ACTE I, SCENE I
que le chien et le chat s'en mêleront, si cela ne finit bien-tost; et le tout, à cause de la folie de ton maistre.
Langoumois.
La folie ! la folie l Ta maistresse dira tout ce qu'il luy plaira, mais mon maistre a de l'esprit.
Lise.
Il pouvoit dire qu'il trouvoit la pièce belle, sans luy faire ce sot compliment : Vous ne sçave^ ce que vous dites j Madame, vous nesçave^ ce que vous dites; /'Ândromaque est la plus belle chose du monde» Et sur tout dans une grande compagnie qui n'estoit pas de cet avis, car tu sçais ce que tous ces messieurs en dirent, à la reserve de ton maistre.
Langoumois.
Il est vray : dés que ta maistresse se fut déclarée, tout le monde blasma jusqu'au dernier personnage. Je me souviens mot pour mot de tout ce qu'on en dit. On demanda quel mestier Pilade faisoit à la cour de Pirrhus, On dit qu' Ore5/e estoit un plaisant roy, Pirrhus un sot, Andromaque une grande beste et Hermione une guenippe. Mais je voudrois bien avoir entendu prouver tout cela, moy, car je croy que mon maistre s'y connoît mieux que tous ces gens-là.
Lise.
Pour moy, je ne m'y connois point ; mais j'ay entendu parler pour et contre, et j'avolie que ce qu'on a dit contre m'a plus touchée que ce qu'on a dit pour.
Langoumois.
J'y remarquay bien aussi quelque chose qui ne me plut pas, quand je la vis jouer, ces jours passez; mais ce n'estoit rien moins que ce qu'on dit hier.
Lise.
Adieu, je pense que voicy ma maîtresse, et je croy entendre le carrosse qui entre dans l'autre cour.
Langoumois.
Eh ! ma pauvre fille, encore un moment.
Lise.
Non, je serois grondée si elle sçavoit que je t'eusse parlé; rentre chez toy, et moy chez moy.
Langoumois.
Attens, je m'en vais voir plûtost si c'est elle. Ouy, c'est ta maistresse^ et je pense mesmes que mon maître est dans le carrosse, car j'ay veu de nos laquais. Peut-estre, Lise, que leur paix est déjà faite. Pleust â Dieu I
Lise.
Bien, va-t'en.
Langoumois.
Souviens-toy en tous cas de conserver les cent pistoles.
Lise.
Je feray tout ce qu'il faudra faire. Adieu.