LES DEUX RATS, LE RENARD ET L ŒUF
Deux rats cherchaient leur vie ; ils trouvèrent un œuf.
Le dîner suffisait à gens de cette espèce :
Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.
Pleins d'appétit et d'allégresse, Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part, Quand un quidam (1) parut : c'était maître renard ;
Rencontre incommode et fâcheuse :
Car comment sauver l'œuf? Le bien empaqueter, Puis des pieds de devant ensemble le porter ;
Ou le rouler, ou le traîner, C'était chose impossible autant que hasardeuse.
Nécessité l'ingénieuse
il) Quidam^ un inconnu dont on ignore U nom.
L'ESPRIT DES BÊTES. 71
Leur fournit ntie invention.
Comme ils pouvaient gagner leur habitation, L'écornîfleur (1) étant à demi-quart de lieue, L*an se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras ; Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas.
L'autre le traîna par la queue.
Qu'on m'aille soutenir, après, un tel récit^
Que les bêtes n'ont point d'esprit I
Le cbat-huant est encore une bête très philosophe, et qui en remontrerait à de bien savants hommes. La Fontaine en a connu un (car la chose, ainsi qu'il nous en prévient, n'est point une fable et est véritablement arrivée,) qui a su se faire une étable ou un vivier, à son usage, comme un bon propriétaire campagnard, économe et prévoyant.