‹ La Fontaine économisteChapitre 5 sur 8 · I..V l'ONTAlNK KCONUMISTK. -.t · texte numérisé non relu

I..V l'ONTAlNK KCONUMISTK. -.t

les nations; travaillons, pour rendre la liberté à notre sol national !

Les économistes considèrent la division des tâches, la division du travail., connne un moyen de multiplier la puissance des efforts. Dans un atelier bien organisé, chaque ouvrier remplit un rôle spécial dans lequel il arrive à être d'autant plus habile, plus prompt et plus exact qu'il n'en détourne pas son application. Dans la nation tout entière, la diversité des professions n'est autre chose qu'une grande division du travail.

La Fontaine n'a pas négligé ce phénomène qui se produit spontanément dans les sociétés : il le montre dans Le lion s'en allant en guerre (V. 19) :

Le lion dans sa [v[c a^ail uik^ entreprise : Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts,

Fil avertir les animaux.

Tous furent du dessein, chacun selon sa i^'uisc.

L'éléphant devait, sur son dos,

Porter l'atlirail néccssaiic

2i LA FONTAINE KCOXOMI.STK.

El combalire à son ordinaire,

L'ours s'apprêter pour las assauts, Le renard inéna.ser de secrètes pratiques, Et le singe amuser l'ennemi par ses tours. n Renvoyez, dit quelqu'un, les ânes qui sont lourds, « Et les lièvres sujets à des terreurs paniques. » — a Point du tout, dit le roi, je les veux employer : « Notre troupe sans eux ne serait pas complète. « L'âne eiïraicra les gens, nous servant de trompette, (( El le lièvre pourra nous servir de courrier. »

Rcpub'ique prudente et sage De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,

Et connaît les divers talents.

Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.

nuancl les économistes aralysent le travail en lui-même, ils aiment à faire remarquer que tout travail, appliqué aux choses, nécessite le mouvement et l'eflort (c'est pourquoi; sans doute, il y a tant de paresseux). Or, ce mouvement, cet effort, tend à séparer, à rapprocher, à combiner.

Le laboureur sépare avec la charrue, il rapproche quand il sème, il sépare encore quand il récolte.

LA 1-ONTAINE l'xONOMISTE. 25

Le bûcheron, le carrier, le tailleur de pierres séparent; le maçon, le charpentier rapprochent ; celui qui fait nos tissus sopare, rapproche et combine ; Q.çx\^ci^\{^)\u\(\Q\\i nos boissons combinent (quelfjues-uns disent qu'ils combinent beaucoup trop savamment !)

Pour tous ces travaux riiommc se sert Coutils qui sont des engins simples, ou de machines qui sont des engins articulés.

Les animaux ne se servent pas d'outils.

Voilà, au pointdevue économique, une grande différence entre eux et l'homme.

Les organes, les sens et les instruments naturels des animaux sont assez puissants pour leurs besoins : leurs yeux et leur odorat les guident vers leur proie ou leur pâture; leurs griffes et leurs dents leur suffisent pour saisir, diviser et broyer leur subsistance; elles leur servent aussi à se défendre, quelquefois même à attaquer; quant à combiner la matière, les animaux s'en

-0 LA l'ONTAlXE KOÛXOMISTE.

abstiennent : c'est un raffinement (ju'ils ne connaissent pas.

L'homme, au contraire, est si faillie dans ses sens et si débile dans ses organes qu'il en multiplie la puissance par l'outil, et il se fabrique lui-même ces nouveaux instruments de travail :

Le marteau est l'auxiliaire du poing,

La scie, la serpe et le couteau sont les auxiliaires de ses ongles et de ses dents fragiles, . La pince et la tenaille suppléent à la faiblesse de ses doigts et de ses débiles mains,

Le soufflet seconde ses faibles poumons,

La lunette porte sa vue à des milliers, à des millions de lieues !

Nul n'a osé contester la légitimité de Voittil; mais les machines ont été souvent brisées, elles ont été maudites par ceux-là même dont elles tendaient à diminuer les fatigues, tout en centuplant la puissance de leurs efforts.

