‹ La fonction de la mémoire et le souvenir affectifChapitre 4 sur 32 · III · texte numérisé non relu

III

Ces faits sont ceux où Ton constate la réminiscence, le réveil spontané ou voulu, des faits affectifs en tant que faits affectifs, avec leur caractère, plus ou moins modifié, d'affectivité.

On en a contesté la réalité — et j'avoue que cela me paraît assez singulier, tellement les faits sont nets et frappants. J'examinerai tout à l'heure quelques interprétations. Commençons par voir les faits

eux-mêmes. On en trouvera dans le chapitre déjà cité de M. Ribot qui sont, à mon avis, suffisants pour entraîner la conviction. Il serait facile et sans doute inutile d'en augmenter considérablement le nombre. Mais puisque la réalité de la mémoire affective a été très discutée et rejetée par plusieurs psychologues, il n'est peut-être pas hors de propos de montrer quelques-uns des plus saillants et des mieux établis.

On trouve de bons types de mémoire affective chez quelques hommes célèbres. Je prendrai comme exemple Jean -Jacques-Rousseau, Restif de la Bretonne, Taine. Il esta remarquer d'ailleurs que l'intensité, la force, la fidélité de la mémoire affective n'impliquent pas forcément l'existence du « type affectif » si par type affectif on désigne celui que caractérise la prédominance des sentiments sur l'intelligence et sur la raison, et la direction par eux de laconduit'e et de la vie. Taine peut passer pour être un intellectuel aussi bien qu'un affectif.

M. Pillon dans son intéressante étude sur la mémoire affective * cite quelques passages de la Nouvelle Héloïse ; les Confessions nous en offrent d'aussi caractéristiques, et peut-être plus directement probants. Parlant de la façon dont il les a écrites, Rousseau mentionne la perte de ses papiers,de ses notes, et il ajoute : « Je n'ai qu'un guide fidèle sur lequel je puisse compter, c'est la chaîne des senti-

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