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Des Philosophes et leur science.
» Chose meilleur 1 que tout auoir,
» Et de luy demander m'aduint
» D'où premier la science vint;
» S'on escript où la rencontra*
» Et qui fut cil qui la monstra.
» Il me respondit sans delay
» Par ces propos que vous diray.
» Science si est de Dieu don,
» Qui vient par inspiration.
» Ainsi est science donnée
» De Dieu, et en l'homme inspirée ;
» Mais auecq ce apprend on bien
» A l'escolle par son engien.
» Mais auant qu'onc lettre fust veuë
» Si estoit la science sçeuè'
» Par gens non clers, mais inspirez,
» Qui doibuent bien estre honorez :
» Car plusieurs ont trouué science
» Par la diuine sapience.
» Et encor est Dieu tout puissant
» Pour donner à son vray seruant
» Science telle qu'il luy plaist :
» Dequoy à plusieurs clers desplaist,
» Disans qu'aulcun n'est suffisant
• S'il n'a esté estudiant;
» Qui n'est maistre és arts, ou docteur,
» Entre clers reçoit peu d'honneur.
» Et de ce les doibt on blasmer
» Quand aultruy ne sçauent louer.
» Mais qui bien punir les vouldroit,
» Les liures oster leur fauldroit.
» Là seroit science faillie
» En plusieurs clers, n'en doubtez mie;
» Et pas ne le seroit és laiz
» Qui font rondeaulx et virelaiz,
» Et qui sçauent metrifier,
» Et plusieurs choses, que mestier
» Font à maintes gens à deliure,
» Qu'ils ne trouuent pas en leur luire.
» Le charpentier, et le masson
» N'estudient que bien peu, non;
» Et si font aussi belle vsine
» Qu'estudians en Medicine,
» En Loix, et en Théologie,
» Pour auoir practiqué leur vie.
» Dés lors fus grandement espris » D'emploïer du tout mes espris, » Tant que par vraye expérience » Auoir peusses la congnoissance » De ce que maint homme désire » Par grâce du souuerain sire. »
Mon conte, Raison et Nature
Bien escoutaient, ie vous asseure.
Puis à Nature di : a Madame,
» Helas, tousiours de corps ét d'ame
» Suis en trauail, voulant apprendre
» Science, où ne puisse mesprendre,
» Pour auoir honneur en ma vie,
» Sans ce que nul y ait enuie :
» Car tout mon bien ie vueil acquerra,
» Comme les laboureurs de terre;
» La terre fouïr et houër,
» Et puis la semence semer,
» Comme font les vrays laboureurs,
» Qui sont leurs biens et leurs honneurs.
» Et pour cela prier vous vueil
» Que vous me dictes de voz vueil,
» Comme on nomme celle fontaine
» Qui tant est amoureuse et saine »
Elle respond : « Amy, de voir, » Puis que desirez le scauoir ; » Elle s'appelle, pour le mieux, » La fontaine des amoureux.
» Or te doibt-il estre notoire » Que depuis Eue, nostre mere, » l'ay gouuerné tretout le monde, » Si grand comme il est à la ronde.
» Sans moy ne peult chose régner,
» Si Dieu ne la veult inspirer.
» Moy, qui suis Nature appellée, » I'ay la terre enuironnée, » Dehors, dedans, et au milieu; » En toute chose prins mon lieu, » Par mandement de Dieu le Père;
• De toutes choses ie suis mere; » A toutes ie donne vertu ;
» Sans moy n'est rien, ne oncques fu
• Chose qui soit soubs ciel trouuée, » Qui par moy ne soit gouuernée.
» Mais puis que tu entens raison, » le te vueil donner vng bel don, » Par lequel, si tu veux bien faire, » Tu pourras Paradis acquerre, » Et en ce monde grand* richesse, » D'on te pourra venir noblesse, » Honneur et grande seigneurie, » Et toute puissance, en ta vie.
» Car en ioye tu l'vseras, » Et moult de nobles faictz verras » Par celle fontaine et cauerne » Qui tous les sept metaulx gouuerne.
