‹ La fontaine d'AhusquyChapitre 2 sur 2 · IG · texte numérisé non relu

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ingrédients, fort malpropres, d'ailleurs. Toutes les excrétions de l'homme et des animaux domestiques trouvent place dans l'étrange pharmacopée : de la bouse de vache frite à la poêle fait merveille dans les abcès ; le bouillon d'une souris est souverain pour guérir chez les enfants l'émission involontaire des urines pendant le sommeil ; une rate de bœuf appliquée sur la plante des pieds arrête les accès pernicieux. Lorsqu'on est atteint de fièvre intermittente, il faut, au lever du soleil, offrir du pain et du sel à un pied de menthe (Mendrach ou Mendraïi), et réciter trois vers que les Béarnais riverains, ont, pour leur usage personnel, traduit de la façon suivante :

« Boundjour, Moussu Mendraii,

Qu'apporty pa y saïi,

Qu'ep dechy uë frèbe y qué m'en baii. »

(Bonjour, Monsieur Mendraii ; j'apporte du pain et du sel ; je vous laisse une fièvre et je m'en vais) .

Parmi les buveurs de la saison, était un malade chez lequel des calculs hépatiques avaient provoqué une jaunisse ; il vint me consulter fort perplexe : deux bergers de la montagne, praticiens d'égale réputation, proposaient chacun son remède, et mon autorité devait terminer le débat. La première des formules, je n'oserais la transcrire, mais tenez-là pour bizarre et de haut goût; la seconde est des plus simples: «Faites et buvez une tisane de poux.» N'allez pas vous imaginer au moins que cette ordonnance fût ici d'exécution difficile. La matière première abonde et sur cette frontière. Espagnols et Français pourraient rivaliser à qui fournirait la plus ample décoction d'insectes.

Voltaire qui définissait les Basques « un petit peuple qui danse au haut des Pyrénées» semble avoir vu Ahusquy ; sa terrasse en pleine lumière, largement découverte . avec son grand horizon de montagnes et que l'on aperçoit de toutes les crêtes environnantes est l'éternel rendez-vous

des pasteurs ; ils viennent se mêler aux buveurs basques, et tant que dure la journée, on joue sans trêve et sans merci : jeu de paume, jeu de quilles, jeu de la barre. Tous ces jeunes hommes marchent, courent, bondissent, agitent sans cesse leurs bras et leurs jambes ; pas un muscle qui ne travaille. Ce sont de rudes jouteurs, et les Béarnais de la plaine n'osent guère leur disputer le prix.

Le dimanche et les jours de fête, jeunes gens et jeunes filles accourent de tous les villages et des cayolars perdus dans la montagne ; les garçons portent au bout de leur maquila, appuyé sur l'épaule, les vivres de la journée enveloppés d'une serviette blanche ; les filles, le jupon relevé à mi-jambe, ont à la main leurs souliers — quand elles possèdent des souliers — car ici, ce sont, comme les boucles d'oreille, des objets de luxe et d'apparat; elles dansent et marchent nu-pieds. Les groupes bruyants s'avancent par tous les sentiers, cheminent le long de toutes les crêtes et débouchent enfin sur la terrasse de l'auberge. Un vieux berger, armé d'un fifre et d'un tambourin commence son aigre musique, et en voilà jusqu'au soir de danses et de sauts basques.

Filles et garçons, d'ailleurs, ne négligent pas la bouteille, mais ils chantent en levant le verre, et sur trois euscariens, on trouve un improvisateur pour louer les qualités du vin et la beauté de la promise. Un des « poètes » les plus estimés de la Basse-Navarre s'arrête souvent à l'auberge d'Ahusquy; nous l'avons entendu à diverses reprises, et notamment lorsqu'il se rendait au grand tournoi « littéraire » de Saint-Palais, où l'année dernière, il avait obtenu le premier prix en contant la « vie du menui.sier ». Moins heureux cette ibis, il n'a recueilli que le second. Il faut dire qu'on lui a donné pour sujet « les vertus de sa vieille femme », tandis que son concurrent avait à célébrer « les charmes de sa jeune épouse ».

