‹ La folle du lac d'OoChapitre 2 sur 59 · GG · texte numérisé non relu

GG

Sa pauvre âme luttait. Ces mille cmoliuns ,

Ces vifs élans d'un cœur rempli de passions ,

L'ardente soif d'amour qu'au matin de la vie

La créature sent et le monde renie ,

Le charme qu'on éprouve au contact frémissant

D'un être comme soi , jeune , bon , innocent ,

Le cri de la nature , et cette sainte ivresse

Où nous plonge à vingt ans la première caresse ,

Et tous ces doux propos qu'il lui semblait encor

Entendre à son oreille , et ces beaux rêves d'or ,

Ces rêves de plaisirs qu'un sourire fait faire ,

Cet attrait enchanteur du vague , du mystère ,

Tout cela la troublait , la pressait , l'entraînait ;

Le plus léger remords alors l'abandonnait ,

Et dans son sein couraient comme des jets de flamme

Des désirs inconnus. L'amour est le dictame

Que Dieu nous a donné contre les plus grands maux.

Mais bien \ite , timide autant que ses agneaux , lîR-n vile elle un ail peur de >a tendresse même

Qu'a\yit-elle promis? Quel abandon sii|irènK ' Renier la vertu , c'était presque mourir , C'était voiler le Christ, c'était faire flétrir Ce lys de l'innocence aux parfums si suaves ! Alors sa piété soulevait des entraves.

Coupable , oserait-elle aborder le saint lieu ? La honte sur le front, comment contempler Dieu ? Et puis dans l'avenir , sous ses pas, un tel crime N'allait-il pas creuser quelque fatal abîme ? Et son père , son père objet de tant de soins , Voudrait-il la revoir , la recueillir au moins ? En la montrant au doigt, devant elle peut-être Du déshonneur bientôt allait surgir le spectre.

Elle hésitait sans cesse ; elle céda pourlam. « 0 Dieu des dieux, dit-elle, ô toi Dieu juste et grand, (( Qui par besoin d'amour formas la créature , « Peux-tu le regarder comme une chose impure ? « Esl-ce vrai que chez nous il t'inspire l'horreui' ? « Navons-iious pas au cœur un reflet de Ion cœur ?

« Quand il >etit, (jiKitul il lut, (iiiaïul il aime a\t'C force, « Esl on souille par lui ? C'est ta loi (jui nous force. « l/amour est tout l'hymen si l'amour ot réel. <« .l'aime comme autrefois aimaient les sœurs d'Abel , « Qui n'avaient pas île lemi)leit de cérémonies. '« hst-il possible , o Dieu . ({ue nous s()yons punies « Dans ton éternité ? Voi^ , je verse des pleurs , '< Je crains de t'offenser le monde a des rigueurs.... " Le monde.... penses-tu comme pense le monde ? «< li^st-ce mal que d'aimer ? Que ta voix me confonde ! t< Non , non , je veux livrer mon âme a son penchant. K L'oiseau fait resonner les bosquets de son chant , " Il aime , il obéit ; la graine que l'on sème " Pousse et devient un arbre , elle obéit , elle aime : " Lt si j'aime à mon tour et si je l'obeis , a Si je cède aux instincts qu'en moi ton Verbe a mis , « .Moi, moi seule, Se gneur, je deviendrais coupable !.. <f Ton idée est en nous nécessaire , immuable , «» L'amour également est en nous. Sans terreur " On peut donc savourer les délices du cœur ; " Qu'il \ienne donc, Edward, car je l'aime... je l'aime " Qu'il vienne réclamer cet abandon suprême ,

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a Oh ! qu'il vienne ! Et vidant la- coupe du plaisir , « Nous nous croirons encor dignes de te bénir ! ! »

Ainsi réfléchissait l'enfant delà nature. Elle croyait tout pur parce qu'elle était pure ; Elle n'écoutait rien qu'un noble sentiment ; Et dès-lors , confiante au Dieu bon et clément , Elle voulait agir sans trembler , sans combattre. Société farouche , implacable marâtre , C'est toi qui fais le crime en mettant ici-bas Des inégalités que Dieu n'établit pas !

Vous dirai-je d'Irma toute l'impatience ? Vous dirai-je comment la crainte et l'espérance La tinrent en émoi jusqu'à la fin du jour ? L'attente est bien cruelle à qui brûle d'amour. Elle eût voulu hâter l'astre de la lumière ; l'.lle allait cl venait ; a la moindre poussière

Oui fin \al (lu Larboiisl ;>"oleMiil vtT> k'^ licux ,. In éclair tle bonheur jaillissait de ses )eux ; Le sol semblait bouillir sous elle, et la vesprétr Etait bien longue. Enfin la voilà rassurée. Dans notre vieux clocher , dernier reste romain Les marteaux ont iVappe quatre fois sur l'airain C'est l'heure du retour i)ar Edward desij^nee. Aussi pour un instant tst-clle résignée.

