CONTE JAUNE
De ce fait pour que personne Ne puisse douter, parbleu!
Je dirai qu'un conte jaune N'est jamais un conte bleu.
Or ce fait est assez drôle, Comme tout ce qui survint Du temps de Ledru-RoUin , Cavaignac et Picrochole.
Les gardes nationaux, Alors soldats par mégarde , Avaient Tair sous leurs shakos De Suisses sans hallebarde.
Bourgeois, ils montaient la garde De si bourgeoise façon, Qu'on sentait que leur galon Était bien une " sardine. " En la nuit, souventes fois^ Ils étaient par discipline , Quand leur moitié féminine Dormait sur la laine fine , r.ensés dormir sur le bois.
Un matin, un capitaine Après le réveil sortit , Et fut sans reprendre haleine Chez sa femme encore au lit , Il la croyait moult en peine D'avoir passé loin de lui Une si, si longue nuit.
0 des maris race vaine !
Il frappe ; elle ouvre, mais tard :
Fallait sans doute au regard
Soustraire certain désordre.
Il entre, il aime, il repart;
Du général c'était l'ordre.
Mais admirez le hasard!
Lorsqu'après cette entrevue
Il retourna dans le fort ,
Sa casquette aux filets d'or
D'un filet s'était accrue.
€ Bon! î> dit un bizet plaisant
Qui devinait la bévue
« Il paraît que maintenant
Les femmes font commandant ! »
Nice.