‹ La folle querelle: ou, La critique d'AndromaqueChapitre 2 sur 73 · PRÉFACE DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

L nous aurait suffi sans doute de renvoyer le lecteur à V excellent et pré' deux recueil que M, Victor Fournel a publié sous le titre des Contemporains DE Molière (Paris, Firmin-Didot , 1869-75, 3 vol, in-8), dans lequel la Folle Querelle a été réimprimée in extenso {tome III, pages 4^1^ 544), avec une intéressante notice sur Subligny, si nous n'avions pas en vue la collaboration, incontestable selon nous , de Molière, dans cette comédie, ce que M. Victor Fournel n'a pas sup^ posé probable ni même possible. Son ingénieuse discussion, d'ailleurs, ne porte pas de ce côté-là, et il s'en est tenu à l'opinion dédaigneuse , émise dans une note de /'Histoire du Théâtre François, des frères Par/aict {tome X, page 280) ; « On dit que M, Racine fut du nombre de ceux qui

crurent celle pièce de Molière, et qu'il pensa se brouiller avec lui à ce sujet. Cependant rien ne ressemble moins au style et au talent de Molière. » Voilà lepoint important, qui nous paraît devoir appeler notre attention:

La véritable brouille de Molière avec Racine ne date pas, comme on l'a dit souvent, du mauvais procédé de ce dernier, qui retira brusquement sa tragédie if Ai.kxandre du théâtre du Palais-Royal, pour la porter au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, où elle réussit avec éclat, tandis qu'elle avait été accueillie assej froidement sur la scène de Molière. Ce fut une cause d'éloignement entre les deux auteurs, mais non une rupture complète. Alexandre, joué la première fois au Palais-Royal le u décembre lèdi, n'avait eu que dix représentations. tLemesniejour[i 8 décembre r663), dit la Grange, la Troupe fust surprise que la mesme pièce d' Ai.zxMiDRE fust jouée sur le théasire de l'Hôtel de Bourgogne. Comme la chose s' estait faite de complot avec M. Racine, la Troupe ne crusl pas devoir les parts d'autheur audit M. Racine, qui en usoit si mal que d'avoir donné et fait apprendre la pièce aux autres Comédiens. » On cessa donc de jouer la pièce au Palais-Royal après la représentation du 17 décembre. On n'est pas bien d'accord sur les motifs quiavaient décidé Racine à commettre un acte d'ingratitude et d'indélicatesse à l'égard de Mo-

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Hère qui lui avait témoigné d'abord tant de sympa-, thie et de bienveillance. Diaprés la version du Fu- RETiERANA, ce Seraient Us amis de Racine qui lui auraient conseillé de ne pas donner sa tragédie à une *< Troupe qui ne sait jouer que le comique ». Mais la Galette en vers de Robinet dit formellement que cette tragédie aurait été jouée k la fois sur les deux théâtres, sept jours après la première représentation qui avait eu lieu d'abord au Palais- RoyaL Quant à la retraite de Racine^ avec sa pièce y quil donna et Jit apprendre aux comédiens de V Hôtel de Bourgogne, pendant que Molière la faisait monter sur son théâtre, cette retraite brusque et malhonnête fut certainement le résultat d'un complot entre lui et M^e du Parc, Il l'aimaitet il en était aimé^ il était jaloux de Molière, qui aimait aussi cette belle comédienne et qui la retenait dans sa Troupe par un engagement qu'elle ne put rompre qu'à la fin de l'année théâtrale de 1666^ c'est-à-dire le 29 mars 1667. La Grange ajouta depuis cette note dans son Registre : « <W^ du Parc a quitté la Troupe et a passé à l'Hôtel de Bourgogne, où elle a joué Andromaqub de M. Racine. » Et voilà la guerre allumée 1 dit la Fontaine, dans sa fable des Deux Coqs.