Ces lentes et monotones mélodies chantées d'une voix

traînante par des gosiers sonores, cette langue d'une douceur admirable laissent toujours dans l'âme une impression de profonde m(jlancolie. En écoutant, sans le comprendre, notre improvisateur euscarien. je croyais à quelque drame intime, à un poème douloureux et tendre, la plainte désespérée d'une amante trahie, les harmonieux sanglots de quelque Elvire de Soûle ou de Labourd, et je me laissais bercer par une sympathique tristesse lorsque mon voisin me traduisit ces paroles dont la musique seule m'avait tant ému; notre poète y prenait à partie un brave Auvergnat, étameur ambulant qui venait d'entrer dans l'auberge. « Vos blanches casseroles dont le brillant étain rappelle la montagne neigeuse qui pose un front d'argent sur les genoux des dieux, vos chaudrons qui ont la couleur des moissons de la plaine et semblent faits de l'or des doublons d'Espagne, sont bons quelquefois, mauvais le plus souvent. Quand vous les donnez à l'épreuve avec garantie, ils résistent aux injures du temps, mais ceux que vous vendez de confiance, à peine avez-vous tourné les talons que le cuivre se détache au feu par écailles, comme après la gelée tombent les pierres des rudes épaules du pic d'Anie ».

Peuple charmant, mais combien ignorant et barbare encore ! Il faut une bataille pour clore un jour de fête; sous le plus futile prétexte, les bâtons tournoient et s'abattent, et le maquila avec sa pointe de fer et sa masse plombée, n'est pas précisément une arme aimable. Les jeunes gens d'un village ont mieux sauté, mieux dansé, mieux couru ; ceux d'un autre village doivent s'en trouver blessés et prendre une revanche immédiate. Un soir, nous avons assisté à ces étranges provocations ; les offensés quittèrent l'auberge, et, à la nuit, se cachèrent dans la montagne pour attendre leurs adversaires. Ceux-ci les devinent de loin et d'une crête à l'autre, les défis se croisent et se multiplient. Certes, les formules ne varient guère ; elles con-

sistent à emprunter au basque, à l'espagaol, au français et au béarnais, toutes les interjections oii le nom de Dieu est pris en vain, à les rdpéter, à les accumuler, à les entasser jusqu'à perdre haleine. Malgré cette pauvreté d'expression, ces menaces n'en avaient pas moins une grandeur sauvage, par contraste, sans doute, avec la beauté du lieu, et la pais, de la nature endormie; à l'horizon se profilait la ligne des sommets vaguement éclairés par une lune inquiète à moitié perdue dans les nuages, tandis qu'au premier plan, on entendait, sans les voir, les lutteurs déjà plongés dans l'ombre de la nuit.

L'analj-se des eaux d'Ahusquy a donné des résultats à peu près négatifs : on n'y a découvert aucun principe spécial qui en explique les bienfaits incontestables. A peine note-t-on quelques traces d'iode et de fer, des silicates de soude et de potasse, des carbonates, des sulfates, des chlorures et de l'alumine. Aussi, partagerions-nous volontiers l'avis de ceux qui attribuent les effets obtenus, non à quelque vertu particulière due à la composition chimique de l'eau, mais à la quantité énorme que l'on peut en absorber sans fatigue.

Cette quantité varie d'ailleurs dans de fort notables proportions ; il n'y a pas de médecin là-bas, et les malades se laissent guider par leur instinct, une vague tradition ou quelque théorie plus ou moins bizarre. En général, on boit trois fois par jour, le matin à sept heures, puis de dix à onze et de quatre à six ; les timides se contentent' de cinq à huit litres en tout, mais d'autres vont beaucoup plus loin -, notre confrère, M. Beaudéan, s'est guéri d'une dyspepsie trèsrebelle qui le fatiguait depuis longtemps, en ingurgitant

jusqu'à quinze litres, et la renommée est légendaire d'un curé des environ de Tardets, un des habitués les plus assidus d'Alnisquy, et dont la ration quotidienne était de quatre-vingts grands verres, ce qui représente une vingtaine de litres. Autrefois, nous parlions volontiers «du supplice de l'eau » en entendant raconter ces prouesses, et j'avoue qu'elles me laissaient presque incrédule. Mais depuis un séjour à Ahusquy, nous sommes convaincus ; si , nous présent, on n'est jamais arrivé à vingt, ou môme à quinze litres, nous avons observé nombre de malades que dix et douze n'effrayaient pas, et nous-môme, buveur peu téméraire de notre nature, nous en absorbions sept par jour avec la plus grande facilité. Certainement, aux derniers verres, on éprouve une légère constriction de la gorge; il est évident qu'on n'a plus soif, mais jamais, devant moi, nul n'a accusé cette sensation désagréable, ce ballottement particulier dont on se plaint lorsque l'estomac est rempli de liquide.