Si nos ouvriers eussent été tant soit peu économistes , ils auraient compris que les machines

LA FONTAIXK KCONOMI^TR. 27

multiplient les besoins, en multipliant les satisfactions, et par conséquent,, ouvrent de nouvelles sphères à leur travail.

Les femmes ont été plus sages, et elles n'ont pas, que je sache, brisé les machines à coudre qui semblaient devoir les condamner à un repos forcé, les priver d'un honorable travail. C'est que lu machine, comme outil articulé, est encore un précieux auxiliaire de la production. Elle remplace, par son jeu merveilleux, le jeu plus merveilleux encore des membres du travailleur : elle supplée la main agile de Touvrière, le bras puissant du forgeron^ le corps tout entier de l'homme de peine; que dis-je! elle remplace le cheval, et il y a des machines de iOO, de 1,000 chevaux!

Les animaux de La Fontaine ne sont pas des animaux de convention ; ce sont de vraies créatures naturelles, les seules que pouvait mettre en scène un observateur fidèle comme noire poëte : ils ne font pas usage d'outils.

Ouindleroi des niiirnaux voulut alleren chasse,

28 LA FONTAINE KCOXOMISTE.

Il se servit du ministère De l'àne h la voix de Slentor.

L'âne à nfiosser lion fit office de cor. (IX, 19.)

J)aï\sk Lion et le Rat {U, 11), Rongemaille divise avec SCS petites dents l'énorme filet qui tient le lion captif ;

Sire rat accourut et fit tant par ses dent:i Qu'une maille ronijée emporta tout l'ouvrage (1).

Quand Bertrand abuse de la bonhomie de Raton, c'est avec sa patte agile que celui ci tire les marrons du feu, et non avec les pincettes de l'animal qu'on appelle homme :

.... Raton avec sa patte, D'une manière délicate, Écarte un peu la cend.e et retire les doigts,

Puis les reporte à plusieurs fois, Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque ; Et cependant Bertrand les croque. (IX, 15.)

Les rats de La Fontaine n'ont pas imaginé de

(l) V. deux autres exemples; VIII, 22; XII, !">,

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dévaliser les gens avec des paniers à leiii' usage. C'est X l'occasion de sa vigoureuse sortie contre Descartes que La Fontaine, voulant démontrer Yesprit des bètes, raconte comment fut emporté l'œuf que deux rats avaienttrouvé (X, 1) :

Deux rats chercliaient leur vie, ils trouvèrent un œuf.

Le dîner suffisait à gens de cette espèce :

Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.

Pleins d'appétit et d'allégresse, Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part; Quand un (/h/J«/u parut : c'était maître Renard ;

Rencontre incommode et fâcheuse :

Car comment sauver l'œuf? Le bien empaqueter, Puis des pieds de devant ensemble le porter,

Ou le rouler, ou le traîner :

C'était chose impossible autant que hasardeuse.

Nécessité l'ingénieuse

Leur fournit une invention.

Comme ils pouvaient gagner leur habitat. on, L'écornifleur étant à demi-quart de lieue, L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras, Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas^,

L'autre le traîna par la queue.

Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,

Que les bêtes n'ont point d'esprit!

30 LA. FONTAINE KCONO.MISTK.

En cherchant bien, cependant, j'ai découvert que La Fontaine n'avait pas complètement banni les outils des mains des animaux : cinq fois il leur a accordé cette licence ; mais encore ne sont-ce que des instruments empruntés à la nature, et l'usage n'en est pas souvent heureux, soit pour autrui, soit pour eux-mêmes.

L'ours avait fait société avec un vieillard amateur des jardins. Vous savez quel usage l'ours fit d'un pavé (YIII, 10} :

Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme, Sur son nez une mouche, en allant se placer, Mit l'ours au désespoir; il eut beau la chasser : « Je t'attraperai bien, dit-il, et voici comme : » Aussitôt fait que dit *. ce fidèle émouclieur Vous empoigne un pavé, le lance avec raideur, Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche, Et, non moins bon arciier que mauvais raisonneur, Roide mort étendu sur la place il le couche.