Racine était donc en pleine possession de sa maltresse quand il fit représenter Anoromaque^ oii Af <? du Parc jouait le principal râle et con-

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tribua beaucoup au succès de la pièce, La première représentation eut lieu le 1 8 novembre i G67, suivant les conjectures des frères Parfaict. Oest seulement le 25 mai 1668 qu'on représenta la Critique d'Andromaque au théâtre du Palais- Royal^ et cette comédie ne fut achevée d'imprimer que le 22 août, sous le titre de la Folle Querelle, ou la Critique d'Andromaque. Elle avait obtéHu un succès qui dura plus longtemps qu'on ne pouvait V espérer, car elle fut représentée vingt 'huit fois jusqu* au dimanche 9 décembre, où elle produisit une recette de 400 livres, grâce à la comédie de Georges Dandin, qu* on jouait aussi ce jour-là, La plupart des autres représentations, où la pièce attribuée à Subligny accompagnait ordinairement une comédie de Molière, n'avaient donné que des recettes très inférieures à la dernière. Le bruit que cette pièce avait fait dans sa nouveauté s* était répandu hors du théâtre, et provenait des circonstances accessoires qui avaient précédé et amené son apparition sur le théâtre de Molière, Personne n'ignorait que Molière et Racine étaient brouillés irrévocablement, et la représentation de LA Critique d'Andromaque avait mis en évidence les causes réelles de cette brouille. Ce n'étaient plus deux poètes rivaux, mais deux amants jaloux qui se trouvaient en présence, Molière et Racine, Oreste et Pyrrhus, se disputant le cœur d^Andromaque et de M^^^ du Parc. On n'eut

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p<is de peine à croire que Molière était Tauteur de la pièce quHl avait mise sous le nom de Subligny; Racine le crut le premier et ne manqua pas de le dire partout. C'est ainsi que la Critique d'Andro- UAQ}3E, jouée le 2b mai 1668, devint la Folle Querelle sur le titre de l'édition imprimée le 22 août.

Robinet avait annoncé, dans sa lettre en vers du 12 mai, la représentation de cette comédie nouvelle :

Envoyons donc la guerre paître.

Et ne parlons plus de combats.

Qui n'ont aussi gueres d'appas S'ils ne sont combats de ruelles Entre les galants et les belles, Ou d'aimables conflits d'esprit, Tel que nagueres on m'apprit.

Sur le poème d*ANDRoiiAQUE, Où, sans faire tique ni taque, Sinon que de bec seulement, Chacun en dit son sentiment.

Or une plume fine et belle, Sous le nom de Folle Querelle, En a fait même le sujet (Qu'on tient bien tourné tout à fait) D'une petite comédie Aussi plaisante que hardie, Et qu'enfin la Troupe du Roi Donnera vendredi, je croi.

Comme on aime ce qui fait rire, Surtout en critique et satire.

Dieu sçait comme en foule on ira, Notamment sur ce qu'on sçaura Que la pièce qu'on examine Est TAndacmaque de Racine.

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La Foll« Querelle, représentée le i5 mai avec RoDOCUKB, de Corneille, ne donna pourtant qu'une recette de aoi livres lo sous, mais elle réussit assej bien pour que Robinet put dire le lendemain, dans une lettre du 36 mai :

Que LA Folle Querelle est 1 prcicnt jouée

Et mcsmc grandement louée ; Miii, pour le sfivoit mieui, qu'ili lHlenl lur lei lieui.

L^S échos des coulisses eurent bientôt fait succéder le nom de Molière à celui de Subîig^y, et dès lors personne ne douta, dans le monde dramatique et littéraire, que Molière ne fût, du moins pour la plus grande part, l'auteur de la Folle Querelle, qui avait encore sur les affiches le seul titre de la Critique d'Andromaque.

* Cette comédie, dit Subligny dans la préface de la pièce imprimée, a diverty assej de monde, dans le grand nombre de ses représentations, et elle a mesme assej plû à ses ennemis, pour borner ta vengeance qu'ils en ont prise à publier que le plus habile homme que la France ait encore en ce genre d'escrire en estait l'autheur, je veux dire M. de Molière, et qu'il n'y avoit rien de moy que mon nom. » L'opinion publique refusait mime à Subligny le mérite d'une modeste collaboration, car on avait, pour ne pas l'admettre, les analogie < frappantes que le style de celle pièce

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