‹ La folle du logisChapitre 17 sur 17 · VOYAGE DE M. FITZ-GERALD · texte numérisé non relu

VOYAGE DE M. FITZ-GERALD

barrière des Trois-Couronnes, n'omettant ni les bras nus, ni les ossements, ni les cuves de sang humain.

En Técoutant, le chef de la police souriait. « Vous avez beau sourire... — Écoutez-moi, monsieur, et désabusezvous, dit le chef à M. Fitz-Gerald. Près de ce cabaret (vous n'y avez sans doute pas fait attention) s'élève une raffinerie de sucre. La raffinerie et le cabaret se lient par des travaux couverts, afin que les ouvriers ne perdent pas leur temps à courir chez d'autres débitants de boissons. — iMais les os? mais le sang? mais... — Le sang et les os servent, tout le monde lesail, à clarifier le sucre : le sang que vous avez vu provient des bœufs tués à l'abattoir du faubourg Poissonnière; les os sont ramassés dans les rues de Paris par des gens qui vivent de cette industrie. »

Fitz-Gerald, confondu, atterré, anéanti, baissa la tête. Le mystère du cocher du pont d'Iéna, sottise; le mystère du cabaret de la barrière des Trois-Couronnes, autre sottise; l'hôtel de la Guillotine, sottise encore, car le chef de la police ne tarda pas à lui apprendre que cette maison, quoique mal famée, n'était pas ce monument de crimes et d'abominations qu'il s'était imaginé.

Comme cet ancien disait en mourant : « Vertu, tu n'es qu'un nom! » il s'écria en prenant congé de la police : « Mystère, tu n'es qu'un nom 1 »

En rentrant chez lui, honteux, fatigué, harassé, déçu, il tomba sur un journal anglais et il lut :

« La police de Londres a fait, la nuit dernière, une descente à la maison de MM. Crock et Fitz-Gerald, négociants associés. Ils sont accusés d'avoir mis eux-mêmes le feu à leur filature de coton, après l'avoir fait assurer dix fois sa valeur; crime puni par nos lois de la déportation à Botany-Bay. Ce qui ne permet pas le doute sur leur culpabilité, c'est le départ longtemps prémédité de M. Fitz- Gerald et la fuite de M. Crock, lequel avait d'abord corrompu la femme et enlevé la jeune fille de son associé. »

— Abominable! mille fois abominable Crock! s'écria Fitz-Gerald.

Puis, revenant tont à coup à la philosophie de son euractère, il dil :

— Oui, ah! oui, il y a des mystères, mais cest chez nous qu'ils se passent et non chez les autres; et, de tous les criminels, le plus grand, le plus affreux, le plus épouvantable, n'est pas celui qui vole sur la lisière d'un bois, qui égorge au milieu d'une forêt, ou qui fait son coup dans quelque misérable auberge : c'est celui qui, doux, mielleux, tranquille, vous trompe, vous déshonore les yeux baissés, qui vous vole en gants blancs votre femme et séduit votre fille en lui apprenant à psalmodier des cantiques. Tartufe est encore le plus profond et le plus mystérieux scélérat de la terre. Molière n'est pas encore dépassé.

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