‹ La folle du lac d'OoChapitre 35 sur 59 · LANTERNE VÉNITIENNE · texte numérisé non relu

LANTERNE VÉNITIENNE

Tu m'aimes , paola , mon ardente maîtresse , Toi dont le Titien eût peint le front bruni , Tu m'aimes comme Dieu , plus que Dieu ; mais aussi Je préfère de toi la plus simple caresse Aux transports d'une reine.

— 0 noble Luigi , Pour toi , rien que pour toi ta paola respire.

— De mon côté, je t'aime, ô rayon de mes jours, Je t*aime ; mais ce mot je veux seul te le dire , Des baisers je veux seul t'en prodiguer.

— Toujours L'injuste jalousie.

— Oui, toujours. Mon martyre Naît avec mon bonheur de nos fières amours. Que ton regard distrait tombe sur un autre homme , Je souffre, et pour calmer le mal que je ressens J'ai besoin de cueillir sur ta bouche un doux baume. Oh! malheur, si jamais tu me trahissais comme L'infâme aiuseppa !

— Ces soupçons offensants Ne sont, mon Luigi, qu'un reflet de vain songe.

—Des soupçons ! c'est plutôt la crainte qui me ronge Aux lèvres des beautés se plait tant le mensonge î Malheur si tu passais au bras d'un autre , un jour ! Vois-tu , j'appellerais la Vengeance livide, J'armerais contre toi ma main de sang avide. Et de tes seins gonflés par un coupable amour Je briserais le globe ainsi qu'un verre vide !

til

As-tu bien vu , pictro ?

— Monseigneur, au flot noir Se mêlait le ciel noir, et comme un noir reptile

A glissé la gondole. Ils ont quitté 1b ville.

— Durant une nuit sombre on peut ne pas bien voir.

— Monseigneur a promis des ducats bien sonores , Et ma lanterne sourde est fidèle. Bonsoir.

Tu m'aimes, n'est-ce pas, paola? Tu m'adores?

— En oses-tu douter ?

— J'en doutais sans pietro.

— Que dis-tu là?

— Je dis que lorsqu'une maîtresse A trahi son amant ; que le coup saigne trop ;

Qu'une dérision est sous chaque caresse ;

Qu'un homme, fùt-il duc, fût-il prince, a le droit

De bafouer l'amant en le montrant du doigt ;

Qu'à cet homme l'amante a livré toute nue

Sa gorge aux purs contours pour son amant perdue :

L'amant sous son manteau cache un poignard vengeur ,

S'en va chez la maîtresse, et froidement la tue.

Pietro, ma paola, je l'ai frappée au cœur. J'ai fait comme Othello, ce chef du peuple Maure. Depuis lors un fantôme, hélas ! à chaque aurore, Vient finir mon sommeil : c*est elle , paola Qui sourit tristement. Pietro , cette nuit-là As-tu bien vu?

— Seigneur , vous m'avez crié : « va Vois et je te paierai. » L'espion qu'on implore, Avant tout , veut gagner le ducat bien sonore.

Nice.

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