‹ La folle du lac d'OoChapitre 41 sur 59 · LE SABBAT · texte numérisé non relu

LE SABBAT

C'était l'instant où sur la terre Tout se tait , tout est solitaire , La nuit pesait sur les vallons Et l'oiseau des tristes augures Chantait seul au fond des masures Et l'étoile était sans rayons :

Pour le sabbat , mille fantômes , Les sorciers , les sylphes , les gnomes S'assemblèrent dans un ravin , Aux lueurs d'une pâle flamme Firent là leur banquet infâme , Et puis se prirent par la main ;

Et puis dans une ronde immense ,

Ils dansèrent tous en cadence ,

Enfants lugubres de la nuit ,

Et leurs têtes tourbillonnèrent ,

Et leurs cris , leurs chants résonnèrent

Jusques à l'heure de minuit ;

Puis le beffroi dans les ténèbres Poussa douze soupirs funèbres De la cime des vieux donjons , Et l'on entendit dans l'espace , Comme la rafale qui passe , Siffler , en fuyant , les démons.

Cannes, 1850.

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