‹ La folle du lac d'OoChapitre 30 sur 59 · MARQUISES ET COMTESSES · texte numérisé non relu

MARQUISES ET COMTESSES

Au sommet d'une tour qui déchirait les mies, Des filles de Lesbos, un soir se rassemblant, Comme jadis Vénus belles et toutes nues, Saisirent des Plaisirs la coupe en diamant.

Allez où les hivers ont des rayons splendides, Et celui qui voudra vous nommer ces beautés Montrera plus au front de rougeur que de rides , Car sur l'orgie à peine ont passé douze étés.

Par les goûts , par l'esprit toutes étaient païennes, Toutes avaient de l'or, des terres, des valets, Toutes dans le pays marchaient patriciennes, Toutes voyaient les. Ris à leur char attelés.

Une dernière fois Laïs à ses compagnes, Dès qu'elle eut épousé le vieillard Amadys, Avait voulu chez elle au milieu des campagnes, Faire encor les honneurs de la vierge Laïs.

Au sommet de la tour qui déchirait les nues , Les filles de Tolose aussitôt accourant, Comme jadis Vénus belles et toutes nues, Levèrent des Plaisirs la coupe en diamant.

Lorsque des mets exquis venus d'où vient l'aurore Eurent en nombre immense atïadi leurs palais. Lorsque les vins fameux eurent à pleine amphore Coulé blonds comme For ou noirs comme le jais ;

Lorsque ces mets, cesvins eurent troublé leurs âmes, A l'heure où le soleil dit un tardif adieu Aux épis déjà mûrs , toutes ces folles femmes Sentirent dans leurs corps courir un sang de feu :

Alors pensers confus, alors désirs lubriques, Ainsi que deux flocons, soulèvent leurs deux seins; P2t repoussant du pied tous les débris bachiques Elles font une ronde au bruit de leurs refrains.

Au sommet de la tour qui déchirait les nues, Ces filles de Lesbos de la sorte jouant, Coirjme jadis Vénus belles et toutes nues, Savouraient des Plaisirs la coupe en diamant.

Oh ! }> s'écria Laïs a que l'atmosphère est douce ! Oh! que j'aime, mes sœurs, ce déclin d'un beau jour ; C'est l'instant ou l'oiseau quitte l'abri de mousse , Écoutez, il envoie ici ses chants d'amour.

L'amour! Tout est amour dans cette tiède brise Qui sur nos cous si blancs roule nos noirs cheveux, Une fièvre d'amour nous consume et nous brise : Une dernière fois aimons-nous deux à deux.

Et, les bras. enlacés, les lèvres sur les lèvres, Sentant par le contact frémir de doux trésors, Groupes de Phidias ou peintures de Sèvres , Elles rugirent sous de sauvages transports

Au sommet de la tour qui déchirait les nue», Ces filles de Tolose eurent, minuit sonnant, Comme jadis Vénus belles et toutes nues , Epuisé des Plaisirs la coupe en diamant.

Paris.

ALLEZ A IViARSEILLE

L'air de Paris fut de tout temps contraire A qui n'a pas les poumons îVjEoIus.

Napoléon Troisième aura beau faire , Beau démolir , un million et plus De citoyens entassés sur la Seine Consommera toujours trop d'oxigène.

Cet air, ainsi privé d'un élément, Sera toujours d'une façon certaine

Aux estomacs délicats inclément.

Donc , si voyez pâlir votre visage , • Quittez Paris au plus tôt, sans retard , Si non , des bois quand tombe le feuillage , A Montparnasse irez en corbillard.

J'ai fait du cas la triste expérience.

Un pur enfant de la pure Provence , Un Marseillais, de passage à Paris, Parsqu'il toussait un peu dans son logis , Se crut tout prêt pour le de jjrofundis. Quiconque tousse est enrhumé, je pense; Lui , pour pouvoir au chef-lieu de la France Faire un reproche et vanter son pays , Est poitrinaire. Il mande un Hippocrate, Des Phocéens comme lui descendu , Vrai troun~de-V air encore n'ayant vu Dedans Paris rien du tout qui valut La Cannebière.

Icelui vient, le tâte Et dit : « mon cer j, ze sais ce qu'il te faut. » Puis dans la chambre ayant fait mettre un pot, Il sort. Un pot de faïence ou de terre? Qu^importe! Un pot jusques au bord empli...

Empli (le quoi? Parbleu ! la belle affaire ! Empli.... Ma foi! c'est plus facile à faire Qu'à dire... Empli de certaine matière

Qui que Comment vous exprimer ceci?

Voyons , lecteur , mettez un peu du vôtre ,

Pas dans le pot au moins, il verserait ,

Mais dans ma phrase. Hélas! il se pourrait

Que le mot propre encore moins qu'un autre

Le fût. Allons! je vais passer pour sot

Si je ne fais savoir ce dont ce pot

Etait empli. Pas n'est besoin d'un tome

Pourtant. Voyons! Vespasien à Rome

Se procurait mainte annuelle somme

En revendant le même contenu.

Oh ! pour le coup ! il vous est bien connu ,

N'est-ce pas? Non. Dans ce cas je préfère

Laisser la chose et le terme derrière

Que de parler plus explicitement.

Ce que je puis déclarer sans vergogne,

C'est que parfois, la nuit quand on s'y cogne ,

Si Ton ne voit cette chose, on la sent.

Le lendemain revient le Sganarelle :

(( Mettez deux pots » dit-il. Trois jours après :

« Mettez cinq pots. » La poitrine rebelle, Grâce au remède absorbé par le nez Descend alors vers le mieux. « En mettez Quatorze » dit au bout de la semaine Le médecin. La chambre en était pleine. Or, résultat vraiment inespéré , Noire tousseur enfin n'a plus toussé.

« Ze suis guerrri » cria le poitrinaire. — « Ah ! » répondit le docteur débonnaire «( Tu vois, mon ce)\ pour détruire ton mal , Ce qu'il fallait à toi , c'est l'air natal. »

Page 1