» Es en viennent, c'est chose claire. » Mais de la Fontaine suys mere, » Laquelle est doulce comme miel, » Et aux sept Planètes du ciel
» Comparée est : scauoir, Saturne,
» Iupiter, et Mars, et la Lune,
» Le Soleil, Mercure et Venus :
» Entends bien, tu y es tenus.
» Les sept Planètes que i'ay dict,
» Accomparonô sans cohtrediét
» Aux sept metaulx venans de terre,
» Qui tous sont faicts dVne matière.
» L'or entendons par le Soleil,
» Qui est vng métail sang pareil ;
» Et puis entendons pouf Yârgènt
» Luna, le métail noble et geiit.
» Venus pour le cuiure entendons,
» Et aussi c'est moult bien son nom.
» Mars pour le fer, et pour Yestain
» Entendons Iupiter le sain ;
» Et le plomb pour Saturne en bel
» Que nous appelions or mesel.
» Mercurius est vif argent,
» Qui a tout le gouuernement
» Des sept metaulx : car c'est leur mere,
» Tout ainsi que si les compère,
» Qui les imparfaits peut parfaire.
» Après le te veulx remetraire.
» Or entends bien que ie dfray, » Et comme ie déclarera^
» La fontaine à dame Nature, » Que tu vois cy près en figure.
» Si tu sçais bien Mercure mettre » En œuure, comme dit la lettre, » Medicine tu en feras, » Dont paradis puis acquerras, » Auecques l'honneur de ce monde, » Où grand planté de bien abonde.
» Sçauoir doibs par Astronomie » Et par vraye Philosophie, » Que Mercure est des sept metaulx » La matière, et le principaulx :
• Car pjur sa pesanteur plombasse, » Se tient soubz terre en vne masse, » ( Nonobstant qu'elle est volatiue » Et és âultres moult conuersiue) » Et est soubz la terre trouuée, » Tout ainsi comme est la rousée.
» Et puis en l'air du Ciel s'en monte, » (Moy, Nature, le te raconte) » Et si après peuli concepuoir » Qui en yeult medicine auoir » Mercuriale en son vessel, » Le mettra dedans le fournel » Pour faire sublimation, » Qui est de Ûiett vng noble don,
» Laqnétie ie te veuk monstrer » A mon ponuoir, et figurer.
» Car si ne fais pure corps et ame, » la ne feras bonne amalgame, » tfaussi bon paracheuement.
» Mets y donc ton entendement.
« Or entends si tu veulx sçauoir
» ( Mieux vault bon sens que nul auoir) :
» Pren ton corps et en fais essay ;
» Comme aultres ont faict, bien le scay.
» Ton esprit te fault bien monder,
» Ains que puisses incorporer.
i» Si faire reulx bonne bataille,
» Vingt encontre conuient sans faille (4),
» Et si ton corps ne peult destruire
» Vingt, à ce pas il faut qu'il meuire (meure).
» Si est la«fcataille première
» De Mercure très-forte et fiere ;
» Après rendre luy conuient faire,
• Ançois qu'on n'en puist rien attraire.
» Quand à ton vouloir entrepris
» Rendu sera, lors estant pris,
» Si tu en veuhc auoir raison,
» L'enfermeras dans la prison
(i) Edit. 1648, Lyon, P. Rigaud :
« Vingt contre tept convient sans faille. »
» D'où il ne se puisse bougier.
» Mais d'vng don le doibs soulagier, » Ou pour toy rien ne vouldra faire » Tant que luy feras le contraire ; » Et si faire luy veulx plaisir, » Il le te conuient eslargir, » Et remettre en son premier estre, » Et pour ce seras tu son maistre :
» Aultrement sçauoir bien ne peulx » Ce que tu quiers et que tu veulx.
» Mais par ce point tu le sçauras, » Et i tout ton plaisir viendras, » Mais que tu faces de ton corps » Ce dont te fais cy le recors.
» Faire doibs doncq, sans contredict, » Premier de ton corps vng esprit, » Et l'esprit réincorporer » En son corps sans point séparer.
» Et si tout ce tu ne sçais faire, » Si ne commence point l'affaire.
» Après ceste coniunction,
» Se commence opération,
» De laquelle, si tu poursieux,
» Tu auras la gloire des cieulx.
