‹ La folle querelle: ou, La critique d'AndromaqueChapitre 15 sur 73 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

HORTENSE

Vous estes bien extravagant, Eraste, et bien hardy.

Il est vray, Madame, que, puis que vous m'avez promis de ne point différer nostre mariage, je devois attendre ces heureux momens; mais je vous tiendray bon compte de ce baiser-là.

HORTENSE

Je ne vous ay rien promis.

Eraste.

Quoy, Madame?

HORTENSE

J'ay dit que vous me rendissiez mon brasselet et que je verrois ce que j'aurois à faire, mais je ne trouve point à propos de vous rien promettre.

Eraste.

Ah ! parbleu 1 Madame, cela seroit fort vilain. Je trouverons à mon tour de quoy vous condamner par vos propres sentimens, si, après avoir tenu Pirrhus pour un si mal honneste homme à cause qu^l manquoit de parole, vous veniez à en manquer vous-mesme.

Hortense.

Qui n'a rien promis ne sçauroit manquer de parole. Mais, quand j'en manquerois, il ne s'agit point icy d'affaires d*Etat, comme dans VAn^ dromaque, et d'ailleurs vous me trouveriez bien une excuse, puis que vous en avez trouvé pour Pirrhus,

3o LA FOLLE QUERELLE.

Sérieusement, Madame, tout le monde espère que ce sera pour la nuit prochaine, et madame vôtre mère ne sera pas contente, si vous différez encore une chose qui devroit cstre faite il y 3 quinze jours.

HORTENSE

Sérieusement, Eraste, et tout résolument, il n'en sera rien. Ma mère est bonne et voudra ce que je voudray, pourveu que vous ne vous y opposiez pas, et, soit caprice ou raison qui me fasse vous demander un delay de trois jours, je

Eraste.

Ah! Madame, cela est insupportable. Doutezvous que je ne vous ayme infiniment? Mais je voy bien que c'est pour vous vanger du peu de complaisance dont vous m'accusez que vous feignez de vouloir ce retardement.

HoRTENSE.

Je ne feins point de le vouloir, je le veux en effet.

Hé, comment? Madame...

HORTEHSE.

Ouy.

Eraste.

Eh! je vous conjure. .-

HORTENSE

Point de nouvelles.

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