On redescend de la fontaine pour se mettre à table ; le déjeûner ou le dîner ne souffrent aucunement de ces libations prolongées ; l'appétit des buveurs d' Ahusquy est au contraire proverbial, et c'est plaisir de voir les ration que l'on s'adjuge et que l'on mange sans ostentation : les cubes de viande s'amoncellent sur l'assiette et disparaissent tranquillement ; on n'entend guère que le bruit des couteaux; les conversations sont discrètes et le repas n'est troublé que par de fréquentes excursions vers les bascôtés de l'auberge. On se lève sans embarras, ou se rassied sans fausse honte. Au début, l'âme faible colore le départ de quelque prétexte, mais on s'aguerrit bien vite, et chacun sait regagner sa place avec l'air satisfait que donne l'accomplissement du devoir.

L'absorption de ces eaux par la muqueuse stomacale est rapide : une heure tout au plus après leur ingestion, on commence à les rendre, et il faut environ cinq

ou six quarts d'heure pour que l'économie se débarrasse des deux ou trois litres avalés à chaque station. Les effets physiologiques sont assez peu marqués ; on parle d'un dérangement d'entrailles qui se manifesterait fréquemment au début de la cure; mais sur les cinquante ou soixante buveurs que nous avons interrogés à ce sujet, aucun ne. l'avait ressenti: une seule fois, en vingt-et-un jours, on nous a consulté pour une diarrhée et il s'agissait justement d'un Bordelais qui prenait à peine quelques verres et fréquentait Almsquy uniquement pour fuir la ville et les chaleurs du mois d'août.

Nous aurions même quelque velléité de croire que ces eaux ont une influence opposée. Comment s'expliquer autrement l'extrême rareté des flux intestinaux? On sait, en effet, combien ils sont fréquents dans les montagnes, où surviennent de brusques changements de température, oii, vers le soir, le froid et la brume succèdent sans transition aux chaudes heures de la journée. Puis, ne boit-on pas à jeun une très-grande quantité d'eau fraîche? Dans ses conseils aux parisiennes constipées, Trousseau recommandait, en même temps qu'une cigarette, un verre d'eau pris le matin avant toute autre alimentation. . . à Ahusquy, quatre litres ingurgités dès six heures ne m'ont point paru produire d'effet, et le curé, ce puissant buveur dont nous avons parlé et qui venait à la source pour combattre une constipation opiniâtre, était obligé de doubler cette dose ; encore n'obtenait-il qu'un mince résultat.

Nous avons rencontré là-bas les affections les plus diverses : tous les malades des environs, la plupart même sans consulter un médecin, s'ordonnent une saison à Ahusquy. Voilà pourquoi plusieurs phthisiques confirmés campent sur cette montagne en plein vent, dans ces auberges mal abritées. Quel conseil leur donner, sinon de regagner au plus tôt la plaine? La plupart cependant nous disaient que s'ils ne toussaient pas moins, leurs forces paraissaient

plus grandes, l'appétit s'dtait réveillé. . . mais l'eau d'Ahusquj' ne cicatrise pas les cavernes.

Nos confrères de la région le recommandent surtout dans la gravelle et dans les catarrhes de la vessie ; dans les affections de l'estomac : mais peut-être ne distingue-t-on pas assez parmi ces dernières; nous avons eu à soigner deux malades atteints d'ulcères chroniques de la muqueuse : les accès douloureux avaient pris une certaine intensité, les vomissements étaient incessants. Les six ou sept litres que buvait chacun d'entre eux ne produisaient aucune amélioration ; ici encore, nous dûmes ordonner le départ. Cependant, on nous a communiqué l'observation suivante : un homme est envoyé à Ahusquy pour un ulcère rond : les douleurs sont intolérables ; l'estomac ne garde aucun aliment : la maigreur est extrême ; de fréquentes hématémèses anémient encore le malade ; il commence à boire, et, dès les premiers jours, une très-grande amélioration survient ; les vomissements cessent ; les souffrances s'apaisent, l'appétit est fort grand ; le malade se met à manger, malheureusement sans mesure, car, malgré dès objurgations pressantes, il se donne plusieurs indigestions successives ; une perforation se produit suivie de péritonite foudroyante. Avec plus de prudence, la guérison eût été possible.

