérir. Malhair à qui l'eût oifensée .' De son âme si Dieu relirait la raison . Il lui laissait un cœur toujours pur , toujours j)on Car , malgré sa folie elle savait encore Donner aux indigents que le besoin dévore ; Et tous les indigents étaient ses protecteurs.... Ainsi passa l'hiver , hiver plein de rigueurs , Hiver qui de tous deux brisait la destinée. La Aie est une fleur , elle est \ile fanée !
Le malheur , mes enfants , disperse les amis. A celte horrible loi nous sommes tous soumis , Tous, et vous en ferez un jour l'expérience. .Néanmoins par pitié pour sa grande souffrance , Personne de Raymon ne déserta le toit.
C'est que personne aussi, d'avoir le cœur étroit IS'aurait pu l'accuser : tant de fois sa richesse Avait de ses voisins secouru la détresse ;
Lui-iiiùinc tant de fois , devinant leurs besoins , Leur avait apporté de l'argent sans témoins. La bourse est le creuset où l'amitié s'éprouve; Le bienfait qui se cache est le seul que j'approuve. Or, dès que les bluels au milieu de nos champs Annoncèrent enfin le retour du printemps , Ses amis avec lui pour un pèlerinage Gagnèrent d'Averilin le modeste village.
Ils pensaient qu'au moment où les airs , et les bois, Et l'insecte, et les eaux forment leur mille voix A chanter le Seigneur , où chaque créature Et proclame et bénit l'auteur de la naUire , S'ils mêlaient leur prière à ce concert pieux > Leur prière plus noble arriverait aux cieiix.
Raynrwn était jaloux de la foi de ses pères. S'il eut vu cette époque où les divins mystères Et l'explication des rites et des lois , Et le grand sacrifice achevé sur la cioix
So cck'biaicnl Ui nuit , an foiul doî- cdlacombe'- , Kiilie des condaniiiés et de réceiilcs lombes , \a\\, bénissant la main qui l'aurait fait mourir , De sa religion fv'it devenu martyr.
De même ses amis. Mes enfants , que vos imies D'une telle piété gardent les saintes flammes , Ayez toujours la foi. C'est chez nous , sur nos mont? Que l'ange catholique a fui les noirs démons j C'est chez nous que survit l'ardeur des premiers âges Et les pas de l'impie ignorent nos villages. Cne simple prière , un battement de cœur , Mieux que tous les plaisirs procure le bonheur. Restez toujours pieux ; laissez les gens du monde Chanter dans les festins lorsque l'orage gronde , Rire comme Satan , déchirer le missel , Kt sans courber le front passer devant l'autel ; Ils pleureront plus tard , attendez leur vieillesse. On se souvient du ciel aux heures de détresse ; Et vous tous , ,qui céans m'écoutez en ce lit u , Si vous avez souflerl . vous devez rmire en Diei.i-
Ils parlent donc eiisenible. Us portent pour oUViwules IHi miel dans un panier entouré de guirlandes , Uu agneau parmi cent pour sa blancheur choisi, Et qui la veille encor sur le gazon fleuri, Bondissait en bêlant tout autour de sa mère , Un nid de passereaux que dans Superbagnère Un pâtre de Raymon sous des sapins touffus Était allé ravir aux parents éperdus , Des œufs , du lait bien frais en un vase de marbre , Deux palombes des bois tt deux brins de cet arbre Qu'avant Pâques , le prêtre avec pompe bénit. Dieu préfère les dons que la terre fournit. Au pied du saint autel ils mettent leur richesse , Et l'auguste pontife y célèbre la messe.
Ensemble à deux genoux ils implorent le ciel ; Ensemble dans leurs mains ils élèvent le miel, Et les brins de laurier, et les douces palombes , Et le lait, et l'agneau. .Myslicjues hécatombes !1I Jamais hyume.'- plu^ purs vers le trône de Pieu
?>e montèrent en cliœur de ce inoile:-te lieu ; Jamais pour se signer, dans la conque d'eurite. Pèlerins plus fervents n'y privent l'eau bénite. Lt le bœuf du portique , œuvre des premiers arts Et la cliùsse qui voile aux profanes regards Les ossements du Saint , et sous l'antique voûte La lampe expiatoire, à leurs accents sans doute Tressaillirent de joie 1...
