CHAPITRE m
L'ESPRIT DES BÊTES
La Fontaine voulait donc nous amuser d'abord. Mais il avait un autre dessein encore, et celui-là * je vous Tai dit : exprimer le grand amour qu'il avait au cœur pour les petits et les faibles. Son . goût même pour les botes vient de là. Quand vous rencontrerez un homme ou un enfant qui n'aime pas les animaux, qui les maltraite et les fait souffrir, ne l'aimez pas lui-même, c'est un mauvais cœur.
La Fontaine aimait véritablement ces frères inférieurs de l'homme. Il aurait dit, comme saint François d'Assise aux oiseaux babillards qui l'empêchaient de se faire entendre de ses élèves : «Sœurs hirondelles, ne pourriez- vous vous taire ? »
Dans le temps où vivait notre poète, on avait un grand mépris pour les animaux. On croyait qu'ils étaient de simples machines, comme des horloges ou des tournebroches. La Fontaine se fâchait presque quand il entendait exprimer ces idées-là,
et, par de nombreux exemples montrant tout Tésprit qu'ont certaines bêtes, et leur prêtant un peu du sien, il prouvait qu'il en est qui ne sont pas loin de nous valoir, et il s' écriait, vraiment heureux de le avoir peintes si intelligentes ou industrieuses :
Qm'ow m^ aille soutenir y après un tel récit ^
Que les bêtes n'ont point d* esprit I
Cette moralité s'applique à une des plus jolies fables, intitulée :