Mais autant notre réserve est absolue sur ce point, autant nous serons affirmatif au sujet des différentes formes de dyspepsie que nous avons observées à Ahusquj'. Dans une dizaine de cas, au moins, les estomacs délabrés paraissaient se reconstituer sous nos yeux : à l'arrivée l'appétit était nul, l'ingestion des aliments douloureuse, les digestions lentes et pénibles ; après chacun des repas, la région épigastrique se distendait; il y avait des aigreurs acides et nauséeuses, du pyrosis, parfois des vomissements rebelles. Dès les premiers jours du traitement, ces symptômes s'affaiblissaient pour disparaître bientôt et la guérison ne tar-

dait pas à s'affirmer. Un de nos confrères nous racontait que, pour lui, l'amélioration fut presque immédiate ; or, les accidents étaient d'une certaine gravité, son estomac supportait avec peine les plus légers aliments ; il vint à Ahuisquy; au bout de huit jours, il mangeait avec plaisir et ses digestions devenaient régulières. Ce n'est plus par besoin, mais par reconnaissance qu'il y retourne chaque année. M. Béguerie, médecin à Mauléon, et notre vieil ami, le D"" Broca, d'Oloron, ont pu constater un très-grand nombre de cas de dyspepsie où les résultats furent aussi remarquables.

Nous ne voudrions pas prolongér outre mesure ce petit travail, cependant, je ne saurais passer sous silence les observations importantes que nous a communiquées notre confrère, M. Beaudéan, médecin à Lucq; j'ai sous les yeux quatre faits recueillis par lui ; les accidents étaient si graves que les parents hésitaient à tenter le voyage. Le premier a trait à une jeune fille soignée pendant longtemps par les sorcières qui y épuisèrent leiu* formulaire varié. Lorsqu'elle fut confiée à M. Beaudéan, les vomissements étaient incessants, la diarrhée continue et la malade n'était soutenue que par des lavements alimentaires ; on la transporte à Ahusquy dans cet état; elle manque succomber pendant le trajet; une fois arrivée, il lui est impossible de monter à la fontaine, et on doit lui descendre l'eau pendant quelque temps ; « dès le septième jour, elle commence à manger du bouillon, du lait, des œufs, et au bout de trois semaines, elle rentre complètement guérie. » La deuxième et la troisième observations que la brièveté de cette étude nous prive de reproduire, montrent des guérisons aussi rapides ; il en est de même pour la quatrième, fort intéressante d'ailleurs, et où les symptômes éprouvés par le malade nous paraissent évidemment se rapporter à une gastrite d'origine alcoolique; pourtant, cette fois encore, notre confrère put enregistrer un succès-

Les eaux d'Aliusquy, cela est incontestable, stimulent la muqueuse gastrique : la digestion stomacale se fait plus facilement. Les causes de ces rapides améliorations doivent être fort multiples. Pour quelques paysans surmenés par les durs labeurs de la campagne et que réparent, d'une manière insuffisante, des aliments de mauvaise nature,le repos, et une nourriture saine suffiraient presque à expliquer le pourquoi de ces promptes guérisons. Quant aux habitants des villes, le calme absolu dont on jouit là haut, la pureté de l'air, la régularité de l'existence, l'exercice qu'exige la triple ascension quotidienne à la source, voire même la chère un peu monotone de l'auberge, ne sont pas sans avoir une influence salutaire. La part à revendiquer pour l'eau peut s'en trouver restreinte, mais n'en est pas moins certaine, et chacun sent son appétit croître en raison directe du nombre de verres absorbés. « Allons faire un trou pour le déjeuner! », disait-on, en grimpant à la fontaine. D'ailleurs, à quoi servirait une minutieuse anal3^se? — Nous avons constaté la disparition de maintes dyspepsies; quelle qu'en soit la cause, ces afiections guérissent; et, pour les malades, cela suffit.