» Mais tu doibs sçauoir, par ce liure,
» Que moy Nature te deliure,
»> Que le Mercure du Soleil
» N'est pas à la Lune pareil :
» Car tousiours doibt demourer blanche
» Pour faire chose à sa semblance ;
» Et celuy qui au Soleil sert
» Le doibt ressembler en appert ;
» Car on le doibt rubifier :
» Et ce est le labeur premier.
» Et puis assembler les peult on,
» Comme i'ay dict, en la fasson
» Cy-deuant que tu as ouye,
» Qui te doibt trouuer en l*ouye.
» Et si ce ne sçauois entendre,
» En ton labeur pourrais mesprendre,
» Et à l'aduenture perdrois
» Long temps, et en vain l'vserois :
» Et s'à mon dict sçais labourer,
» Seurement y peulx procéder.
» Or as tu vng point de ceste owwre » Que moy Nature te descœuure.
» Si te fault, par bonne raison, » Faire après congélation » Et de corps et d'esprit ensemble, » Tant que Tvng à l'autre ressemble; >' Et puis te conuient, par bon sens,
ligitizecUby
— Gl —
» Séparer les quatre elemeng, » Lesquelz tous nouueaulx tu feras»
» Et puis en œuure tu metras.
» Premier tu doibs le feu extraire » Et l'air aussi pour cest affaire, » Et les composer en après :
» Ce te dy cy par mots exprès » La terre et l'eaue, d'aultre part, » Sèment moult bien à celuy art, » Et ainsi fait la quinte essence (4) ; » Car c'est de notre faict la cence (%).
• Quand tu as les quatre trouuez » Et l'vng de l'autre séparez, » Ainsi comme ay dit par dessus, » Ton faict sera demy conclus.
» Or peulx procéder; moïennant » Que tu faces ce que douant » le t'ay en ce chapitre dit, » Tu le mettras au four petit (3) :
(1) Variantes :
Et aussi fait la quinte essence.
Et en faisant la quinte essence.
(2) Variante :
C'est de notre faict la science.
(3) Variante :
Le mettras au four vng petit.
» Cela s'appelle mariage
» Quand il est fait par homme sage;
» Et aussi c'est moult bien son nom.
» Or entendez bien la raison :
» Car masculin est fort liable
» Auecq féminin amiable.
» Et quand purs et netz sont trouuez,
» Et l'vng auecq l'aultre assemblez,
» Génération est certaine,
» Si que c'est vne œuure hautaine
» Et qui est de grande substance.
» Ainsi est-il, d'autre semblance,
» De maint homme et de mainte femme
» Qui ont bon loz et bonne famé,
» Par leurs enfans qu'ils scauent faire,
» Dont chaceun doibt priser l'affaire;
» D'oyseaulx, de bestes et de fruicts.
» Aultrement prouuer ie le puis :
» Mettez d'vng arbre la semence
» En terre pour bonne science ;
» Après la putréfaction,
» En viendra génération.
» Par le froment le peulx sçauoir,
» ( Qui vault mieux que nul aultre auoir) :
» Semant vng grain, en auras mille.
» Là ne fault estre moult habile.
» Ne oncques ne fut créature
» Qui dire peult à moy, Nature :
» Naissance ay prins sans te cercher, » Et ne doibs rien me reprocher.
» Et ainsi des metaulx est il, » Dont Mercure est le plus subtil.
» Quand il est mis dedans son corps » Que ie t'ay dit en mes records, » Il le conuient énamourer » De son pareil, puis labourer.
» Mais ains qu'à fin puisse venir, » D'ensemble les fault despartir.
» Mais après celle despartie, » Se Rassemblent, ie vous affie.
» La fois premier est fiansaille, » Et la seconde Pespousaille; » A la tierce fois par droicture » Assemblés en vne nature, » C'est le mariage parfaict, » Auquel gist trestout nostre faict.
» Or entens bien comme i'ay dit, » Car pour vray en rien n'ay mesdit :
« Dans le four est mis, ou son corps,
• Que ie t'ay dit en mes records,
• Et de ce faire il est moult prest,
• Ainsi que verras cy après,
• Là luy conuient énamourer » Son pareil, et puis labourer.