Apres que le cure
eut lu l'évangile sa Raymon en essuyant quelques furtivcs larmes , Raymon pria : « Grand Dieu , toi qui vois mes alarmes, (( Dit-il , dont la splendeur fait pâlir ks soleils , c( Toi dont le bras est fort , toi que les flots vermeils, " Et le simoun qui brûle, et l'éclair des orages , « Et l'espace .et nos pics , et nos gouffres sauvages « Ont proclamé si grand ; toi qu'un nid de gazon , « Une larve d'insecte a proclamé si bon , (' Père qu'on dit veiller sur toute la nature .
'< ^L■lnlt'll^a^-lu longtemps les douleurs que j endure ?
« Si j'ai commis un crime ou transgressé ta loi ,
« IHuiis-moi , juste Dieu , mais ne punis que moi.
« Laisse ma pauvre enfant , au banquet de la vie
« S'asseoir, comme ses sœurs radieuse et ravie ;
« Daigne de sa raison rallumer le flambeau :
" Sans cela l'existence est pire qu'un tombeau.
«Oh 1 rends-moi mon Irma, grand Dieu , rends-moi ma fille,
« Et les premiers épis tombés sous la faucille ,
« Et les premiers raisins du pampre détachés ,
M Et les premiers boutons au bord du pré fauchés
a Te seront tous les ans apportés en offrande ;
« Fais que pour la guérir ton Esprit-Saint descende.
« 0 grand Dieu, m'entends- tu? Prends pitié de mes maux
« El vous , Aventin, vous, patron de ces hameaux ,
« Vous qui fites souvent des miracles insignes ,
« Intercédez pour nous si nous en sommes dignes;
0 Acceptez ces présents , gages de notre amour ;
« Et là-haut , près de Dieu, donnez-nous en retour
« Votre protection. Rendez à ma vieillesse
« Mon Irma , mon -îOUlicn , mon unique lendres:re!î «^
Le père alors au ciel levait ses bras treinblaiils ; Et de l'autel rustique avec ses cheveux blancs il essuyait la marche ; et sa sainte prière, Que ses pieux amis , le front dans la poussière , Hépétcrent en chœur , au milieu de l'encens , iMonta jusques au seuil des porches éclatants. La les pieds du Seigneur posent sur des étoiles. Derrière leurs rayons, impénétrables voiles, U se cache aux humains ; mais l'œil des bienheureux , Sans en être ébloui, voit à travers ces feux. Le Seigneur entendit ces cris de la détresse ; Et cependant helas ! l'arrêt de sa sagesse Fut contraire à Raymon. Le Seigneur aima mieux D'un ange d'ici-bas faire un ange des cieux. L'église d'Aventin fut témoin d'un miracle : Les amis, tout-à-coup, devant le tabernacle Virent descendre un être au regard doux et[tur, Aux grandes ailes d'or , dont la robe d'azur , Flottant comme la gaze au front des fiancées , Etalait de l'iris les franges nuancées.
Lambre ([ue l'Arabie a forme dans son sem , La niNirhe du Carmel , l'aubépine, le thym
ÎS'otit pas tous les parfums qu'exhalait sa presince. Les montagnards éraus l'admiraient en silence. Dieu, pour récompenser tant de dévotion , Avait permis pour eux cette apparition.
Le cœur du vieux Raymon sautait dans sa poitrine Que va lui révéler cette bouche divine ? Est-ce de son Irma la délivrance? Ou bien Lui va-t-elle annoncer son trépas et le sien ? Il espère , il attend. Mais l'envoyé céleste A lu dans son esprit. Avec un noble geste , « Ta fille , lui dit-il , sera sœur d'Uriel ! » Puis il reprit son vol en lui montrant le ciel. » —
Le vieillard s'arrêta, son docile auditoire Attendait en émoi la fin de cette histoire. Tous, je crois, pour sauver la fille de Raymon , D'une part de nos jours eussions fait l'abandon.
Avez vous comme nous , seuls, à pieil et sans guide, Gravi du lac d'Oo la montagne rapide ? Avez- vous du sommet de ce roide chemin Promené le regard sur l'immense lointain ? Avez-vous entendu mugir la cataracte ?