L'efiet des eaux sur les graveleux n'est pas moins sensible. La plupart des buveurs qui fréquentent Ahusquy, viennent pour des sables, des calculs, et surtout poui' s'épargner les épouvantables douleurs néphrétiques déterminées par l'expulsion de ces cristaux d'acide urique. Parmi beaucoup d'autres, nous avions choisi cinq observations personnelles où les bons résultats du traitement ne sauraient être mis en doute, mais pour ne pas surcharger ce travail, nous citerons seulement le cas d'un plâtrier de Tardets qui, depuis longues années, était en proie à des coliques néphrétiques violentes et se répétant à des intervalles fort rapprochés. Une d'entre elles dura près de deux mois ; les souffrances étaient intolérables et ne s'apaisaient un moment que pour reprendre, quelques heures après, avec une

intensité nouvelle. Chaque crise se terminait par le rejet de calculs parfois aussi volumineux qu'une petite noisette: le trajet à travers l'uretère n'était pas seul douloureux : delà vessie, le calcul s'engageait dans le canal uréthral, mais la grosseur en était telle qu'il n'y cheminait que lentement et cinq ou six jours se consumaient en efforts et en souffrances jusqu'à ce qu'il tut définitivement expulsé. En 1876, des accidents sérieux éclatèrent du côté du rein ; un abcès périnéphrétique se forma ; on fit, dans la région lombaire, de larges incisions par où l'on put extraire, avec une très-grande quantité de débris sphacélés et de pus, un certain nombre de calculs ramifiés. Le malade vint à Ahusquy. A partir de ce moment, les crises s'espacent, les calculs diminuent de volume, l'état général, ébranlé par les atroces douleurs que provoque la migration des cristaux, se rétablit rapidement. Maintenant s'il y a des coliques, c'est de loin en loin, encore sont-elles fort légères ; notre homme retourne tous les étés à la source, et les vingt jours qu'il y passe suffisent pour lui assurer une année paisible.

Il n'est pas difficile de trouver une théorie rationnelle pour expliquer l'effet infaillible des eaux d'Ahusquy sur les individus atteints de diathèse urique. L'énorme quantité d'eau que l'on absorbe passe dans le sang qui, filtré par le rein, donne une urine très-abondante que ne peut saturer l'acide urique produit par l'économie . Grâce à cette extrême dilution , la cristallisation n'a pas lieu ; l'acide urique ne se précipite pas, et c'est à l'état dissous qu'il est expulsé au dehors. On objectera peut-être que l'exercice auquel les buveurs se livrent pour se rendre à la source active les combustions, augmente l'urée et diminue l'acide urique... ceci aurait quelque valeur relativement à des malades aux habitudes sédentaires, mais on ne saurait l'invoquer à l'égard des paysans : un séjour à Ahusquy est pour eux un temps d'inactivité et de repos musculaire relatif,

d'autant plus CLue l'alimentation abondante, la nourriture presque exclusivement animale ne sont pas laites pour amoindrir la production de l'acide urique. C'est bien évidemment à la source qu'il faut rapporter les résultats obtenus.

Ajoutons que par suite de l'absorption de l'eau, la pression sanguine devient considérable, celle de l'urine, sécrétée en plus grande abondance, s'accroît également; aussi, l'acide urique déjà déposé à l'état solide dans les tubes droits, les calices ou le bassinet, tous les sables, les graviers, les petits calculs sont déplacés par la masse liquide qui passe dans le rein ; Us s'engagent dans l'uretère et la migration commence. Voilà comment l'effet immédiat de la cure est de déterminer une colique néphrétique pour peu qu'il y ait dans les voies supérieures des organes urinaires, quelque dépôt d'acide urique. Ainsi, expulsion des graviers déjà formés, absence de production de graviers nouveaux, tels sont les premiers résultats du traitement.

Mais il est un poiut plus difficile à expliquer et à propos duquel nous n'avons vu, du reste, aucune théorie satisfaisante. Comment ces eaux, et je ne parle pas seulement d'Ahusquy, mais aussi de Capvern, de Vittel, de Coutrexéville, comment ces eaux, dis-je, out-elle un effet durable ? Pourquoi, lorsque la « saison » est terminée, et que depuis plusieui's mois' on a repris son genre de vie habituel, les crises ne reparaissent-elles pas, ou du moins sont-elles inliniment plus raines ? Ce n'est pas la pression de l'urine et son extrême dilution qu'on doit invoquer, car on ne boit ni plus ni moins qu'avant le traitement : il faut, pensonsnous, faire intervenir un autre facteur.

