NE PAS JUGER LES GENS SUR LA MINE
Il faut savoir distinguer le faux ami du véritable, ne se pas rapporter au dehors, à Tapparence agréable, séduisante ou flatteuse. Nous sommes tous de petites souris que guette le chat. Le chat est très plaisant et doux à regarder. Il rentre ses griffes. 11 faut savoir les deviner sous le velours de la patte.
(1) 8'éjouit, se réjouit.
C'est ce qu'enseigne la souris expérimentée If son petit, au jeune souriceau étourdi et confiant.
LB OOOHST, LB CHAT ET LB âOUBIOBAU.
Un souriceaa (1) tout jeune, et qui n'avait rien vu, Fut presque pris au dépourvu.
Voici comme il conta l'aventure à sa mère :
« J'avais franchi les monts qui bornent cet Etat, Et trottais comme un jeune rat Qui cherche à se donner carrière,
Lorsque deux animaux m'ont arrêté les yeux :
L'un doux, bénin et gracieux,
Et l'autre turbulent et plein d'inquiétude ; B a la voix perçante et rude, Sur la tête un morceau de chair (2),
Une sorte de bras (3), dont il s'élève en l'air Comme pour prendre sa volée, La queue en panache étalée. »
Or, c'était un cochet (4) dont notre souriceau Fit à sa mère le tableau
Comme d'un animal venu de l'Amérique.
U se battait, dit-il, les flancs avec ses bras. Faisant tel bruit et tel fracas,
Que moi, qui grâce aux dieux de courage me pique,
(\) Souriceau, jeune souris.
(2) La crête.
(3) Les >ailes» à Taide desquelles**»
(4) Cochet, jeune coq.
LA MORALE DE L A FONTAINE. l»
En aî pris la fuite de peur,
Le maudissant de très bon cœur.
Sans lui j'aurais fait connaissance Avec cet animal qui m'a semblé si doux :
Il est velouté comme nous, Marqueté^ longue queue, une humble contenance, Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant.
Je le crois fort sympathisant Avec Messieurs les rats, car il a des oreilles
En figure aux nôtres pareilles.
Je Fallais aborder, quand d'un son plein d'éclat
L'autre m'a fairprendre la fuite.
— Mon fils, dit la souris, ce doucet est un chat^
Qui, sous son minois hypocrite.
Contre toute ta parenté
D'un malin vouloir est porté.
L'autre animal, tout au contraire^
Bien éloigné de nous mal faire.
Servira quelque jour peut-être à nos repas.
Quant au chat, c'est sur nous qu'il fonde sa cuisine.
Garde-toi, tant que tu vivras,
De juger des gens sur la mine.