‹ La FontaineChapitre 51 sur 69 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

INSOLENCE Et FAIBLESSE DES GRANDS. - ILS ONT BESOIN DES PETITS.

Rien ne vaut mieux qu'instruire les petits sur leurs devoirs et leurs intérêts ; mais c'est une mission, non pas plus haute, mais plus touchante et plus aimable, de les consoler, de leur faire aimer leur pauvreté et leur respectable bassesse, de leur montrer qu'à cette condition du devoir accompli, leur destinée est douce encore, et, qui sait? plus heureuse peut-être, plus paisible à coup sûr, que celle de ces grandes puissances que nous regardons de si bas.

C'est ce qu'a fait cent fois La Fontaine avec une complaisance très marquée, un souci de relever le courage et de guérir les blessures, qui est pour nous attendrir et nous remplir de reconnaissance à son égard. Il n'est pas tendre pour les hauts et puissants seigneurs. Il nous montre leur vanité, leur dureté, leur égoïsme > mais il aime

surtout à nous montrer leur sottise. Non pas qu'il leur en veuille : il n'a de rancune contre personne ; mais parce que c'est là un moyen de consoler un peu ses chers clients, les petits^ dont c'est la revanche légitime de découvrir le point faible de leurs maîtres, et d'en rire à petit bruit. Il nous montre surtout la faiblesse réelle de ces puissants si fiers, les dangers de leurs grandeurs et* la profondeur de leurs chutes. C'est le chône^ géant orgueilleux, qui est brisé par l'ouragan, tandis que le roseau, faible et humble, plie sous le Vent et ne rompt pas.

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