‹ La folle du lac d'OoChapitre 33 sur 59 · LA LÉGENDE D'OSCAR · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE D'OSCAR

AJis était bien belle. Elle avait dans les yeux Tous les feux du soleil , elle avait sur la bouche Un sourire semblable au sourire des dieux ,*' Elle avait le corps frêle et souple et vaporeux Des Wyllis qu'un souffle effarouche.

Lorsque sur les crénaux de son ducal manoir Comme une aire d'aiglons incliAé sur l'abîme , Aux clartés de la lune elle rêvait , le soir , On eut dit un génie occupé de savoir Si dans les rocs passait le Crime.

Souvent son père ulric , de qui dans les combats L'ennemi nîort sentit jadis la forte épée, Des guerres où les rois se battaient en soldats Et sur le sol conquis se taillaient des états Contait la Taillante épopée.

Et c'était un contraste aimable et ravissant : On les voyait assis sur la même escabelle , La fille aux bruns cheveux , le vieillard au chef blanc. Comme d'anciens amis retrouvés devisant , La châtelaine était si belle !

Et dans les grands salons aux vieux lambris vermeils L'enfant du noble preux quelquefois , comme un ange A qui Dieu pour joujoux donnerait des soleils, Jouait avec le cor qui sonna les réveils , Et le guidon veuf de sa frange,

Et les poignards ayant des chaînes pour baudriers , Et les haches de fer, et ces immenses heaumes Qui pourraient contenir trois fronts de nos guerriers , Et ces cuirasses d'or, et ces larges boucliers Trop lourds à présent pour quatre hommes !

Et le duc éprouvait de la joie en son cœur, Car sa fille était bonne encore plus que belle ; Pour les serfs elle était la source de bonheur : Lui tendaient-ils des mains que sécha le malheur, Elle y vidait son escarcelle.

Or, la joie ici-bas est courte. Le démon Déteste notre joie autant que l'eau bénite. Il jeta ses regards sur un vassal félon, Laid, cruel, mais portant très-haut un rugueux front Où l'infamie était écrite.

Il jeta ses regards sur ce cruel vassal Et grommela : « Céans je vais gagner deux âmes. » Or advint un tournoi ( c'était alors le bal ) Où maint page devait sur un fringant cheval Rompre des lances pour les dames.

Le vassal y courut , la belle aHs aussi ; Et la belle aUs fut la reine de la fête. Or le vassal joutant sur son destrier, la vit, Et soudain il l'aima d'un amour de maudit, Terrible comme la tempête.

Les carrousels finis , il revint sous son toit. Là^ troublé'clans son sang, il veillait sur sa couche : « Je l'aurai » disait-il ce par le Christ! sur ma foi!! Qui donc me livrera cette duchesse? — Moi. » Cria Satan d'un ton farouche.

C'était l'heure lugubre où chante le hibou , Où le chien fait entendre un aboiement qui navre , L'heure où dans son cachot hurle le pauvre fou , Où sous la bise froide ainsi qu'un loup-garou Remue au gibet le cadavre ;

L'heure par les sorciers consacrée aux sabbats , L'heure où le voyageur au carrefour des routes Voit des nains accroupis lui tendre de long bras , Où l'impie orgueilleux qui le jour ne croit pas Fait abandon de tous ses doutes !

<( Tu la veux? » dit Satan. — « Je la veux. » dit oscar. — « Alis est belle , aHs est la plus belle femme Qui jamais ait dicté des lois au montagnard ! Je te la liverai demain et pas plus tard,

Mais que me donnes-tu? — Mon âme. »

Il avait reconnu Tinfemal visiteur ; Il prit donc bravement le philtre nécessaire, Ce philtre pour lequel il eût vendu sa sœur ; Et qu'il serait allé même prendre en fureur Dans les entrailles de sa mère.

Voici l'instant. . . Minuit. . . Aux flancs du mont à pic Oscar grimpe en rampant de crevasse en crevasse ; Il cherche le balcon de la fille d'ulric , Et dans l'ombre il a l'air d'un monstrueux aspic Qui d'un pauvre oiseau suit la trace.

Allons ! vierge au sein blanc, fraîche et suave fleur, A de lubriques yeux expose-toi sans voiles.... Plus d'accents, plus de pouls. . . Le philtre est ton vainqueur. De ses lèvres oscar t'enveloppe... D'horreur Au ciel s'éteignent les étoiles.