Pendant que de frisson \olre chair se contracte , Sur l'abîme penchés et tremblants de terreur , Des gouiïres avez-vous sondé la profondeur ?
Et puis pour abi'é{>erla route qui serpente, Comme un boa couché sur les flanc> de la pente . Avez-vous traversé ces monceaux de cailloux Que votre pied détache et qui roulent sous vous? Et puis , lorsque pour prix d'une s^ grande peine Et la chute et le lac , merveilles de la chaîne , Apparaissent enfin à vos yeux étonnés , Vous êtes-vous assis sur les gazons fanés . Et passant le mouchoir sur votre front eu nage Avez-vous admiré ? L'homme aime davantage Les biens qu'il a conq»;.- par ses propres travaux ; Le plaisir est plus vif s'il vient après des maux. Laissez là vos juments ; pour le joyeux touriste La course a plus d'attraits. Peintre , naturaliste . Musicien , poète , à ces antiques monts Peuvent tou^ demander quelques émotions.
Je brûlais de le voir cet hôte des nuages , Qui lance des torrents , qui nourrit les orages . Ce lac tant renommé. Je ])ris pour compagnon
Un ami do Pans , luMilier de Hutloii.
Nous partîmes lous deux , le bissac sur l'épaule lU le biUou en main, moi rêvant à la Folle, Lui martelant la pierre vl l'angle du rocher. I-a verte Salamandre , innocente au toucher , Kl ({ue le montagnard avec frayeur évite , Sous la ronce à ce bruit >'enruyait au plus \i(c.
Quelle succession de tableaux ravissants ! Tantôt à l'horizon des fantômes tout blancs Pour la mettre à l'abri des coups de la tempête , Lèvent jusques au ciel leur gigantesque tête ; Le chemin, qui côtoie un double rang de monls, Suspend le voyageur sur des ravins profonds ; L'eau de tous les côtés descend avec murmure : On la goûte vingt fois, elle est toujours si pure ! Au-dessous de la neige , au-dessous des forêts Sur l'abrupte versant s'échelonnent des prés , Ou presque tout le jour le frais règne avec l'ombre.... Tantôt tout le Larboust cl ses hameau.\ sans nombre
Se montrent à la lois : Aventin , Castillon , Qu'un récent incendie, agent du noir démon, Venait de dévorer , et Cazeaux dont le temple De peinture naïve offre un naïf exemple , Et le gentil Oo , village fortuné , Séjom-que l'âge d'or n'a pas abandonné.... Panorama sublime ! Et puis dans la science Nous savions trouver une autre jouissance.
Là le bloc erratique, à nos regards surpris , Du combat des Titans présentait les débris ; Là le rouge grenat , l'épidote , le schiste , Les phyllades , le gneis , le quartz , le micaschiste Tour à tour étalaient aux rayons du soleil De leurs riches cristaux un mélange vermeil. Ou bien nous cherchions sous la mousse et les plantes D'innombrables hélix les coquilles luisantes. Ou bien nous cueillions, en désignant leur nom , La grande violette et le rhododendron , La campanule bleue et le safran d'automne ,
— lot —
La saxifrage en loufl'e et le grand pavot jaune. C'était un vrai plaisir ; l'étranger paresseux, Qui prise des chevaux le secours dangereux, Ne l'cprouvîwjaniais. Ainsi nous arrivâmes , Ainsi d'émotions s'abreuvèrent nos âmes.
Mais ces rocs aux tlancsgris , ces sapins ebranchos Et par les aquilons à la terre arrachés , Ceseauxqui dans tous sens roulent, grondent, s'élancent, Ce lierre que les vents sur les grottes balancent , Ce froid entretenu par d'éternels glaciers , Ces abîmes béants enlr'ouverts sous nos pieds , Ce fracas des torrents , ces frémissements vagues , Ces bruits mystérieux comme le bruit des vagues , Cette roule qui monte et qui monte sans fin, De sommet en sommet , de ravin en ravin, Cet aspect , ces beautés changeant à chaque cime , N'avaient fait qu'annoncer le spectacle subUme.
