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DE VULPE ET ÇORVO

Vulpe gerente famem, corvum gerit arbor, et escam

Ore gerens corvus, vulpe loquente silet : .

Corve décore decens, cygnum candore perœquas,

Si canîu placeas, plus ave quaque places.

Crédit avis, pictœque placent preludia linguœ

Dum canit ut placeat, caseus ore cadit; Hoc fruitur vulpes ; insurgunt taedia corvo ;

Asperat in modico damna dolore pudor.

Fellitum patitur risum, quem mellit inanis

Gloria : vera parit tœdia falsushonor.

Il est facile, de relever les traits de mauvais goût de cette fable; ces jeux de mots, que l'on eût dû éviter, s'ils eussent été naturels, et que l'on recherche alors qu'ils sont forcés et contraires à la langue : gerente famem, gerit arbor ^ ces répétitions de placeas ^ placens^ placent^ placeat ^ ce fellitum ^ opposé à mellit y ce pictœ

114 FABLES LÂTTNES DU MOTBN ÂGE.

Hngiiœ , à peine intelligible , si toatefois il ne faut pas lire fictœ; tout cela est détestable, mais la fable a un air de rapidité et de subtilité qui devait plaire aux écoliers des UiQiversités du moyen âge, et elle renferme deux traits assez beaux, le premier surtout, plein de sens et de précision : mperat in modico damna dolore pudof^ et le dernier, x>era parit tœdiw falsus honor, où du moins l'antithèse a de la justes^ et de la force. M. Robert cite , d'un Anglais du iiie siècle, Alexandre Neckana , six autres fables plus naturelles et moins spirituelles que celles de l'anonyme, et quatre, beaucoup plus barbares, incorrectes et inintelligiHes d'un autre anonyme, toutes également en distiques et qu'il est inu* tile de rapporter.

100. A côté de ces poèmes, issus des écoles et des couvents, et qui reproduisent, en les altérant plus ou moins, les fables d'Esope et de Phèdre, de Babrius et d'Avianus, il s'est formé au moyen âge un grand poème rappelant les contes suivis des Indes et les longs romans de chevalerie, et dont les animaux sont les héros. Nous voulons parler du fameux roman de Renart, sur lequel nous nous étendrons en parlant des fabuli^es français, mais qui doit aussi trouver ici sa place parce qu'il a été aussi écrit en latin; Avant le poème français avait paru, au xn« siècle, un vieux poème latin de 688 vers, intitulé Isengrinus et contenant deux récits dont l'auteur inconnu semble avoir été flamand. Bientôt après, ces aventures furent étendues et amplifiées dans un poème latin Renardus de 6000 vers élégiaques, composé aussi en Flandre et ptiblié par M. Mone, en 1832. L'auteur y fait preuve d'un grand talent, surtout si l'on se reporte à cette époque; le style et le langage en sont

corrects et d'un goût assez sévère; il y a de l'esprit, de l'imagination et de l'intérêt.

Voici rénumération des animaux qui nenneht visiter le lion malade.

Gontigit arreptam forti languore leonem

Nec refîei somno née potuisse cibo.

Nomen ei Rufanus erat, matrisque Suevœ ;

Et patris Ungarici filias ipse fuît. Quisqae sui generis princeps accitus ad aulam ,

Berfridus capris, Grimmo tribunus apris, Rearidus cervis, et Bruno prseditus ursis,

Carcophas asinîs dux sobolesque dacis, Vervecum Joseph, tuqve, Isengiine, luporum,

Eeinardns rector stirpis honorque sufie JBertiUaua super capreas, et Gutero.velox

Dux leporum ; hos proceres r^ia cbarta jubet , Ut saltem, si nuUa malum medîcipa levaret,

Officium pietas exsequiale daret Rex quoque disposito prœcidere jurgia regno

Cogitât uxorî pignoribusque dari.

Regia turmatim petitur *domus : hostis ab hoste

Securus veriîens et rediturus erat.

Regius edicto mandaverat horror ubîque ,

Paeem sub capitum conditione datam.

Sans doute, ce n'est point là un latin classique; on peut relever des vers léonins, des infinitifs emjpioyés comme des substantifs, des mots abstraits ou détournés -de leurs sens, des alliances étranges, /or^? languore, tribunus apris, prœditus ursiÈ, super capreas , regia charte, cogùatdari, jus prœcidere jurgia. Mais. deux choses nous frappent dans ce fragment^ c'est la précis-

Ii6 FABLES LATINES DU MOYEN AGE.

sion et la facilité des premiers vers et la peinture des usages et des institutions de cette époque , si toutefois nous comprenons bien la seconde partie, un peu obscure. « Une charte royale appelle tous les vassaux, pour que si la médecine ne peut soulager le roi , leur piété lui rende les devoirs funèbres. Le roi songe aussi à disposer de son trône et à faire passer à son épouse et à ses fils le droit de vider les procès. La demeure royale est assiégée par la foule ; tout ennemi doit venir et s'en retourner garanti contre son ennemi, la crainte du roi avait partout imposé la paix sous peine de la vie. »

En même temps que ce poème latin de ReinarduSy commencent à paraître les trente-deux branches du ro-

man de Renart, puis les rMuaniements de cette épopée satirique sous différents noms, embrassant plus de cent mille vers, pendant près de deux siècles, et dont nous parlerons plus loin.

i(H. Trois poètes flamands, du xii©, du xiii© et du xive siècles avaient imité le roman français et composé le poème de Reinaert en ancienne langue allemande; ce poème, traduit en diverses langues, servit à la fin du xve siècle de base à un nouvel ouvrage en vers bassaxons ou allemands et intitulé Reineke.