J'ose à peine citer le singulier outil dont se servit un aigle pour briser l'écaillé d'une tortue : c'était le crâne d'Eschyle :

LA l'ONTAINK HCOXOMISTn. Ç^ |

Quelque dovin lo niiMUir'i, dit-on,

Do !;i chuto d'uno maison;

Aussilùl il (juitla la villo, Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous lescimix. Un aigle qui portait en l'air une lorlue l'assa par là, vit l'homm'% ot sur la t(He nue Qui parut un morceau de rocher à ses yeux,

Étant de cheveux dépourvue, l.aissa tomber sa proie, afin de la casser : Lt pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer. (VIII, IG.;

Mais l'exemple le plus joli est celui de la tortue et des deux canards (X, 3) :

Une tortue était, à la tôto légère, Qui, lasso de son trou, voulut voir du pays. Volontiers on fait cas d'uno terre étrangère ; Volontiers gens boiteux haïssent le logis.

Deux canards, à qui la commère

Communiqua ce beau dessein, Lui dirent qu'ils avaient.de quoi la satisfaire... Marché fait, les oiseaux forgent une machine,

Pour transporter la pèlerine.

Dans la gueule, en travers, on lui passe un bàtoii. « Serrez bien, dirent-ils; gardez de lâcher prise. » Puis chaque canard prend ce bâton par un bout.

32 lA FONTAINE KCONOMISTË.

La tortue enlevée, on s'étonne partout

De voir aller en cette guise

L'animal lent et sa maison, Justement au milieu de l'un et l'autre oison. « Miracle! criait-on, venez voir dans les nues

« Passer la reine des lortues.

— « La reine ! vraiment, oui ; je la suis en effet; « Ne vous en moquez point. » Elle eut beaucoup mieux De passer son chemin sans dire aucune chose. [fait

Après la maladresse, c'est la méchanceté. Xa grenouille invite le rat à la venir voir chez elle ;

Elle allègue surtout les délices du bain : Messire rat promet soudain ; Un point sans plus tenait le galant empêché : Il nageait quelque peu, mais il fallait de l'aide. La grenouille à cela trouve un très-bon remède : Le rat fut à son pied par la patte attaché ;

Un brin de jonc en fit l'affaire.

Dans le marais entrés, notre bonne commère S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau, Contre le droit des gens, contre la foi jurée.... IV, 11.)

On sait comment, grâce au lien, le milan enleva du même coup le galant et la baigneuse.

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Une fois, au moins, dans un bon sentiment, un animal emprunte un semblable auxiliaire; mais aussi est-ce avec un plein succès. C'est la charmante coloml)e qui jette un jjrin d'herbe à la fourmi qui se noie (II, 12) :

Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe, Quand sur l'eau se penchant une fourmis y tombe, Et dans cet océan on eût vu la fourmis S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive ; Lu colombe aussitôt usa de charité :

Vn brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté, Ce fut un promontoire où la fourmis arrive.

La Fontaine ne prétend pas que le travail manuel soit le plus fécond; il ne le sépare pas de la science. Les amis de l'instruction, ai-je dit, peuvent le compter parmi eux.

Il admet des classes dirigeantes^ mais c'est à la condition qu'elles seront le plus éclairées. Il donne un bon conseil aux peuples sous l'allégorie de La têle et la queue du serpent (VII, 17) :

La tète avait toujours marché devant la (jueue;

31 LA FOXTAIXF. KCOXO^ri-Tr:.

La queue au ciel se p]aiQ;nil

Kt lui dit :

« Je fais mainte et mainte lieue « Gomme il plaît à celle-ci ; « Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi? « Je suis son humble servante.

« On m'a faite, Dieu merci,

« Sa sœur ci ncm sa suivante

« Qu'on me laisse précéder, « A mon tour, ma sœur la tèle :

« Je la conduirai si bien « Qu'on ne se plaindra de rien. »

Le ciel eut pour ces vœux une bonté cruelle. Souvent sa complaisance a de méchants effets. 11 devrait être sourd aux aveugles souhaits. Il ne le fut pas lors, et la guide nouvelle Qui ne voyait, au grand jour, Pas plus clair que dans un four.

Donnait tantôt contre un marbre, Contre un passant, contre un arbre :

Droit aux ondes du Slix elle mena sa sœur.

Malheureux les États tombés dans cette erreur!

