I.A l'ONTAINE KrONOMIb'IK
Mais le hesûln passé, l'on ne se souvient i^uère De ce qu'on a promis aux cieux. (IX, 13.)
Mais ce dont Dieu ne dispense pus l'homme, c'est le travail :
Il faut que l'homme retourne la terre ; il faut qu'il sème, qu'il surveille et qu'il récolte ; il lui faudra porter le blé au moulin et, avant ceki encore, il lui aura fallu forger la charrue, tailler la meule, construire le moulin :
Aide-loi, le ciel t'aidera. (YI, 18.)
Le travail, voilà la première source de la richesse pour l'homme.
Avant qu'Adam Smith, l'aïeul des économistes modernes, eût rapporté toute richesse au travail (bien plus vrai, en cela, que nos physiocrates qui rapportaient toute richesse à la terre), La Fontaine avait buriné la loi économique du travail sur ses tables impérissables ;
« Travaillez, prenez de la peine;
20 LA l'ONTAIX,'' Kl'OXOMI.STE.
« C'esî le fonds qiii manque k' moins... « fiardez-vous, mes enfants, de vendre l'Iiéritaîio « Que nous ont laissé nos parents :
« Un trésor est caché dedans.
« Je ne sais pas l'endroil, mais un peu de courage « Vous le fera trouver : vous en viendrez ;\ bout. « Remuez votre champ, dès qu'on aura fait l'oùt; « Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place « Où la main ne passe et repasse. »
Le père mort, les fils vont retourner le champ, Deçà, deH, partout; si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché ; mais le père fui sage De leur montrer avant sa mort Que le travail est un trésor. (V, 9.)
Yoici encore une belle application cla travail
Quatre chercheurs de nouveaux mondes, Presque nus, échappés à la fureur des ondes, Un trafiquant, un noble, un [)àtre, un fils de roi,
Réduits au sort de Bélisaire,
Demandaient aux passants de quoi
Pouvoir soulager leur misère...
Ils s'assirent enfin au bord d'une fontaine : Là, le conseil se tint entre les pauvres gens, Le prince s'étendit sur le malheur des grands.
LA l-ONTAINK KCUNOMI^Ti:. "21
Le pâtre fut, d'avis ([u'rloigiiaiil la ponscc
De leur avenlurc passée, Chacun fit de son mieux et s'appliquât au soin De pourvoir au commun besoin.
« La plainte, ajouta-t-il, t!;uérit-eile son homme? « Travaillons: c'est de quoi nous mener jusqu'à llomc. »
A ces mots, le p;\lre s'en va Dans un bois : il y fil des fagots dont la vente, Pendant celle journée et pendant la suivante, Empêcha qu'un long jeûne à la fin ne fit tant Qu'ils allassent là-bas exercer leur talent.
Je conclus de celle a\enture Ou'il ne faut pas tant d'art pour cor server ses jours ;
Et, grâce aux dons de la nature, La main est le plus suret le plus prompt secours. (X, 16.)
Mais La Fontaine ne nou.s conseille pas seulement un travail intéressé, égoïste : il enseigne aussi qu'il faut travailler pour autrui (XI, 8) :
Un octogénaire plantait.
Passe cncor de bâtir!
« Mais, au nom des Dieux, je vous prie, « Quel fruit de ce labeur pou\ez-vous recueillir?...