M PRÉFACE
— C'est-h-dire que, dans la Folle du logis^ il n'y a pas la moindre folle, n'est-ce pas?
— Savez-vous ce que les Anglais entendent par les diables bleus, bliie devils?
— Des rêveries bizarres.
— Eh bien, un écrivain qui intitulerait son livre les Diables bleus serait-il pour cela dans l'obligation de faire l'histoire de la famille si respectable, mais si peu azurée des démons?
— Je ne le pense pas. Mais, tenez, c'est une fausse originalité, et toute moderne, celle de uiettre un livre sous la protection d'un litre qui ne s'y rattache pas.
— D'abord, mon livre ne prendra pas ce reproche pour lui, parce que son écriteau ne ment pas; ensuite, c'est un tort assez peu érudit de croire que cette originalité, vraie ou fausse, soit toute moderne. Hérodote, qui commence ta ne plus être trèsmoderne, a donné le nom d'une muse à chacun des livres de son histoire des Perses, des Mèdes et des l]gypliens. Quel rapport voyez-vous entre Terpsichore et Artaxerce, roi des Perses? Transportez Hérodote à notre époque, et faites qu'il écrive l'hisloire de France; il l'intitulerait TmjUoni.
PRÉFACE iii
— Mais y a-t-il une folle dans votre livre? Laissons Hérodote.
— Avez-vous lu le père Malebranche?
— Y a-t-il une folle dans votre livre?
— Malebranche, dans une intention peu bienveillante, appelle la faculté mentale qui produit les œuvres d'art, c'est-à-dire la plus haute et la plus délicate expression du jugement et du goût; il appelle enfin l'imagination la folle du locfis. C'est lui qui a ainsi baptisé l'imagination.
— En sorte que votre livre serait, non l'histoire d'une folle, mais le livre d'un fou?
— Lisez.