‹ La Fontaine et ses devanciers: ou, Histoire de la̓pologue jusqu'á LaChapitre 52 sur 57 · Il y a beaucoup de vérité dans ce tableau avec · texte numérisé non relu

Il y a beaucoup de vérité dans ce tableau avec

LÀ FONTAINE TohtE FRANÇAIS DÛ XVII« SIÏCLE. ^89

un teinte d'exagération paradoxale ou exclusive qui lui donne un nouvel attrait. Cependant ce que M. Taine attribue, sans le blâmer, à l'esprit français, savoir Timpatience de la règle et Tamour du plaisir, blâmable eu soi, est partout le propre de la nature humaine, surtout dans le peuple. Il n'est pas vrai que notre civilisation, notre littérature soient artificielles, que nous soyons invinciblement portés à rejeter la règle et à chercher la jouissance, ce qui n'est autre chose que le matérialisme. Notre civilisation comme notre littérature est nationale quoiqu' empruntée à plusieurs sources; toute la vie intellectuelle n'est point concentrée dans Paris aux dépens des provinces. Enfin une foule de Français de tous les rangs et de tous les états se soumettent volontiers au devoir et résistent à l'attrait du plaisir : soutenir le contraire, c'est calomnier et avilir notre patrie.

226. Il n'est pas vrai non plus que Rabelais, Molière, La Fontaine, Voltaire et Béranger représentent exclusivement l'esprit français ou gaulois, et soient seuls populaires. Ils conviennent ipieux à la bourgeoisie vulgaire, sans être ni plus ni moins grands pour cela. C'est ainsi qu'en Grèce, Anacréon et Aristophane avaient sans doute plus de lecteurs quePindare et Sophocle, sans être ni plus ni moins Grecs, sans avoir ni plus ni moins de génie. Cela tient au genre qu'ils avaient cultivé, lequel est plus accessible à tous, parce que le peuple goûte plus l'expression comique, quoique moins pure, de la poésie, que l'expression idéale du beau. Il doit en être de même à peu près partout. Néanmoins, il faut reconnaître que Molière et La Fontaine sont peut-être plus parfaits* et plus originaux dans leur genre que Racine ou Corneille dans le leur, et que les bourgeois français

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sont plus sensibles à une poésie badine et légère qu'à une poésie touchante et sublime ; mais c'est une question de majorité numérique, et le sufirage universel n'a rien à faire dans l'art ; on n'y doit tenir compte que des esprits cultivés. Pour la poésie, la popularité est un point secondaire, et le poète doit élever la multitude jusqu'à lui, au lieu de s'abaisser jusqu'à elle. D'ailleurs, cette préférence de la multitude en France, pour tout ce qui est moins pur et moins élevé, se retrouve aussi plus ou moins chez tous les peuples. Ce privilège de la popularité a donc moins d'importance qu'on ne l'imagine et ne préjuge rien pour la perfection ou le mérite absolu des artistes; car à ce compte, un opéra-comique médiocre, une comédie de M. Scribe, auraient plus de valeur qu'un opéra de Gluck ou une tragédie de Corneille. Nous repoussons donc au nom de La Fontaine, la conclusion de son apologiste : « qu'il nous a donné notre œuvre poétique la plus nationale et la plus élevée, notre véritable épopée gauloise. > Nous n'avons pas d'épopée, mais nous avons des comédies et des tragédies admirables, des chansons, des poésies légères, des odes, des élégies, et enfin des fables, chefsd'œuvre de grâce et de poésie, qui s'élèvent au-dessus du genre, mais non au-dessus de tous les trésors de notre littérature. Car, si elles l'emportent peut-être par l'exécution, elles restent par leur portée au-dessous d'œuvres plus sérieuses. Le mérite d'exécution que la critique trouve à une œuvre, n'est pas la mesure de sa valeur comme on le croit généralement, mais bien le sentiment du beau qu'elle laisse en nous. C'est là ce qui élève Eschyle au-dessus d'Aristophane, Pindare au-dessus d'Anacréon, et même Virgile au-dessus

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