Mais Iheurc fuil encor. l'oignante émotion I Cn oiseau de malheur planait à l'horizon. Edward n'arrive pas, rien au loin ne se montre. Que faire ? Elle s'échappe et part à sa rencontre. Bientôt elle a passé ce Cazaril bâti Comme l'aire d'un aigle au milieu du granit ; Elle a laissé Luchon , reine de la vallée , l'erle par l'ancien lac sur ses bords déposée ; Déjà se dessinait la tour du Sarrazin , Elle\ovait déjà le rocher d'.Vvcnlin

Un bruit EUo s'arrèn^ l'a soupçon la dovoro :

<( Du mont u'otUends-je point vibrer le flanc sonore ? « Écoutons , deux chevaux trottent sur le chemin. « Ce sont eux. Ah ! voici là-bas dans le ravin, « Sous le soleil couchant leur ombre qui s'allonge ! « Mon Edward bien-aimé! ciel! que vois-je? est-ceun songe? « Bruno, tout seul ! grand Dieu, t(|nt seul! pourquoi cela? « Qu'a-t-ildonc fait d'Edward ? Comme le cœur me bat! « Dieu ! pour le comprimer ma main toute tremblante

« N'a plus assez de force » Et la craintive amante

Se rappi'Ue aussitôt les présages du jour.

Au devant de son frère elle avance , elle court. Inquiète , halelanfe et le regard en flamme,

l.t dans un simple mot peignant toute son àme •

« Edward? s'écria-t-ellc. — Hélas! répond Rrima ,

« L'étranger a péri dans les ondes d'Oo. »

Finiesliî aveu 1 Le guide ignorait leur mystèr?.

Ce coup fra,:)pjiit Iriui comme un cùiip de toaueire ;

— lî —

rarcille a\i jeune iziird altcinld'iui plomb moitcl Knapprennnl un fait si fatal , si cruel , Sans ce ménagement qu'au malhour on apporte . Elle pousse un p:rand cri , hélas ! et tombe morte.

O mes enfants , pour li^ , pour ce pauvre Raymoii Quel pénible chagrin ! Sa fille à la maison , Au travers du village et d'une foule amie , Par Bruno fut portée encore évanouie.

C'en est fait. Le bonheur va déserter ce toit Où depuis si long-temps il présidait en roi. Plus de rire joyeux , plus de joyeuse fête 1 Sous le poids du destin il faut courber la tête. Tout sera désormais et solitude et deuil ; La bruvère et la ronce ombrageront le seuil. » —

Et 1.' vi«'illard se tut. Sa parole attendrie Avait desaudileiU'S gag!jé la sympathie.

— & 0 père , dis-je alors, ne sait-on jjas cominoiit Dans ce lac si limpide avait pu choir l'amant ?

— Il voulait pour Irma cueillir la lleur sauvage. Vous savez qu'un esquif doit servir au passage : Il préféra tout seul suivre l'étroit sentier , Qu'ont tracé tout autour les pas du ciievrier ; El pendant qu'il cherchait à saisir une plante , De la rive escarpée une roche mouvante Avec elle entraîna lo jeune audacieux, lïélas ! dans cette mer si voisine des cicux L'onde est si froide et puis le bord est si mobile ! Or Edward de nager ignorait l'art utile. En vain il se roidit , en vain il appela ; Avant qu'on l'eût oui tout son sang se glaça ; Et quand le batelier voguant à tonte rame L'atteignit à la fin , ce fut un corps sans anie.

— 0 père , dites-nous qut^l champ d'égalité A re^'U sa deponille.

— On vint de la rite Où Clémence est célèbre , avec pompe le prendre. Je ne sais si c'est là que repose sa cendre. Sans doute , en sa patrie au ciel toujours brumeux , On le joignit plus tard à ses nobles aïeux.

— Et la fille des monts après que devint-elle ?

— Quoi !.... ce qu'elle devint? A la voûte éternelle Son étoile fila , car , bien avant le corps , Son esprit descendait au royaume des morts. Oui , mes enfants , Irma , la vierge, devint folle. Folle !.... comprenez-vous? Elle , l'amour , l'idole ,

L'espoir du vieux Raymon folle ! Jamais vos yeux

Ke verront ici-bas père plus malheureux. Prêtpz-moi derechef une oreille attentive.

-^zy-

Vous avez remarqué la tendre sensifhe Frissonnant sur la tige au contact de vos mains ; La passion de même agite les humains.

Irma passa la nuit dans un complet délire. Le temps de son sommeil fut pour elle un martyre , Elle à qui chaque soir , avant cet accident , Les anges apportaient un rêve bienfaisant : Du moins on r.'iurail cru . car , lorsque son vieux pere^

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