Mais ce n'est pas à dire que, pour La Fontaine, l'instruction doive, par droit de naissance, être le privilège d'un petit nombre :

I,A FONTAINK KC0:>OMlSTi:. 35

On no suit i)as toujours ses ayciix ni eon père:

Lo pou (lo soins, le temps, tout fait qu'on dôgcnèrp,

Faulc de culti\er la nature et ses dons.

Oh ! combien de Césars deviendront Laridons!(VIII,2i.)

Vous n'avez [las ou])lié ces quatre naufragés (X, IG} :

Un trafiquant, un noble, un pùlre, un fils de Roi ; L'un, c'était le maicliand, savait l'aritlimélique : « A tant par mois, nit-il, j'en donnerai leçon »

Combien de nos compatriotes exilés par les révolutions, combien de nos industriels ruinés par la guerre, sont heureux de cette précieuse ressource que donne l'instruction !

C'est surtout dans la fable si mal à propos tronquée par J.-B, Say, que La Fontaine fait vessortivV Avanfags de la science (YIll, 19) ; je ne vous en rappellerai que la fin :

Mars détruisit le lieu que nos i;ens habitaient : L'un et l'autre (juitla la ville.

L'igi.orant resta sans asile; 11 reçut partout des mépris.

36 LA I-'ONTAINE ÉCONOMISTE.

L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle. Ceci décida leur querelle.

Laissez dire les sols : le savoir a son prix.

La Fontaine a oublié seulement de nous dire s'il voulait l'instruction laïque, gratuite et obligatoire!

Le travail, éclairé par l'instruction, étant accepté comme premier instrument de la production des richesses, les économistes en rencontrent deux autres instruments qui ne sont pas moins nécessaires, mais qui sont l'objet des plus vives disputes.

Trop heureux serions-nous si elles restaient toujours dans le domaine de la controverse scientifique et spéculative.

Je \eux parler de la Propriété de la terre et du Capital.

L'homme peut il s'approprier la terre, ou doitelle rester commune, comme l'air, l'eau des fleuves et la chaleur du soleil?

La belette va parler comme nos socialistes mo-

LA KONTAINK KC'ONOMISTE. 37

dernes, clans Le chat, la bclcKc cl le pclii lapai (VH, Kl) :

Du palais d'un jeune lapin

Dame belette, un beau matin,

S'empara : c'est une rusée :

Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée. Elle porta chez lui ses pénates, un jour Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour,

Parmi le thym et la rosée.

Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours, Jeannot lapin retourne aux souterrains séjours. La belette avait mis le nez à la fenêtre. « 0 Dieux hospitaliers! que vois-je ici paraître? » Dit l'animal chassé du paternel logis.

« Holà! madame la belette,

« Que l'on déloge sans trompette, « Ou je vais avertir tous les rats du pays. » La dame au nez pointu répondit que la terre

Était au premier occupant.

C'était un beau sujet de guerre Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'eh rampant!

« Et quand ce serait un royaume, « Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi

« En a pour toujours fait l'octroi e A Jean, Gis ou neveu de Pierre ou de Guillaume,

« Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi... »

38 I-A FONTAINE KCONOMISIK.

Jean lapin allégua la Coutume el l'Usage : « Ce sont, dlt-ii, leurs lois qui m'ont de ce logis « Rendu maître et seigneur, et qui, de père en fils, « L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. « Le premier occupant est-ce une loi plus sage? »

Entre nous, Jean lapin aurait pu raisonner plus serré, comme on dit au palais, il avait sur dame belette deux avantages : avant elle, il était le premier occupant, de plus il avait incorporé son travail au terrier. II y avait mis ses peines. 11 ne tenait d'ailleurs qu'à la belette d'en creuser un autre à sa guise. J'en dirai autant à nos partageiix : tant que la terre de l'ancien et du nouveau monde ne sera pas partout occupée, le débat sera prématuré, et je propose de passer à r ordre du jour sur la question.

Le Capital serait moins attaqué, ou mieux, il serait plus souvent honoré, si ceux qui l'appellent tyran comprenaient qu'il est le fruit du travail, lentement épargné, qu'il représente le labeur de longues années, souvent de plusieurs générations.