VdlCl l»î ItM ,. , .-.(ilul, , «tlltlt S»'( (jlcjd ,
Hohil. Ii»fj(»i(lr Itito (U* oiukw d'I'iÇipifiKo (*) ,
t.iic (|iii loiiriM'R l»«fi(ii(^(u pour «l)r(iMV<5r lojtHngi'x,
J'iii romiiH' MM .f.r)ir H'uvril nu |i»»yn (Irr. oruriUCf» , Hlllllt.... 1VX))I)<|U<- IKM!": f|lli l'ù llii>-. (Il ('0 liOU ,
Qui t'o pIfKMi r.) Iifiut. Quiim) I(j ^oufthMlr hn ti
'n^diilt ou UtnUiU l() f«ol (lo Moln^ Vinwv ,
VMao ITApril du fiifit (|ui (huit) fsii (liuic, nMinruixt
l'.n odloMnifil l'i II ri'i) fi (M'CUM^ Ion «hIIom ^
l'*ftN!0 HV(»mI Ir': rn'iiniMi)iillp-.(|iM-l<|Nr iiKui^tic t^nttH itdlit
Qui, piurrt) lo«« Kiolior^ <:o fniydnt un pii^^ufttt
l'I ^rulliuil r)(f Ml {^rilVc, » faruU^ Icdi rlvMfjço ?
(M.^< M(>u<! i|iil l'ii doiuM' pfiin- oiiloui'cr t(5i» ihuwH
'lit ('l^lllllll'l■(l«Mnllnl■. iiux ii'pli^ IdUJoUI'^ li|flli('<«.
l'A'Vi'' pour Irniliilln <|u iimc !••(' «•uf(»nliU(5
A nmw Mtv Uii» UmU l« ncilio lourmnlintî? Tu (luis Mi'ohl(ui IhM' , 6 Uw ^\ cUii , «d h' nu ,
|.iil'.:(|ll ' r.li(/ll1 l'MVill VK-mI IiIiM'I'. (lillio I.MM CIUI .
(*) Uitno ln|i(iv« "M (lu IdillIttritmiitiMl Irtc de KwHiJr'Jd M l(•^ (lO., Il Mil tdfnK» (<«r l'i^pddlMttiiH» (Im Iflr d'I'Iaiildlto f|Ml ImI in^lM» r»«l |IHI «(<Im1 (Ipo OMllU^ I.»»»» (il<iH>9, Vim i-Imo »I« (l«>t«iU volt /«♦ /.'tfiifitlfnir* nit l,no it'thi, \m M M. HomI'I*» '•' «-ut fl»» «KlrtOtHte »(*"• rtnlni»»..
«I «Kd'lM'sttUf'tW*^,
l,ors(nrunc fommo alniabU» ol brilli\fit«Mlo jii;\re , Sur la hanino l(''p;ôro cflliMiro la surfatH^ Ta oasradr, dont l'honnuo ignore la haulour, Au civ] a i\\\ ravir \o voilo <lo vapcinl>«>iil ollo r«Mnt'lo|>|>o un rayon ilo luniim* Chaiigo ri\ ntiago «lOr snn hnniido poiissiôro ; ('l»a«juc gnnlle ilovionl \\n rulns , un saphir ; ^ous la voyous touvhor ol luiro cl rebondir ; Kl loulocla le fait \ine rare panne, O lae , Iranquille nier , Mjon «le la nalure.... II» unMiv , trois fois heureux ! «]ui pourra «Nuunie no^^ AilnuriM" Ion azur , respirer ton air doux !
.l'ai (lon«^ v»i eel Oo , ce IhéAlre du dran\e. Te souvenir d'K.dvvanî y poursuivit n\on Aine; Il me semblait encore o\îïr le monlagnar<l. F-ooiUons-le à préscivl , c'est lui , c'e^l le Nirillard.
— a Kafant> , ajnulat-il , vous lo?avozsan.^ doute. A cotte époque Oo n'avait aucune route ; Dans la saison des froids c'était un lieu désert Que les ours et les loups fréquentaient de concert. A peine quand Heurit la verte saxifrage , Pouvait on lentement atteindre son rivage, Et le lac d'Espingo , les Quinze Lac« Glacés Jamais par l'elran'^er ne furent visités.
lié bien ! malgré l'obstacle, Irma , la pauvre folle ., Y parvint ; mais hélas ! pour ouvrir la corolle De la fleur des tombeaux. Ce que l'ange avait dit Un mois après le vœu , mes enfants , s'accomplit.
