‹ La Fontaine et ses devanciers: ou, Histoire de la̓pologue jusqu'á LaChapitre 50 sur 57 · LA FONTAINE COMPARÉ A SES BEYANGTERS · texte numérisé non relu

LA FONTAINE COMPARÉ A SES BEYANGTERS

Il y a là une finesse, un naturel, et même un sentiment qui ne sont pas dans Molière ; et ce raisonnement d^un simple chieti qui est dans la donnée de la fable, vaut mieux que les discours d^un homme sans éclat.

223. Quant aux poètes qui ont suivi La Fontaine, on peut lui comparer, surtout, Voltaire , Gresset, André r4hénier, Andrieux, Béranger et Alfred de Musset. Voltaire a plus de mabce et d'étendue, mais il n'a pas plus de sens et il a moins d'abandon et de chaleur. Ajoutons que mieux encore que Boileau, notre auteur a donné dans quelques-unes de ses fables, à Voltaire et même à Lamartine; des modèles du style philosophique que ceux-ci n'ont pas surpassés. Gresset avec autant d'enjouement et de grâce n'a pas autant de variété et de naturel; Andrieux a comme lui de la gaîté et de l'intérêt, mais avec moins de souplesse et de précision dans ses contes ; Béranger a aussi le trait comique et acéré, mais il n'a pas autant d'aisance, et n'a rien de sa bonhomie. Enfin, Alfred de Musset est un charmant humoriste, mais il a trop peur du lieu commun qui n'est que la raison vulgarisée par la littérature, et que La Fontaftie seul a su rajeunir sans courir après l'originalité.

Nous ne connaissons pas assez les poètes étrangers pour les lui comparer ; il semble toutefois que Cervantes ait plus d'un rapport avec lui , mais que s'il a plus d'imagination et d'abondance, il ait moins d'étendue et de poésie. Aucun poète n'a dans le style autant d'art uni à autant de naturel, ni autant d'originalité dans la perfection. Si l'on ne tient pas compte de la différence des genres, c'est le plus grand poète de la France, c'est-à-dire le plus parfait; puisque Molière

286 LA FORTAINE GOMPAB^ A SBS DBYANGIEHS.

est mràas grand encore dans la Comédie que La Fontaine ne Test dans la Fable, à laquelle il est d'ailleurs bien supérieur. Et même selon M. Yiollet Le Duc, < c'est peut-être le plus grand poète des temps modernes : car il a produit plus de prodiges qu'aucun de ses rivaux, avec des moyens en apparence plus imparfaits, et par la seule puissance de la vérité poétique qu'il a saisie avec un tact prodigieux. > Mais comme la poésie est l'expression du beau, et que cette expression est plus pure, plus élevée et plus vive, lorsqu'elle est idéale ou directe comme dans l'ode, la tragédie ou l'épopée, nous dirons seulement que La Fontaine est de tous les poètes le plus aimable, et l'un des plus Français parmi les auteurs du xvii^ siècle. C'est à ce dernier titre que nous allons l'examiner*

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