Dans un autre travail, publié par la Revue mensuelle de médecine et de chirurgie^ nous espérons avoir démontré que les accidents provoqués par la diathèse urique ne sont pas seulement imputables à un excès d'acide dans le sang : le llltre rénal intervient pour son propre compte, au

moins ù titre semblable. Ce serait lui cp-ii, souvent, déterminerait par quelque état morbide la précipitation des cristaux. Eh bien ! ne pouvons-nous pas nous emparer de cette conclusion pour nous rendre compte de la persistance des bons effets d'Ahusquy ? Le sang qui, chargé d'eau, arrive en si grande abondance dans le rein, active la nutrition de cet organe, en augmente la vitalité générale et modifie les muqueuses. Celles-ci reprennent leur état normal, et n'agissent plus, par un mécanisme encore inconnu, sur la composition des urines de manière à provoquer les dépôts d'acide uri que. Nous croyons d'autant plus à cette action directe sur les conduits urinaires, que nous avons déjà reconnu, d'après des exemples nombreux, les bons effets des eaux sur la muqueuse stomacale, et que nous allons maintenant constater des résultats non moins heureux dans le traitement des catarrhes de la vessie et de la muqueuse uréthrale.

Nos confrères de la région m'ont parlé des succès qu'ils ont obtenus par l'emploi des eaux d'Ahusquy dans les cas de cystite chronique. Mes observations poncordent avec les leurs. Elles ne sont pas en grand nombre, mais nous pourrions citer le fait d'un paysan des environs de Navarrenx qui éprouvait depuis longtemps des douleurs suS-pubiennes; il urinait mal et à tout pi-opos ; à la fin de chaque miction, une cuisson insupportable parcourait le canal, et le besoin renaissait presque aussitôt; les urines, d'ailleurs, étaient purulentes : cet état persistait avec des alternatives variables. Dès les premiers jours de son arrivée à Ahusquy, l'amélioration se fit sentir, les urines devinrent limpides, le ténes-mevésical et la dysurie disparurent; au bout de quinze jours, le catarrhe était complètement tari.

A cette observation que nous avons recueillie dans tous ses détails, nous en pourrions ajouter une autre, d'ailleurs beaucoup moins probante : Il s'agit d'un propriétaire, ancien officier, qui avait un rétrécissement traité par la dilata-

tion; la muqueuse uréthrale était fort sensibl(3 ; le cathétérisme douloureux; le malade ressentait parfois quelques symptômes de cystite du col. Six ou sept litres d'eau d'Ahusquy par jour améliorèrent beaucoup l'état local: le passage de la sonde devint plus facile et on ne constata plus dans les urines, les filaments muqueux qui les avaient troublées jusqu'alors. Ne traite-t-on pas les cystites chroniques, les vieux catarrhes par le lavage fréquent de la vessie, par des irrigations répétées? Or tous les lavages et toutes les irrigations ne sauraient remplacer le pas.sage incessant sur la muqueuse vésicale d'une urine absolument aqueuse qui entraîne avec elle les produits muco-purulents au fur et à mesure de leur dépôt. Au lieu d'être anormale, intermittente et douloureuse, l'irrigation est physiologique, continue, et ne provoque pas les souffrances souvent fort vives que détermine l'introduction de sondes simples ou à double courant.

Une autre observation de même ordre me semble prouver encore l'influence de ces eaux sur les muqueuses irritées : Un pauvre laboureur béarnais des environs de Sauveterre, qu'une dyspepsie invétérée amenait à Ahusquy, vint me consulter pour une affection, dont il feignait d'ignorer la cause, mais qui l'épouvantait étrangement : le matin au réveil et dès la première miction, il avait éprouvé des douleurs brûlantes dans le canal et constaté l'écoulement de quelques gouttes de pus. Nous eûmes de la peine à lui faire accepter l'idée d'une blennorrhagie ; le doute n'était cependant pas possible. Pour tout traitement, nous lui conseillâmes de boire à la source dix litres d'eau ; i)uis à l'auberge, deux litres d'infusion de graine de lin. Son estomac ne fut point noyé par cette énorme quantité de liquide; les accidents dyspeptiques s'améliorèrent môme, mais l'écoulement uréthral était aussi abondant; un pus verdâtre sourdait incessamment par le méat. Disons toutefois que le malade n'était pas fatigué par les érections qui rendent la blennorrhagie