D'Edward, sans cesse Irma revoyait le fantôme.
<( 11 est là , disait-elle , Edward. Le vois-tu comna « Il me regarde ? Il rit , il m'apî)elle , il m'attend. « Père , vois , c'est Edward , Edv\ard. Il m'aime tant : c( Et moi je l'aime aussi ; je suis sa fiancée.... « Père, le flambeau luit , la couronne est tressée , <( Vois... Nous allons au Lac, ses flots ont mon épouv « Ma rivale n'est plus , l'avenir est à nous.... a Vois , vois , c'est bien Edward ! »
Et ces phrases sans suite Avaient fait redouter quelque nouvelle fuite.
Du guetlail l'insensée , on ne la quittait i»a>. Vaine sollicitude attachée à ^cs i)as ! Devant Dieu sa souffrance à la fin trouva grâce ; Le Dieu juste, parla ,. les anges firent place. Une nuit.... nuit fatale , épouvantable nuit i: Le chien du vieux Ray mon hurla dans son reduil Kt fit entendre au loi»i des aboiements funèbres ; Sur le toit paternel , un oi?eau des ténèbres S'abattit en chantant avec des chants plaintif.^ ; Im brise des forêts en passant sur les ifs (îémit; et , toul-à-coup sortant d'un affreux rê\c Ou son esprit voyait un noyé sur la grève . L'infortuné Raymou éprouva dans le cœur Vn serrement aigu , présage d'un malheui-. Oui, ce fut un malheur irréparable, immcnsf. Kroutez . écoutez.
Irma dans sa démence.
A la faveur de l'ombre , à travers le vallon . f'ne seconde fois avait fui de Luchoji.
Or , courant sans relâche et sans reprendre haleine .
Pareille à ces wyllis qu'un tourbillon entraine ,
Avant qu'à l'Orient l'aurore n'eût paru ,
Les pieds tout déchirés par le sentier ardu ,
Elle eut atteint le lac : « Edward » — l'écho sonore
Répéta seul Edward. — « Ed^^ard , je t'aime encore, i
— Encore, dit l'écho. — « Me voici.... ton Irma. » ~
Et, croyant dans le lac voir celui qu'elle aima,
Elle avance , elle glisse , elle enfonce dans l'onde
En lui tendant les mains. Mais hélas ! l'eau profond»
Sur elle sans pitié se referme ; l'azur
Un seul instant troublé redevient calme et pur.
Tout était dit. Silence , obscurité , mystère
De leur triple linceul recouvrirent la terre.
Pauvre vierge des champs , ce fut là ton destin !!!
Et quand le vieux Raymon arriva, le matin, Pour chercher son Irma , quand il vit sur la rive Comme un cvp:nc endormi sous son aile chélivc .
Flotter un corps , quand lui , lui son père , eut dressé
Ce corps tout ruisselant , inanimé , glacé ,
Quand il eut reconnu dans la main entrouverte
Cette fleur par Edward au dernier jour offerte ,
Et , séparant enfin les tresses de cheveux
Qui cachaient le visage à ses avides yeux ,
Quand il eut appuyé sur cette lèvre pâle
Une lèvre tremblante 0 surprise fatale !
Comprenez-vous , enfants , quel fut son désespoir ? Quel autre événement mieux fait pour émouvoir ? Qui pourrait l'exprimer ?
« S'écria- t-il , Irma , toi , l'honneur du village,
c< La rose des forêts , le rayon de mes jours ,
« Tu n'es donc plus, Irma !.... De toutes nos amours
u 11 ne me reste plus pas même ton sourire,
« Pas même ton regard , pas même ton délire.
« Folle, c'était beaucoup ; morte, c'est trop, grand Dieu!
'( Quel monstre , quel démon t'a conduite eti ce lieu ?
