‹ La FontaineChapitre 53 sur 69 · INSOL£N€£ ET FAIBLESSE DES GRANDS · texte numérisé non relu

INSOL£N€£ ET FAIBLESSE DES GRANDS

Mais TOUS naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent.

La nature envers vous me semble bien injuste. — Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci :

Les venis me sont moins qu'à vous redoutabloi^ ; Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

Contre leurs coups épouvantables •

Bésisté sans courber le dos ; Mais atte*hdons la fin. > Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs (1). ^ L'arbre tient bon ; le roseau plie.

Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine.

Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts (2).

C'est le lion qui mugit impuissant, et succombe sous les piqûres du moucheron insaisissable ; mais que le moucheron ne s'enivre pas de sa victoire: lui-même rencontre la toile d'une araignée et y expire !

(1) C'est-à-dire le plus terrible vent qui soit jamais venu du Nord.

(2) Le séjour des morts se trouvait, d'après les anciens, dans rintérieur de la terre.

LS LIOK BT LE MOUCHERON.

I Ya-t'en, chétif insecte, excrément de la terre ! ^

C'est en ces mots que le lion

Parlait an, jour au moucheron.

L'autre lui déclara la guerre.

€ Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi

Me fasse peur ni me soucie ?

Un bœuf est plus puissant que toi ;

Je le mène à ma fantaisie. >

A peine il achevait ces mots,

Que lui-même il sonna la charge,

Fut le trompette et le héros.

Dans l'abord il se met au large ;

Puis prend son temps, fond sur le cou

Du lion, qu'il rend presque fou.

Le quadrupède écume, et son œil étincelle ;

II rugit. On se cache, on tremble à l'environ ;

Et cette alarme universelle Est l'ouvrage d'un moucheron.

Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle : Tantôt pique l'échiné, et tantôt le museau, Tantôt entre au fond du naseau.

La rage alors se trouve à son faîte montée.

L'irfvisible ennemi triomphe, et rit de voir Qu'il n'est griffre ni dent en la bête irritée Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir. Le malheureux lion se déchire lui-même, Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs,

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