SCENE V
ERASTE, SYLVIANE.
Eraste.
Enfin, Madame, la source de mon malheur m'est connue. Je condamnois tous les jours les soupçons que j'avois qu'elle n'en aymât un autre, mais la présence de Lysandre m'a éclaircy de toutes choses.
Sylviahe.
Il ne faut pas que Lysandre vous donne de l'ombrage. J'ay, en effet, des affaires d'importance avec son père, qui sont en termes d'accommodement, et il se peut qu'il soit venu icy pour ce que ma fille vous a dit, Eraste.
Ahl Madame, mon malheur est certain. Je me suis flaté jusqu'îcy de l'espérance qu'elle pouvoit changer, et je prenois pour dps eifets de jeunesse l'affectation qu'elle a à me maltraitter. Mais, depuis qu'à travers [de ces vitres je les ay veus se parler avec toute l'action des amans, je ne doute plus que ce Lysandre n'ait son cœur, Madame; non, je n'en doute plus.
SVLVIANE.
Point du tout, vous dis-je.
Eraste, Madame, j'ay de bons yeux, j'ay de la raison, et vous ne m'osterez point cela de la teste.
SvLVIANE.
Comment ne fascheriez-vous point une jeune iîlle avec vos obstinations, puis que je m'en fâcherois moy-mesme si je n'estois plus raisonnable que vous? Si je vous fais épouser ma fille demain sans remise, comme je vous l'ay promis, qu'aurez-vous à dire?
Eraste.
11 âudroît, Madame, que ce fût dés cette nuit, comme il avoit esté résolu.