LA FONGTFON DE LA MÉMOIRE
ments qui ont marqué la succession âe mon être et par eux celle des événements qui en ont été la cause ou l'effet. J'oublie aisément mes malheu'ps, mais je ne puis oublier mes fautes, et j'oublie encore moins mes bons sentiments. Leur souvenir m'est trop cher pour s'effacer jamais de mon cœur. Je puis fai^e des omissions dans les faits, des transpositions, des erreurs de dates ; mais je ne puis me tromper sut ce que j'ai senti ni sur ce que mes sentiments m'ont fait faire, et voilà de quoi principalement il s'agi**. » Que Rousseau se soit fait quelque illusion sut» la fidélité et sur la portée de sa mémoire affective cela se peut, mais ne diminue en rien la vraisemblance de sa réalité. Et voici quelques faits à l'appui : Il fut puni, ditil, injustement el sévèrement dans son enfance : « Je n'avais pas encore assez de raison pour sentir combien les apparences me condamnaient et pour me mettre à la place des autres. Je me tenais à la mienne, et tout ce que je sentais, c'était la rigueur d'un' châtiment effroyable pour un crime que je n'avais pas commis. La douleur du corps, quoique vive, n'était pas sensible, je ne sentaisque l'indignation, la rage, le désespoir.... Je sens en écrivant ceci que mon pouls s'élève encore, ces momentsme seront toujours présents quand je vivrais cent mille ans. Ce premier sentiment de la violence et de l'injustice, est resté si profondément gravé dans mon âme que toute les idées qui s'y rapportent me rendent ma première