XIV PRÉFACE DE L^ÉDITEUR
C'est surtout dans cette prose cadencée et musicale que Molière trahit ses habitudes de débit oratoire. On peut donc dire que Molière a passé par là.
Adrien- Thomas Perdou, dit de Subligny, qui s'intitulait avocat au Parlement, avait été comédien dans les Troupes de province, comme le disent l'abbé Granet dans son Recueil de Disser- TATiONS SUR PLUSIEURS TRAGÉDIES, de Léris dans son Dictionnaire des Théâtres^ et le chevalier de Mouhy dans son Abrégé de l'Histoire du Théâtre François. Les frères Parfaict et, d'après eux, Jal et M, Victor Fournel, ont prétendu que Subligny n'avait jamais paru sur un théâtre.
On comprend que, faisant partie du barreau, il ait cherché à effacer les traces de sa jeunesse aventureuse; mais sa liaison intime avec Molière et les comédiens du Palais-Royal nous semble résulter d'anciens rapports de camaraderie théâtrale. On s* explique par là comment Molière avait eu asse\ de confiance en lui pour mettre la main à la composition de la Folle Querelle, représentée sous le prête-nom de Subligny, etasse^ ^amitié et de reconnaissance à son égard pour ^ recevoir au Palais-Royal une autre de ses pièces, le Désespoir extrawagaut, jouée le i*^ août i6jo avec assesf de succès. Nous savons, grâce aux recherches de Jal dans les registres de Vétat civil de Paris, que Subligny avait eu, au mois de juil-
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let 1 666^ unejille naturelle dont il n* épousa la mère, Mtie Bourgoin (TAilljr, que l* année suivante, Oétaient là les mœurs du théâtrey et cette fille naturelle fut danseuse, avec le nom de son père et sous ses yeux^ à l'Académie royale de musique, oîi elle débuta, en 1682, à l'dge de sei^e ans.
Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit (Énigmes et Découvertes bibliographiques, 1866, pag. 2^1 et suiv.) des galettes en vers de Subligny, que M. Victor Fournel n*a pas bien connues, car il ne cite que la Muse dauphine^ publiée chej Barbin en 1G67. Non seulement Subligny donna une continuation à cette Muse DAUPHIN E, qui recommençait à paraître, par cahier s hebdomadaires de dousfe pages in- 12, à partir du 2 février 1667, et qui nalla pas au delà de la neuvième semaine, mais il avait publié auparavant LA Muse de la G>ur, en neuf cahiers in'4., che^ le libraire Alexandre Lesselin, du i5 novembre i665 au 25 fanvier 1666. Jl ne s'était pas nommé sur les titres des cahiers de cette Muse de la Cour, bien qu'il eût dédié les épîtres qui la composent à tous les princes de la famille royale. Dans ces ga^^ettes en vers, il avait témoigné souvent de ses sympathies pour Molière, en rendant compte de ses comédies; par exemple, dans la troisième semaine de la Muse dauphin e de 1667, la brillante réussite de l'Amour médk-
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ciN lui suggéra l'idée d'un conte satirique sur les médecins:
On devroit défendre à Molière
D'avoir désormais de l'esprit.
Car il ne cesse pas de plaire :
S'il compose toujours de sa belle manière, De plaisir ou d'horreur tout le monde périt.
Ses MÉDECINS ont fait une fort belle affaire.
Un gentilhomme qui les vit Entra contre leur Corps en si grande colère Que, quelques jours après, étant malade au lit. Lorsqu'il les fallut voir, il n'en voulut rien faire.
Son confesseur vint et luy dit :
a Monsieur, vous vous perdez ! Rien n*est si nécessaire. » On en fait venir trois. Le malade s'aigrit,
Et, croyant qu'à leur ordinaire, Au lieu de consulter, ils vont faire débit De mules, de chevaux, d'habits, de bonne chère,
Comme au théâtre de Molière,
11 pousse un soupir de dépit,
Et ce fut le dernier qu'il fit.
Subligny écrivait en vers très facilement et très agréablement, dans le goût de Chapelle ; il écrivait encore mieux en prose, La Fausse Clélie,
HISTOIRE FRANÇOISE GALANTE ET COMIQUE^ qui vit
le jour en 1672, ne ressemble guère à la fameuse Clélie, histoire romaine, de M^i^ de Scudéry: t Oest, dit M. Victor Fournel, une histoire d'une physionomie toute moderne, dont les per^ sonnages passent par des aventures familières et plaisantes, et que remplissent des récits épisodiques écrits d'un style leste, narquois et libre, dans une veine positive, très opposée au genre à
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la mode. » // écrivit d'un style plus tendre et plus délicat sa traduction des Lettres portugaises de Mariane Alcaforada, et d'un style plus précieux et plus galant les Aventures ou Mémoires de la VIE de Henriette-Sylvie de Molière^ qu'on at^ tribuait à son amie la comtesse de la Su^e. Sa vocation le portait surtout vers le théâtre : après son Désespoir extravagant^ (^111 n'a pas été imprimé, il put encore faire jouer la Coquette et la Fausse Prude, le i8 décembre 1686, mais il ne la fit pas imprimer. Quant à sa comédie de L*HoMME A bonnes FORTUNES, n* étant pas parvenu à la faire représenter, il la vendit cinq cents écus à Baron, qui la joua lui-même et la mit dans ses œuvres.
P L. Jacob, bibliophile.
LA
ov
LA CRITIQVE
D'ANDROMAQVE.