LA l'-ONTAlNK KCONOMISTK. 3Î)

Le capital du sauvage est son arc, ses llèches, quelques peaux de hôtes ; le capilal du laboureur, c'est sa charrue, quelques bœufs, des meubles grossiers, et les semences réservées pour Tannée suivante; le capital du savant, ce sont ses livres et son savoir. On n'a jamais trouvé ces capitaux usurpés, illégitimes.

Pourquoi celui du banquier, du commerçant, du rentier, qui ont la même origine, le travail, seraient- ils moins respectés?

La Fontaine n'a pas eu à défendre le capital, qu'on n'attaquait guère de son temps; mais il a bien fait comprendre qu'il vient du travail et de l'épargne, et qu'il est destiné à féconder un nouveau travail; aussi, il loue l'épargne qui produit les capitaux, et il condamne l'avarice qui les stérilise.

Chez lui, si la fourmi n'est pas le modèle de la fraternité obligeante, elle est celui de l'épargne : Elle dit à la mouche parasite (IV, 3j :

it (Juand vous mourrez de faim,

-iO L.\ FONTAINE KCOXOMISTK.

M De fioid, de langueur, de misère, « Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère, « Alors, je jouirai du fruit de mes travaux :

« Je n'irai, par monts, ni par vaux,

« ^l'exposer au vent, h la pluie ;

« Je vivrai sans mélancolie :

« Le soin que j'aurai pris de soins m'exemptera.

« Je vous enseignerai par- là V. Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire. « Adieu; je perds mon temps; laissez-moi travailler : « Ni mon grenier, ni mon armoire,

« Ne se remplit à babiller. »

La fonction du capital dans l'industrie agricole est admirablement présentée dans la Laitière et le pot au lait (YIl, 10^. La fortune de Perrette, ainsi conduite, fut devenue rapidement assez rondelette, sans le malencontreux accident de la fin :

Notre laitière, ainsi troussée,

Comptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employait l'argent, Achetait un cent d'œufs, faisait triple couvée : La chose allait à bien, par son soin diligent.

LA FONTAIXK l':('()\(»MISTK. -il

« H m'rsl, (lis;iil-ollo, facilo « D'élover des poiileU autour de ma maison;

« Le renard sera bien habile « S'il ne m'en iai-;se assez pour avoir un cochon. « Le porc à s'engraisser coûtera peu do son; « Il était, quand jo l'eus, de grosseur raisonnable : « J'aurai, le revendant, do l'argent bel et bon. « Et qui m'empêchera de mettre en notre élable, « Vu le prix dont il est, une vache et son veau « Que je verrai sauter au milieu du troupeau? » Perrette, là-dessus, saute aussi, transportée : Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée !...

Mais La Fontaine ne confond pas l'épargne avec l'avarice ; il est impitoyable pour les avares ; il y revient souvent, car l'avarice était son moindre défaut.

L'économiste et le philosophe souscriront également à ces propositions que jo trouve dans r Avare qui a perdu son trésor (IV, 20) ;

L'usage seulement fait la possession

Un malheureux attendait, Pour jouir de son bien, une seconde vie, Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait!...

42 LA FONTAINE KCONOMISTK.

« Puisque vous ne louchiez jamais à cel argent, « Mêliez une pierre à la place :

« Elle vous vaudra tout autant. »

Et ailleurs .

L'avare rarement finit ses jours sans pleurs. Il a la moindre part au trésor qu'il enserre,

Thésaurisant pour les voleurs, ;

Pour ses parents ou pour la terre. (IX, 15.)

L'avarice est compa2;ne et sœur de l'ignorance. (X, 5.)

Les économistes ont toujours attaché une grande importance à la notion exacte de la Valeur. D'accord, en cela, avec Aristote(i), ils ne considèrent dans les choses que deux qualités économiques : celle de servir directement à nos besoins, celle de pouvoir être échangées contre d'autres choses qui nous manquent; ils disent volontiers, des premières, qu'elles ont une i;«/eMr en usage, des autres, qu'elles ont une valeur en échange.

(l) Politique, I, m, H.

La l'on ta i ne les a merveilleusement devancés, et ils n'en seront pas jaloux :

Quand les biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles.

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