Une griff'e frappa plusieurs coups au carreau : oc Encor quelques baisers » dit, ivre de délire, Le damoisel. Un coup retentit de nouveau : « Encore, encore un peu » cria le hobereau. On ouït dehors un gros rire.

L'horrible passion est satisfaite enfin.

Debout ! le créancier réclame sa créance ! Debout! traître vassal! Là-bas dans le ravin, Un sauvage étalon aux noirs sabots d'airain Bat le granit d'impatience.

« Me voici » dit oscar. L'autre répondit « viens » , Et d'un vol l'emporta sur la bête puissante. Et, les crins hérissés, sans mors d'acier, sans liens. Plus prompte qu'un lion des cirques des Païens, Elle s'élança sur la pente.

Et l'on se dirigeait en face , sans détours. Et l'animal allait, allait, vivante trombe. Satan (nos éperons eussent été trop courts) Lui déchirait les reins qui rendaient des bruits sourds Comme un soupir dans une tombe.

Au galop ! les cailloux fendus lançaient du feu ; Les échos répétaient les chocs du pied sonore; Sur le fonds du seigneur et sur le franc-alleu Il courait , il volait. Bientôt dans le ciel bleu De l'Orient monta l'aurore.

Au galop ! l'air manquait à la gorge d'oscar. Demi-mort il voyait paraître, disparaître, Ainsi qu'un tourbillon, ainsi qu'un cauchemar, Les cabanes, les blés et les bœufs et leur char Et les verts branchages du hêtre.

Vite , vite, au galop ! au splendide horizon L'astre éclatant rendit sa splendide lumière. Rien n'arrêtait, ni bois, ni coteau, ni vallon: Une rivière à lui s'offrait-elle , d'un bond L'animal sautait la rivière.

Au galop ! sur leurs pas les reptiles fuyaient. Au galop ! tout au tour comme sous la rafale Les feuilles frémissaient, les herbes s'inclinaient. Au galop! de la gueule et des naseaux sortaient Des jets de flammes en spirale.

Au galop! du village accouraient les paysans, Mais ils ne trouvaient plus que la poussière grise. Entre eux et les fuyards étaient déjà vingt champs , Et l'on n'entendait plus que les rugissements Du démon passant près l'église.

Plus, plus vite, au galop! parfois le chevalier Murmurait: <( une soif ardente me consume. Pitié , je tombe. » Alors Lucifer, pour étrier Mettait ses doigts crochus, et, pour eau, du coursier En ricanant baillait l'écume.

Au galop, au galop! Et l'Archange du mal Sans cesse ranimait la fumante monture.

Sur la croupe blessé se tordait le vassal , Mais de ses crocs Satan l'y fixait comme un pal Qu'on plante dans la terre dure.

Et vint le crépuscule.... Et vint encor la nuit.... Et puis encor l'aurore.... Et puis ce fut le terme: Devant eux apparut la plaine qui reluit , Le gouffre gigantesque où chaque torrent fuit , La vaste mer qui nous enferme.

Et si là s'arrêta ce funèbre hussard, C'est que ne pouvait plus à ses brasiers immondes Echapper la victime engloutie au hasard : Que craindre ! pour laver de son forfait oscar La mer n'avait pas assez d'ondes.

Nice.

CINQUIÈME AUX MATHEMATICIENS

Dès son berceau la triste humanité A cherché , cherche et cherchera de même Jusqu'à sa tombe un quadruple problème : Produire l'or, d'un rond faire un carré, Guérir tous maux par un remède unique , Et retrouver l'introuvable bonheur.

Or que pensez des trois premiers , lecteur ?

— Rêve. — Et de l'autre? — Encor rêve menteur.

— Ah! vous croyez? Hé bien! moi, je me pique D'avoir cettui bientôt et sans sueur,

Si le bon Dieu veut remplir mon programme : Cent francs par mois , un jardin , une femme, Un blond enfant, des livres, des oiseaux, De la musique, un gros chien , des pinceaux, La santé , puis le réconfort de l'âme , La liberté ; que faut-il donc de plus?