(i) Variant*:
» Quand tu les auras sépare?,
» Et peu à peu bien reparez,
» En après les Rassembleras,
» Et l'vng auecq l'aultre mettras,
9 Mais te soutienne en ta leçon
» Du proverbe que dit Catoo ;
» L'homme qui list, et rien n'entend,
» Semble au chasseur qui rien ne prend.
» Si apprens donc à bien entendre,
» Affin que ne puisses reprendre
9 Les hures, ne les bons facteurs,
9 Lesquelz sont parCaicU entendeurs. ; %
9 Car tous ceulx qui nostrç œuure blasaient
» Ne la congnoissent, wis difl&nent;
» Celuy qui bien nous entendront
» Moult tost à nostre ceuure viendrait;
» Plusieurs fois a esté ouurôe
» Et par philosophé esprouuée.
» Mais plusieurs gens tenu? pour sages
» La blasment, (dont ils sont folages),
» Et chascun les en doibt hUsow,
9 Qui a sens en soy sans amer.
9 Mais louer doibt on bien et bel
9 Tous ceulx qui ayment tel ioïel,
9 Et qui le pensent à trouuer
9 Par peine de bien labourer,
9 Et doibt on dire : c'est bien faiot;
» Los mérite leur bel effect.
» Or auons nous dict vne chose
» Qu'il fault que briefuement desclose :
» C'est que, si bien procéder veulx,
» Tu faces l'vnion des deux,
» Tant que fiancez puissent estre
» Ou vaissel qui en sçait bien l'estre;
» Et puis pour ton faicl séparer
» Le te conuient bien ordonner.
» Et pour t'en dire la façon,
» Ce n'est que résolution
9 Laquelle te faict grand mestier,
» Se poursuiuir veulx le mestier ;
» Elle doibt le compost deffaire,
» Ainsi que tu en as affaire.
» Quand tu verras la terre seiche, (4)
» Eaue du ciel fay qu'elle leiche,
» Car ils sont de mesme nature.
» Laboure doncques par droicture.
» C'est raison qu'ell' soit abreuuée ;
» Et de moy sera gouuernée.
» Or t'ai-ie dit, sans rien mesprendre,
(4) Variante:
« Tant que ehascun à part luy soit.
» Et puis aïant la terre soif
» De Veaue du ciel par droicture,
• (Car ils sont tout d'une nature)
• Cest raison qu'ell' soit abreuuée.
» Comme Ion corps peult ame prendre,
» Et comme les fault despartir,
» Et l'vng d'auecq laultre partir.
» Mais la despartie, sans doubte,
» Est la clé de nostre (Buure toute.
» Par le feu elle se parfaict ;
» Sans Juy Fart seroit imparfaict.
» Aulcuns dient que feu n'engendre
» De sa nature, fors que cendre;
» Mais, leur reuerence sauuée,
» Nature est dans le feu entée :
» Car si Nature n'y estoit,
» Iamais le feu chaleur n'auroit ;
» Et si prouuer ie le voulois
» Le Sel en tesmoing ie prendrais.
» Mais quoyl.. Nous lairrons ce propos,
» Et aultre dire voulons loz. »
Et quand ce parler entendis, Le mot en mon cueur escripuis, Et dis : « Noble Dame d'arroy, » Vueillez vng peu entendre à moy ; » Et reuenons à ces metaulx, » Dont Mercure est le principaulx, » Et me faictes, vous et Raison, » Aulcune déclaration, » Ou de vostre faict suys abus
» Pour ce que dict auez dessus:
» Car vous voulez que ie éefface
» Ce que i'ay faict de prime face,
» Et expressément vous le dites;
» le ne sçay si ce sont redîtes,
» Ou si parlez par paraboles ;
» Car ie n'entens point vos eseholee. »
c Amy, ce respondit Nature,
» Dy, comme entens tu le Mercure
» Que ie t'ay cy douant nommé?
» le t'ay dit qu'il est enfermé,
» Encores que souuent aduient
» Qu'en plusieurs mains il va et vient.
