LA COTE
Lorsque l'ouragan siffle et gronde , Que hurle la lame profonde Aux flancs des rochers isolés , J'aime à voir la blanche mouette , Comme une enfant de la tempête , Raser les flots échevelés ;
Puis, quand les hôtes du bocage ,
Sous les pins qu'a plies l'orage ,
Ont appelé par leurs concerts
Le pêcheur hors de sa chaumière ,
Et que l'aube de sa lumière
Fait resplendir le sein des mers ,
J'aime à voir les barques légères , Comme des ombres passagères , S'évanouir dans le lointain , La goélette qui se balance , Hésite un instant et s'élance Aux brises fraîches du matin ,
Le port où s'agite la foule , L'immensité qui se déroule Sous l'impuissance du regard , Notre île aux légendes pieuses , Et les vagues capricieuses Qni bondissent de toute part ;
Et puis , le soir , dans la mâture , La voix du mousse qui murmure Les ballades de son pays , L'écueil où le phare s'allume , Où les eaux laissent leur écume Et le goëlan ses petits ,
Les feux argentés de la lune , L'ombre rêveuse de la dune D'où l'oiseau des nuits prend l'essor Et les avirons qui s'élèvent
Tombent à la fois et soulèvent Des milliers de paillettes d'or ,
Et les sables blancs du rivage , Et ce long soupir de la plage , Et ces vacillantes lueurs , Et ce flot d'azur qui sommeille Sur sa couche d'algue vermeille Comme l'insecte sur les fleurs :
Pour moi toujours la mer est belle , Toujours de son onde éternelle J'admire les plaines sans fin , Toujours son courroux est sublime , Toujours cette voix de l'abîme Me semble dire un chant divin.
Cannes. 1850.