La fonction du poète
Malherbe ne croyait pas le poète plus utile à l'Étal qu'un bon joueur de quilles, Victor Hugo te sacre conducteur des peuples : entre ces deux conceptions de sa valeur, il y a un abime. Pour l'un la poésie est un jeu, pour l'autre une Jorce. Le premier estime qu'il peut faire des couronnes éternelles, le second qu'il peut montrer à l'humanité la voie du salut. Boileau à son tour se contente de subordonner son activité à Phébus et de reconnaître l'influence secrète du ciel dans sa vocation ; Victor Hugo relève d'une façon plus précise de Dieu. Il se sent responsable devant lui des dons sacrés et de leur emploi, il a une fonction spéciale, supérieure à toutes les fonctions. Aussi est-il intéressant d'étudier comment il en a pris conscience, quelles preuves il a successivement apportées à l'appui de ses hautes prétentions, et ce qui reste debout de ses théories après les nombreuses campagnes d'une longue et laborieuse carrière.
S'il déclare, et c'est parfaitement raisonnable , ne s'occuper que des poètes de génie, il lui arrive fréquemment de négliger la nature du poète, pour ne considérer que la valeur du génie et d'étudier ainsi la fonction de tous les grands hommes, écrivains en vers ou en prose, législateurs ou savants : Dante, Tacite, Moïse ou Kepler. Cette indifférence à la diversité des domaines intellectuels complique un problème littéraire de questions historiques et philosophiques. Mais en examinant de près la difficulté, on s'aperçoit bien vite que \ictor Hugo veut simplement montrer combien le poète l'emporte sur les autres génies et qu'il possède leurs qualités les plus précieuses et les plus spéciales. Aussi