» Le Mercure que ie te lo,
» Surnommé de Mercurio,
» C'est le Mercure des Mercures ;
» Et maintes gens mettent leurs cures
k De le trouuer pour leur affaire :
» Car ce n'est Mercure vulgaire.
» Sans moy tu ne le peux trouuer ;
» Mais quand tu en vouldras ouurer,
» Moult te fauldra estre autentique
» Pour paruenir à la practique,
» Par laquelle pourras auoir
» De noz faictz vng très grand sçauoir.
» Les metaulx te fauldra congnoistre
» Ou ton faict ne vauldra vne oistre.
» Or, pour entendre mieulx la guise, » le te diray où l'œuure est mise ; » Mesmement où elle commence, » Si tu es filz de la science.
» Et cil qui y veult paruenir, » Fault qu'à ce point sache venir, » Ou riens ne vauldra son affaire, » Pour labeur qu'il y sçache faire.
» Pour ce nomraé-ie la fontaine, » Qui tant est amoureuse et saine, » Mercure, ceiuy vray surgeon, » Qui cause est de perfection.
» Or entens bien que te diray.
» Car pour vray riens ne mesdiray :
» Geluy Mercure sans pareil » Peulx tu trouuer ou le Soleil, » Quand il est en sa grand'chaleur » Et qu'il fait venir mainte fleur :
» Car après fleurs viennent les fruicts.
» Par ce point prouuer ie le puis, » Et encore par cent manières » Qui sont à ce fait moult legieres; » Mais cestuy-cy est le principe » Et pour cela le te recite.
» Certes ie ne t'ay abusé :
» Car pour voir il y est trouué.
» Et s'en Lima veulx labourer » Autant bien l'y pourras trouuer, » En Saturne, et en Iupiter, v » Et en Mars, que ie nomme Fer.
» Dedans Venus et en Mercure » On peult bien trouuer la plus sure ; » Mais, quant à moy, ie l'ay trouré » Au Soleil, et puis labouré; » Et pour ce t'en ay faict ce Hure » Que tu m'entendes à deîiure.
» Dedans Luna sçaches de voir, » Ay-ie prins mon premier auoir.
» Encore dy ie aux entendeurs » Que c'est tout vng de deux labeurs, » Excepté rubifiement, » Qui sert au Soleil noblement.
» Et plus dire ne t'en sçauroye, » Si la pratique ne monstroye.
» Et celle ne te puis retraire » Sinon que tu le voyes faire.
» Mais ayes bien en ta mémoire » Ce que ie t'ay dit, c'est notoire (4).
» Estant à résolution, » Faire doibs inhibition :
(OEdiMWS:
Ce quê ie fay dit ixuqu'à ire.
» Mais ne commence point à faire » Ce que i'ay dit sur tel affaire » Si n'as probation du faict » D'auoir bien resouls l'imparfaict* » Et si tu peulx passer ce pas, » Recorpore-le par compas, » En reuenant au faict premier ; » L'aultrô ne fut que messagier.
» Véoir le peulx évidemment » Comme se faict legierement.
» Par plus brief tu ne peulx venir » Au plus fort de ton aduenir ; » Et si tu l'entons, pour certain » Tu ne laboureras en vain.
» Et après ce labeur cy faict, » Te fault refaire le deffaict.
» Putréfaction est, pour voir, » Dont il doibt naistre grand auoir :
» En ce point cy gist la mestrise » Auquel tout nostre faict s'attise ; » Et quoy que t'aye dit douant, » Icy gist tout le conuenant.
» Dans le four est mis l'appareil ; » Tu en doibs auoir vng pareil, » Car germe fault premier pourrir, » Qu'il puisse dehors terre yssir.
» Mesmes la semence de l'homme,
» (Que pour probation te nomme), » Se pourrit au corps de la femme » Et deuient sang, et puis prent ame.
• Biais en forme de créature, » Ce secret cy te dict Nature.
» Car vne chose en debura naistre, » Qui sera bien plus que son mestre (4), » Pour allaicter les quatre enfans » Qui sont desià venus tous grans, » Lèsquelz Elemens sont nommez » Et l'vng de l'autre séparez.
