ACTE I, SCENE II. 3l
Ho 1 VOUS m^épouserez pourtant ; c'est trop vous mocquer de moy. J'ay madame vostre mère et la raison de mon costé. L'heure de nostre mariage a esté résolue, et, puis que vous ne le voulez point d*amitié, vous le voudrez de-force, songez-y bien.
HORTENSE
Hal ha! voila le songez-y bien de Pirrhus.
Après qu'il a bien fait le doucereux auprès d'^Andromaque, il la traitte de la mesme façon. Je ne m'étonne plus, Monsieur, que vous deffendiez si fort son caractère. Cest une politique d'excuser les defifauts de nos semblables, et nous faisons pour nous-mesmes en agissant de la sorte.
Eraste.
Eh! Madame, quand on est au desespoir, quand on a de Tamour...
HORTENSE
Quand on a de Tamour et qu'on est accoutumé à vivre parmy les honnestes gens, on est respectueux. Je suis ravie vrayement de vous avoir si bien connu. Hé bien, bien, j'en profiteray. Vous vous servirez de tout vostre pouvoir, et moy du mien. Adieu, vous pouvez vous aller plaindre à ma mère, mais souvenez-vous que j'épouseray plûtost le dernier de tous les hommes que vous, et que je vous tiens pour un aussi mal honneste homme que le héros que vous estimez tant.
33 la folle qcerelle.
,Eraste.
Ah! cruelle! fâjr, by-moy mourir, achevé...
Achevé? D'où vient encore ce tutayement?
Est-ce que le titre d'amant disgracié vous a mis fort au dessus de moy, comme celuy d'ambassadeur met Oreste au dessus de Pylade?
Eraste.
Tigresse !
HORTENSE
Adieu, Pirrhus, adieu.