ACTE II, SCENE III. 5l
HORTENSE
Mais vous disiez que, quand vôtre père auroit vuidé Taffaire qu*il a contre nous, qui est preste à s'accommoder, vous le feriez résoudre à me demander, pour vous^ à ma mère ; vous ne vouliez que deux jours pour cela et pour rompre mon mariage avec Eraste.
Lysandre.
Ouy, Madame ; mais mon père est tellement obstiné à ne rien relâcher de ses demandes que Taffaire n'a pu estre terminée, et, comme je le connois, je n'ose luy parler de vous auparavant, de peur de tout gaster. J'avois mesme prié un de mes amis, qui m'avoit promis de me servir utilement, de pressentir vôtre mère sur ce dessein; mais je n'en ay point eu de nouvelles, et cependant je vous pers.
HORTENSE
J'auray bien peu d'adresse si je ne diJQfere encore quelques jours.
Lysandre.
Non, non, Madame, on pourroit vous contraindre â plus que vous ne voudriez. Choisissons le plus court, prestez la main à vostre enlèvement. Vous me l'avez promis à l'extrémité» et nous y sommes. Ce coup rompra celuy que j'appréhende; il fera que mon père accordera tout ce qu'on voudra pour étouffer l'affaire, et pressera luy-mesmenostre mariage. Nous sommes deux partis égaux. Eraste n'est qu'un inconnu qui trompe vostre mère et qui n'a peut-estre pas
tout le bien qu'il dit, et je suis seur qu'avec le temps elle m'aicneroit mieux que lu^ pour son geadre. Enfin, Madame, je ne vous demande rien que vous ne m'ayez promis.
HORTENSB.
Il est vray ; mais n'y a-t'il pas d'autres moyens?
Lys ANDRE -
Non, Madame-, mais, de grâce, résolvez
promptement; ce lieu est mal propre à contes-
HORTENSE
Je suis bien embarrassée I
LySANDRE , montrant Lise, Il f^ut que cette iille nous facilite cette entreprise.
HORTENSE
Use...
Lise.
Ehl depescbez sans barguigner.
HORTENSB.
Hé bienl elle vous tiendra la petite porte du jardin ouverte, et je m'y rendray à minuit; mais aussi promettez-moy...
Lysakdke.
Je TOUS enleveray sans vous enlever: ce ne sera que pour vousconduire chezvostre parente, Où BOUS nous sommes déjà veus.
HORTENSE
Lise, garde-toy bien de nous trahir; tu vois quelle confiance j'ay en toy, et où j'en serois si Erasie s^voit nostre dessein. {En l'embrassant.)