» Or as-tu cinq choses ensemble 9 Et l'vne à l'autre bien ressemble ; » Aussi n'est-ce qu'une substance » Toute d'vne mesme semblance.
» Là doibt l'enfant manger sa mere » Et après destruire son pere.
» Fleur et laict et fruict auecq sang 9 Conuient trouuer en vng estang.
9 Or regarde dont le laict vient, 9 Et que là sang faire conuient.
» Si ce ne sçay considérer
(1) Bdit. 1618 :
Que sçaura bien plus que son maistn.
» Tu pers ta peine à labourer ;
» Et si tu me sçay bien entendre,
» Si laboure sans plus attendre ;
» Car tu as passé le passage
» Où demeure maint fol et sage ;
» Là, te peulx vng peu reposer,
» Après commence à labourer
» Et poursui tant que face issier
» Fruict parfaict, qu'on nomme Elixier;
» Car par œuure sciencieuse
» Se faict la pierre précieuse,
» Des Philosophes le renon,
» Qui en sçauent bien la raison ;
» Et n'est ioyel, ne mal auoir,
» Qui puisse cell'pierre valoir.
» Si ses effects veulx que ie die,
» Guarir peult toute maladie ;
» Aussi par ses très nobles faicts,
» Parfaict les metaulx imparfaicts,
» Et ne faict plus chose du monde
» Fors ceste où grand vertu abonde.
» A merueilleux faicts est encline ;
» Pour tant la nommons medicine ;
» Et de toutes les aultres pierres,
» Que maints princes tiennent pour chieros,
» Nulle peult tant resiouir l'homme,
» Que ceste-cy que ie te nomme.
» Et pour ce ie t'en fais mémoire » Que tu le tiennes pour notoire :
» Car sur toutes pierres du monde, » Vertu dedans la nostre abonde ; » Et pour ce doibt faire debuoir » De gaigner vng si noble auoir.
» Si tu me veulx bien ensuiuir » A ce poinct pourras aduenir.
» Âpprens bien, si feras que sage.
» Car ie t'ay dit jà tout l'vsage; » Au four tu le pourras bien veoir » Auquel doibt estre ton auoir :
» Faisant par vng certain atour, » De putréfaction le tour.
» Plus t'ay appris que de ces pars » Ton œuvre demeure en deux pars » De ce rien plus ne te diray » Iusques en toy veuë i'auray 9 Seruice pourquoy te le die; » Car aultrement feroy folie.
» Mais quand tu l'auras deseruy, » En briefs motz ie te I'auray dy; » Pource ne m'en demande plus ; » le n'ay que trop dit du surplus. »
Et quand i'eus entendu Nature
Que de parler plus n'auoit cure
Moult tendrement prins à plouref, Et dis : « Noble dame d'arroy, » Vueillez auoir pitié de moy » Ou iamais ne seray deliure » De ce qu'ay trouué en vng liure.
» Dites moy, Dame noble et bonne, » L'aduance, si ferez aumosne. ».
Lors respondit : « Plus n'en scauras, » Tant que desseruy tu l'auras. »
— « Hélas, dis-ie lors, Dame chiôre, » Vueillez moy dire la manière » Comment le pourroy desseruir; » Car à tousiours vous veulx seruir » Loyaument, sans ailleurs penser. » le ne vous puis recompenser * » Ne augmenter vostre richesse* » Seruice vous feray sans cesse, » Si me donnez tant noble auoir »» Que des vostres me recepuoir. »
Âdonc Nature respondit :
« Fils, tu sçay ce que ie t'ay dit; » Mais si me croy, d'ore en auant » Pourras bien estre plus sçauant. »
Pour ses ouurages 4ecktirer,
— « Dame, dis-ie, par Dieu des Cieui*,
» le voudrois bien e6tre cieulx
» Qui doibt seruir pour tel affaire,
» Tout son viuant, sans rien mefifeire :
» Vueillez »oy donc vos plaisirs dire,
» Car ie ne veulx rien contredire. »
Lors dit Nature : « Sans mesprendre,
» Beau fils, il te conuient apprendre
» A congnoistre les sept metaulx,
» Dont le Mercure est principaulx ;
» Leurs forces, leurs infirmité*
» Et variables quatitez.