0 Liberté , vierge dont Toeil farouche Devient si doux pour les fils de Brulus , 0 Liberté qu'un castel effarouche, Qui sous le chaume étends la rude couche Où tu t'endors d'un franc et dur sommeil , 0 Liberté qui vas nue au soleil, 0 Liberté que tout grand cœur désire , 0 Liberté qui peux à ton gré rire Des gueux, des rois, des écrivains, des sots Sous l'habit noir en notre siècle égaux , 0 Liberté, fille des vastes flots, 0 Liberté, fleur du ravin sauvage, 0 Liberté, sublime Liberté,

Quand te verrai-je, en pleins champs, sous l'ombrage, A mes baisers offrant ton brun visage, Quand te verrai-je assise à mon côté?...

Çà! que chanté-je! Avec cette homélie Veut-il , Thyrtée , aller en Italie?

Lors bon voyage. Essayons , quant à nous , De renouer bien ou mal les deux bouts De notre histoire " à nulle autre pareille." Mais , par ma barbe ! à propos de bonheur , .Je viens, je crois , d'endormir le lecteur... Hé! holà! hé ! par-là, que Ton s'éveille... " Je disais donc hier soir au tribunal " Qu'à rechercher le quadruple problème Plus d'un mortel était devenu blême ;

Or je n'ai là dit rien d'original.

Pour dire mieux permettez que j'allie

A ce problème issu de l'alchimie

La question que Benoît se posa.

« Dès que les us veulent qu'on se marie , Pensait Benoît « que voire sans cela, Probablement je ne serais point là, Je dois aussi contracter mariage ; Mais point ne veuy ouïr ni commérage , ^'i babil : faut découvrir quelque part Femme n'osant, au sein de son ménage , Oncques parler si ce n'est du regard...

Problème neuf! défi pour la science!

Lors il Courut et parcourut la France, Et tant courut en quête du phénix Qu'il en perdit à la fin patience , Et qu'il revint, jurant pnr saint Denis, Dessous son toit savourer le silence.

Que voulez-vous! Benoît ('tait enclin A l'humeur sombre; il ne supportait brin Ces niais propos que du soir au matin Et du malin jusques au soir les belles Sur pierre et paul savent tenir entre elles. On lui savait icelle opinion ; On lui savait aussi force billon , Lequel billon mille défauts rachette.

Qu'arriva-t-il? Un rusé Harpagon Qui possédait ravissante fillette , La décida de faire la muette; Puis h Benoît très-dextrement alla Répétailler contre le célibat Tout un sermon de feu l'abbé Roquette.

Lors notre sars fit connaître sa foi.

« Ah! » dit le vieux « ah! monsieur de Benoît, Raison avez : une femme bavarde Est un fléau ; que le ciel vous en garde! Mieux vaut rester éternellement coi Que trop parler, aussi je vous conseille, Puisqu'à présent vous voici décidé Avec Hymen de faire un tour de dé.... > Le vieux se tut et se gratta l'oreille.

— « Conseillez quoi? — Le plus simple moyen Qu'on puisse avoir de résoudre un problème Moult ardu. Crac! tranchez le nœud gordien. Sancho l'a dit et Salomon de même :

Qui ne voudra femme qui parle prou.

Femme prendra qui parle pas du tout. *

— Hé bien ! — Hé bien ! prenez une muette.

— Je l'avouerai, jà dedans mon esprit Semblable idée était venue ; aussi Pouvez tenir la chose comme faite.

— Ha ! que ne suis-je assez riche ! — Pourquoi?

— Hélas! j'ai fille et jolie et honnête. Mais par malheur ou plutôt par.... ma foi , Bonheur serait en telles occurrences ,

Si j'étais riche. — Eh! le suis-je point, moi, Pour deux, pour vingt, voire pour les dispenses?

— Pauvre, monsieur, mais muette. — Très bien, Tope!:»'

Trois jours après cet entretien , A la mairie apparaissait le couple.

Ainsi qu'un gant l'Harpagon était souple ; Il craignait tant de ne pas réussir !

Le tricolore adjoint, pour les unir Ayant d'abord lu certain paragraphe , Dit à Benoît : a mossieu, l'acceptez-vous Pour votre femme ? — Oui » répliqua Tépoux Qui signa l'acte avec un beau paraphe.

Le père avare en fut tout éblouï.

« L'acceptez-vous pour mari, mamezelle ? » Lors ajouta le bleu-blanc-rouge. Icelle Signa bien vite et puis répondit : « oui. ^

Mc«.

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