LE SABBAT
C'était l'instant où sur la terre Tout se tait , tout est solitaire , La nuit pesait sur les vallons Et l'oiseau des tristes augures Chantait seul au fond des masures Et l'étoile était sans rayons :
Pour le sabbat , mille fantômes , Les sorciers , les sylphes , les gnomes S'assemblèrent dans un ravin , Aux lueurs d'une pâle flamme Firent là leur banquet infâme , Et puis se prirent par la main ;
Et puis dans une ronde immense ,
Ils dansèrent tous en cadence ,
Enfants lugubres de la nuit ,
Et leurs têtes tourbillonnèrent ,
Et leurs cris , leurs chants résonnèrent
Jusques à l'heure de minuit ;
Puis le beffroi dans les ténèbres Poussa douze soupirs funèbres De la cime des vieux donjons , Et l'on entendit dans l'espace , Comme la rafale qui passe , Siffler , en fuyant , les démons.
Cannes, 1850.