» Après apprendre te ctoluient
» Dont soulphre, «el, et nuyte vient*
» De quoy nous te toisons aiemofe,
» Qui té fera raestier ênoore.
» Moult est le soulphre nécessaire,
» Et si te donra prou à faire.
» Sans sel ne peulx mettre en éthtl
>» Vtile chose pou* ton faict.
» D'huyle tu as meétëèr moult grttttt;
» Sans luy ne feras fatet flagrant.
» De ce te doy bien aouuenir
» S'à nostre œuure veulx patufcnir.
« Vng mot te diray, or l'entend, » De quoy tu seras bien content :
» Vng métal en vng seul yaissel * Te conuient mettre en vng tourne!.
» C'est Mercure que ie t'expose, » Et si n'y fault nulle aultre chose.
» Mais, pour l'abrègement de l'œuure, » De poinct en poinct te le descœuure.
» Or te vueil ie dire de l'or, » Qui des metaulx est le thresor, » Il est parfaict ; nul ne l'est plus » De ceulx que i'ay nommé dessus.
» La Lune l'est, et ne l'est mie; » De vray ie le te certifie.
» Il n'y a qu'vng métal au monde, » En qui nostre Mercure abonde, » Et si est en tous sept trouué; » Moult bien ay cecy esprouvé.
« L'or est chaud et sec par droicture; » La Lune est froide en sa nature ; » Saturnus est pesant et mol ; » En ce peult il ressembler Sol; » Plusieurs clers de parler ignel, a Le veulent nommer or mesel.
» Venus bien la Lune ressemble » En paix et en forger ensemble.
» Mercure froid et humide est;
» Tesmoing est lupin qui en naist.
» Mars est dur, et pesant, et froid ; » Des aultres tous c'est le conroit.
» Soit leur nature dure ou tendre, 9 II les conuient tous sept comprendre, » Comme les ay nommez dessus, » Et congnoistre bien leurs vertus :
» Et par ce poinct après feras » De Mercure ce que vouldras. »
— a Las, dy-ie, Dame, il sera faict.
» Dites moy l'aduance du faict, 9 Et comment pourray retraicter » Ce qu'ay veu en vostre vergier.
9 Car oncques mais puis que fus né, 9 le ne fus tant énamouré 9 De chose nulle de ce monde .
9 le croy que vertu y abonde : 9 le le tiens pour secret de Dieu, » Qui reuelé soit en ce lieu. »
Lors dit Nature : « Tu dis voir, 9 Et c'est du monde tout l'auoir ; 9 Car de ma fontaine prouient 9 Grand'richesse, d'où l'honneur vient » Au monde en diuerse manière.
» A plusieurs suis comme minière.
9 Et pource que tu es venu t Icy sans aulcun reuenu,
9 Et que tu as volonté bonne
» De labourer comme personne,
» Désirant bon-heur rencontrer,
» L'aduance ie te vueîl monstrer.
» Dit t'ay au chapitre notoire
» ( le ne sçay si en as mémoire),
» Qu'en deux parties gist ton œuure*
» Moy Nature le te descœuure.
» Fay ton soulphre penetratif
» Par feu deuenir attractif ;
» Et puis lui fay manger sa mère,
» T'auras accomply nostre a&rire.
» Mets la mere au ventre à Penfant,
» Qu'elle ha enfanté par-deuant ;
» Puis si sera et pere et fils,
» Tout parfaict de deux esperits
» Pour vray il n'en est aultre chose,
» Fors ce que cy ie t'en expose;
» Et si tu y veulx adiouster
» Chose estrange, ou administrer
» Soulphre, sel, huyle, n'aultre riens,
» Pour voir, ton faict ne vauldra riens.
» Car terre si ne peult porter
» Aultre fruict qu'on y veult semer.
» Créature faict créature
» Et beste, beste à sa nature;
» Ainsi est de toutes semences.
» Tiens ce propos de mes sciences.
» Beau fils, ne dy que ce soit gale :
» Il fault que tout monte et anale » Par vng chemin moult gralieox, » Moult plaisant et moult amoureux ; » La nostre eaue pure ordonnée (4) , » Tout ainsi va que la rosée.