si douloureuse ; elles firent complètement défaut. Au bout de huit jours, les accidents persistaient; la sécrétion était cependant plus muqueuse et moins purulente ; la potion de Chopart fut prescrite. Notre homme ne put en prendre que deux fois ; dès le commencement du deuxième j our l'estoma c ne la tolérait plus, le vomissement était immédiat et pourtant l'eifet fut merveilleux ; le lendemain, l'écoulement tarissait; le canal était sec, et môme le matin, il nous fui impossible par la pression ascendante de faire sourdre la moindre goutte muqueuse à l'orifice uréthral. Le patient quitta Ahusquy quatre jours après ; la guérison ne s'était pas démentie.

Ce fait nous a paru très-remarquable; malheureusement il est encore unique, et nos confrères n'ont pu nous en fournir de semblables. Je crois donc utile d'appeler leur attention sur ce point. Mais il est un détail de l'observation qui mérite de nous arrêter ; je veux parler de l'absence d'érection dont le bénéfice reviendrait, selon nous, au mode de traitement. Du moins les eaux d'Ahusquy provoquent ce résultat et, à propos de leurs effets physiologiques, nous aurions dù parler de leur influence sédative particulière sur le système érectile. La petite enquête à laquelle nous nous sommes livrés corrobore de tous points ce que quelques médecins nous en avaient dit. D'ailleurs, les eaux d'Ahusquy n'auraient pas seules ce privilège : Aulus pourrait le revendiquer aussi, et nous croyons que le docteur Alricq prépare un travail sur ce sujet.

Ne pourrions-nous pas tirer de ce fait une indication thérapeutique d'une importance majeure et ces eaux ne devraient-elles pas être ordonnées dans les cas de spermathorrée avec érection, cette affection si rebelle, d'un pronostic si grave et qui peut conduire au dernier degré du marasme? Les eaux d'Ahusquy deviendraient ainsi un adjuvant de l'ingénieux appareil qui a valu récemment à notre ami, M. Minière, une récompense de la Faculté.

Telles sont les quelques conclusions que j'ai pu tirer do mes trois semaines de séjour à la fontaine d'Ahusquy. Maintenant, si, pour mes confrères, il me fallait résumer en trois mots les pages qui précèdent, je dirais aux médecins soucieux d'envoyer certains de leurs malades à des eaux où se retrouve la santé perdue:

Dans les cas de gastrite, dans les dyspepsies môme les plus graves, l'observation démontre que la source d'Ahusquy est singulièrement efficace ; son action n'est pas moindre dans la gravelle urique et dans les vieux catarrhes vésicaux. Mais ces eaux salutaires ont contre elles^ et nous ne l'avons pas caché, la difficulté d'accès, l'insuffisance barbare des routes, l'impossibihté d'un séjour commode, et si nous osions le dire en créant une espèce de néologisme, l'indécence de rinstallation. Certes, le maréchal Ilarispe faisait fidèlement chaque année sa visite à la fontaine, et comme ce vaillant Basque, les hommes peuvent et doivent ne pas y redouter une saison. Mais comment conseiller à des femmes d'affronter un. séjour, même de quelques heures dans une auberge aussi primitive ?

En dehors des personnes réellement malades, il y en a qui ne le sont pas encore, mais dont l'organisme est sur le point de crier grâce à la suite d'excès, d'étourderies ou de fatigues intellectuelles. Parmi ces « fourbus » nous ne citerons que les jeunes gens épuisés par des travaux de têtes excessifs, soit qu'ils se préparent aux grandes écoles, soit que ces écoles mêmes les usent doublement : par trop peu d'exercice physique, et par trop de contention d'esprit. Qu'ils aillent à la fontaine des Basques ; ils y puiseront certainement une nouvelle vigueur.

VERSAILLES. — UIPRIMERIE CEVa' ET FILS, 09, nUE DUPLB8S1S.

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