SCENE IL HORTENSE, ERASTE, LISE
HORTENSE
Lise !
Lise.
Plaîst-il, Madame?
HORTENSE
Que fait ma mère?
Lise.
Elle est dans sa chambre avec M*"" la Vicomtesse.
Hortense, à part, O Ciel 1 quelle compagnie ! et lequel éviteray-je de ce fascheux ou d'elle? {Haut,) Portez-luy ces emplettes, et dites-luy que je vais pour un moment dans ma chambre. (Lise sort,)
Eraste.
Quoy! Madame, vous ne voulez pas que nous entrions chez madame vostre mère?
Hortense.
Nous nous remettrions peut-estre à disputer si Pirrhus est honneste homme ou non, et nous nous querellerions encore ; si bien qu'au lieu de trois jours de delay que je vous demande pour me résoudre à épouser un obstiné comme vous,
je vous demanderoîs peut>estre le temps d'y songer toute ma vie.
Ah! Madame, vous estes trop bonne pour me punir avec tant de rigueur d'un crime si léger,
HORTENSE
Vous appeliez un crime léger de m'avoir forcée jusqu'à cette heure à avoir de la complaisance pour tous vos sentimens, au lieu que j'endevois attendrede vous; ah 1 j'ensuis lasse, et c'est bien la raison que j'éprouve si une fois en vostre vie vous serez capable de me céder quelque chose.
Eraste.
Eprouvez-le, Madame, mais en toute autre rencontre que celle-cy. Ces trois jours seroient trois siècles pour mon amour, et je ne croy pas qu'estant belle, raisonnable et spirituelle comme vous estes, vous voulussiez me faire mourir avec tant d'inhumanité trois jours durant.
HORTENSE
Il fait bon vous quereller, Eraste; vous ne m'aviez pas encore cajollée sur mon esprit avec tant de galanterie, et je suis faschée de n'avoir pas pris un plus long terme que trois jours, afin de jouir plus longtemps de ces douceurs. Je vous cautionne, cependant, que vous ne mourrez pas de ce retardement.
Ekaste.
Ah ! Madame, vous ne m'aymez pas : car, si