Nous n'aurions rien dit ici de ce poème étranger de Reineke^ qui rappelle le roman de Reinardus latin et les romans français de Renart, s'il n'avait pas été traduit au xv® siècle par Hartmann Schopper, sous la titre de Spéculum vitœ aulicœ de admirabili fallaeia et astutia vulpeculœ Reinikes. Ce poème est écrit en vers iambiques de huit syllabes et d'un style médiocre ; on y trouve une certaine facilité molle, mais peu de variété ou d'intérêt ; le mètre lui-même en est fatigant pour un

poème de longue étendue , et le poème n'est curieux que comme un dernier écho affaibli de cette longue épopée satirique qui défrayait la malice de nos pères.

102. Nous devons parler encore d'un autre recueil dont nous avons dit un mot , mais qui se rattache par un point à Phèdre et à Romulus, et par d'autres au moyen âge et même à la Renaissance ; c'est le recueil de Perrotti , qui vivait au xv© siècle, et connu sous le nom de Phœdri fabellœ novœ duœ et triginta. Il fut attribué par les uns, tout entier à Phèdre, quoique le fond et le style en soient souvent barbares et presque inintelligibles, et, par les autres, à Perrotti lui-même, bien qu'il déclare le contraire dans son préambule :

Non sunt hi mei, quos putas, versiculi, Sed OËsopi sunt, Avieni et Phœdri.

La vérité est entre ces deux opinions ; ces fables sont en partie antiques par le fond et peut-être empruntées originairement à Phèdre , en partie rédigées par Perrotti ou un auteur moderne. La plupart sont faibles d'invention et quelques-unes même ridicules ; elles sont très inégales; plusieurs ont un air d'antiquité évident, d'autres conservent des traces de traditions du moyen âge, sans qu'il soit possible le plus souvent de démêler ce qui appartient à chacune de ces deux sources; il faudrait, pour cela, les rapprocher une à une des fables de Romulus et de ses successeurs, latins, allemands ou français, sans parvenir à un résultat important, car les fables sont fort médiocres, et, dans tous les cas, ont subi des altérations telles que l'on ne pourrait jamais se flatter d'avoir le texte de Phèdre,

103. Nous en citerons une qui a quelque rapport avec les fables déjà citées, et mêlée comme presque toutes les autres, de traits assez heureux et d'autres fort obscurs. C'est la dernière du recueil.

TEBllANEOLA ET VULPES.

Pravis non esse fidem adhibendum.

Avis quam dicunt terraneolam rustici, In terra nidum quia componil scilicet, Forte occucurrit improbœ vulpeculœ ; Qua visa pennis allius se sustulit.

Salve, inquit illa, cur me fugisti, obsecro; Quasi non abimde sit mihi in prato cibus, Griili, scarabœi, locustarum copise.

Non est quod metuas, rogo, te raultum diligo, Astutos propter mores et vitam probam.

Respondit contra : Tu quidem bene praedicas, Non sum tamen propins tibi, sed sum sub dio ; Quin sequor, et sic vitam tibi commita. meam.

Le début ne manque pas de précision ni de simplicité; mais d'abord ce mot de terraneola, qui désigne sans doute une sorte d'alouette, ne se trouve pas dans les auteurs latins; les quatre premiers vers manquent un peu de cette élégance sévère de Phèdre ; le septième vers renferme une faut« de quantité , locusta ayant la première syllabe brève et non pas longue ; prœdicas, dans le sens de parler, est du latin du moyen âge; mais que dire des deux derniers vers, si plats, si barbares, si lourds de pensée et de style. Les derniers mots ont une intention ironique passable, mais trop peu marquée. Telle est cette fable, assez bonne au

début, détestable à la fin; çUe donne une idée fidèle du recueil de Perrotli.

404. Nous devons retourner sur nos pas pour reprendre une tradition de fables racontées d'une autre façon et dans un autre but. Ces fables sont plus étendues et font partie d'un discours suivi ; elles ont pour but d'enseigner, d'une manière méthodique, la sagesse et l'usage de la vie ; elles sont d'ailleurs peu nombreuses et renferment plus de préceptes que de récits. Quelques-unes semblent empruntées aux fables indiennes : nous voulons parler d'un ouvrage célèbre de Pierre Alphonse, juif espagnol converti en 4106, et intitulé Disciplina clericalis. C'est une suite de leçons de morale entremêlées de fables et d'histoires, qui furent bientôt traduites en vers français et sous le nom de Castoiement d'un père à son fUs^ et plus tard en prose française, sous le titre de Discipline de clergie; nous parlerons plus loin de ces deux traductions.

Un autre moraliste du xiv» siècle, Nicolas de Pergame, a composé un livre où les fables d'Esope sont mêlées aux citations de l'Evangile et des pères de l'Eglise , sous le titre de Dialogus creaturarum ou Des-trtictoritim vitiomm; nous en citerons une. Le latin en est familier et très incorrect, mais le récit a un certain intérêt, la morale en est pure et sentie; nous soulignerons les expressions les plus incorrectes et les plus propres à la latinité de l'époque.

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