-. Cet r:ih\ai\l de malheur , est-ce lui ? Dis. ma fille, Réponds, vois à mes cils cette larme qui brille. Pitio pour ton vieux père , Irma ; réveille-toi.... <i Lâche ta proie , ô Mort ; Christ , viole sa loi, if Rends-moi ma fille, ou bien que je meure avec clU;... '( Aveugle que je suis : la tombe est éternelle, «c Quand la tombe est ouverte. Allons , allons , Rruno, «■ Assez de cris , partons , quittons ce lac d'Oo. (( Puisse un volcan de feu jaillir de nos montagnes « Et le dessécher 1 Viens , aux anciennes compagnes u De notre Irma chérie , allons dire ce soir « De couper leurs cheveux , de mettra un voile noir . « D'allumer pur l'autel le cierge funéraire . (( De pleurer comme nous. carP.aymon n'est plus [)iMv.)'
Kt Kaymon , et Bruno, sur deux branches de houx, Rapportèrent le corps , fardeau pénible et doux , •ÏMsqu'au prochain village.
Oh 1 je crois encore être \ii jour ou retentit le triste chant du prêtre.
Ce jour-là le travail aux près fut suspendu. Pour suivre le convoi chacun s'était rendu ; Chacun versa des pleurs et des pleurs bien sincères Après elle on eût dit tout un peuple de frères ; Des lys et des liias entouraient son cercueil : Des vierges la portaient en longs habits de deuil ; Les pauvres éplorés l'appelaient leur bon ange : Ce n'étaient que douleur , larmes, regrets , louange, Enfin on la laissa dans le champ du repos. Et maintenant , enfants , au milieu des tombeaux Cu cyprès toujours vert vous indique sa place. I. orage , de ses pas a balayé la trace ; Mais Luchon garde encor son pieux souvenir, » —
A peine le vieillard venait-il de finir Que la foudre gronda dans l'éclatanle nue : Le ciel semblait sa joindre à l'assemblée émue. De i'àtre négligé les feux s'étaient éteints , Les verres devant nous étaient encore pleins , Tant on avait suivi cette touchante histoire.
to.
— {14 « ~ Et Bruno? dimes-nous.
Lui , l'habile chasseur , suspendit son fusil.
^■lll ne le vit depuis aflVonter le péril ;
Et l'ours impunément put déserter son antre.
Le chagrin comme un trait au cœur des homme- entre.
Le chagrin le tua. De la mort de sa sœur ,
Sans cesse en soupirant , il se disait l'auteur.
Il traina quelque mois dans la mélancolie ,
Puis.... à celle d'Irma sa toml>e est réunie.
— Et Raymon
— Accable de peine et de malheu Baymon pria le ciel de finir ses douleurs ; Mais le Très-Haut voulut prolonger sa souffrance.
rs
Ilaymon alors, du val devint la Providence , 11 donna tousses biens : les pauvres , grâce à lui , Virent un peu de joie habiter leur réduit. Haymon a bien gémi , bien soulTert sur la terre , 0 mes enfants , Raymon dans sa longue carrière A versé bien des pleurs , Raymon a bien souvent Appelé , désiré l'ineffable moment Ou l'ange de la mort, qui sans doute l'oublie , D'un coup d'aile éteindra le flambleau de sa vie. Raymon n'a plus qu'un but , ne forme plus qu'un vœu, C'est de dire à ce monde un éternel adieu , C'est d'offrir au Seigneur sa longue pénitence Va\ expiation , en prix de chaque offense , . C'est de rejoindre Irma , sa bonne et douce Irma ; De la voir , de l'aimer de même qu'il l'aima ^ur cette terre.... Irma , tu me vois , tu m'écoutes , N'est-ce pas ? Tu m'attends sous les célestes voûtes , 0 mon Irma chérie , humble vierge des monts ? > —
Et comme le prophète au front ceint de rayons Le veillard se dressa. Des larmes abondantes
Roulèrent sur son sein -, et , de ses mains tremblantes Cherchant dans l'angle obscur son bâton pour sortir, Sur l'auditoire entier qu'il venait d'attendrir , Pleine de gratitude , il promena la vue. Puis , à moi dont la vie était toute connue : « Etranger , me dit-il , toi que l'adversité , « Malgré ton front sans ride , a déjà tourmenté , « Toi qui connais , qui sens les douleur^ de famille f( Pardonne mes sanglots : Irma , . . . .
C'était mu fille.
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