» En l'air du Gel la fault monter, » Et puis doulcement aualer » Par vng tresamoureux sentier, » Lequel on doibt bien retraicter.
» En la descente qu'elle faict, » Enfante le soulphre parfaict; » Et si à ce poinct peulx venir, » Tu peulx bien dire sans mentir » Que d'or pourras avoir sur terre » Grande quantité sans meffaire.
» Car si toute la mer estoit » De métal, tel qu'on le vouldroit, » Cuyure, Argent vif, Plomb ou Estain, » Et tu en misses vng seul grain » Dessus, quand seroit eschauffée, » Il en soudroit vne fumée » Qui mentoit merueilleux arroy ;
0) Edition 1648 :
La voye i'ay preordormée Tout entement que de rosée.
» Et après se tiendrait tout coy ; » Et puis quand seroit appaisée » La fumée, et tout accoisée, » La Mer trouueroit plus fin or, » Que nul roy ayt en son thresor.
» Or vueil au propos retourner » Que deuant, pour bien gouuerner :
» Quand ton soulphre sera mangié, » Ton Mercure mortifié, » Tien le en prison quarante iours ; » Et puis tu verras tes amours ; » Et Dieu t'en laisse si bien faire, » Que Paradis puisses acquerre.
» Tu vois icy bien ordonnée » La prison que ie t'ay nommée ; » Par foy la te baille en figure.
» Or te souuienne de Nature, » Qui t'a voulu administrer » Si noble don, et reueler » La science tresadmirable » Et en ce monde vénérable.
» Àultrement ne peult eslre faicte » La pierre que ie t'ay retraicte. » Voy doncques bien les escriptures » De nos Hures, où par figures » Demonstrée est ceste science,
» Qui est la fleur de sapience :
» Vraye chose sans nulle fable, » Trescertaine et tresveritable.
» Le dessoubs si est tout semblable » À ce qui est dessus muable, » Pour perpétrer à la fin close » Miracle d'vne seule chose.
» Comme de seule chose furent, » Et par la pensée d'vng creurent » Toutes les choses que sont nées, » Si nos œuures sont d'vng créées.
» Le beau Soleil en est le pere, » Et la Lune la vraye mere ; » Le vent en son ventre le serre ; » Sa nourrice si est la terre ; » Le pere est du thresor du monde ; » Et grant secret icy se fonde :
» Sa force si est toute entière.
» Quand il retourne en terre arrière, » Sépare la terre du feu » Par engin et en propre lieu ;
* Et doulcement le gros despart » Du subtil, que tiendras à part.
» Lors montera de terre és cieulx,
* Et descendra deuant tes yeulx, » Receuant vertu souueraine
» Âuecq sa force terrienne.
» Ainsi paruiendras à grand 1 gloire,
» Par tout le monde ayant victoire ;
» C'est des forces toute la force.
» Là où maint se peine et efforce,
» Les subtiles choses vaincras
» Et les dures transperceras.
» Merueilles sont moult conuenables,
» Dont auons les raisons notables. »
Mon nom est Iehan la Fontaine.
Trauaillanl n'ay perdu ma peine; Car par le monde multiplie L'œuure d'or que i'ay accomplie En ma vie, par vérité, Grâces à Saincte Trinité, Qui de tous maux est medicine Vraye, et par effect la plus fine Qu'on peult en aulcune part querre, Soit en mer, soit en toute terre, Et du métal impur l'ordure Chasse, tant qu'en matière pure La rend : c'est en métal tresgent De l'espèce d'or ou d'argent.
L'œuure se faict par ce moyen ; Et si n'y fault nul autre engien ; Selon mon petit sentiment
Le trouue véritablement.
Pource veuil-ie nommer mon Hure,
Qui dit la matière, et deliure
L'artifice tant pretieux :
De la science tres-utile,
Descripte par mon petit stile.
Faict fut par amoureux seruage Lorsque n'estoye ieune d'aage En Tan mil quatre cent et treze, Que i'auoye d'ans deux fois seize.
Comply fut au mois de Ianuier, En la ville de Montpelier.