‹ La Fontaine et ses devanciers: ou, Histoire de la̓pologue jusqu'á LaChapitre 53 sur 57 · LA FONTAINE POÈTE FEANÇAIS DU XVW SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE POÈTE FEANÇAIS DU XVW SIÈCLE

d'Horace, quoique ceux-ci soient peut-être plus rares et plus parfaits dans leur genre que ceux-là dans le leur.

227. Nos réserves contre M. Taine se bornent donc à contester la prétendue légitimité , et la disposition générale et exclusive qu'il attribue aux Français, de secouer la règle pour suivre la nature, et à douter que La Fontaine soit notre poète le plus élevé et le plus justement populaire. Après ces restrictions, nous reconnaissons qu'il représente d'une manière très originale cette disposition de l'esprit humain en général et peut-être de la bourgeoisie française en particulier, et qu'il a réuni à un plus haut degré que tout autre l'art et le naturel, un génie original avec la culture de l'esprit, le goût et la raison de son époque, avec une verve libre et enjouée. On doit donc reconnaître dans La Fontaine, un des types les plus curieux du caractère français, à cette époque la plus glorieuse peut-être de notre histoire, mais non un type complet et irréprochable de notre nation.

Il était naturellement bon et honnête, et d'une grande droiture de cœur; en outre, il avait un jugement sain, et une sorte de sagacité instinctive qui lui faisaient observer et remarquer le fond des choses et des hommes. Enfin il joignait à une bonhomie champenoise, l'enjouement et même l'inoiFensive raillerie qui s'amuse de tout et voit tout d'un côté comique et plaisant. Ces qualités sont celles de sa nation et de sa province, mais il les a portées jusqu'au génie par sa naïveté, sa finesse et sa gaîlé charmantes. Les autres traits de son caractère, Tamour du plaisir, l'oubli des devoirs domestiques, les distractions dans la société, sont moins honorables,

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mais nous semblent aussi moins généraux. C'est-à-dire que si beaucoup de Français ont ces défauts, beaucoup aussi en sont afifranchis par la nature, l'éducation ou la volonté. Ainsi c'est un Français plutôt par les heureux côtés de son caractère ; un Champenois par sa simplicité candide, et un enfant gâté par les défauts qu'il ne s'est pas mis en peine de corriger. Ce penchant pour les ifemmes, par faiblesse, par légèreté et insouciance de la loi morale, plutôt que par sensualité ou libertinage, n'est pas rare non plus dans notre pays, mais peu d'hommes s'y sont livrés avec moins de scrupule , la galanterie du temps n'étant pas tempérée chez lui par les convenances sociales, ou par la religion qui aurait pu le retenir. C'est un des traits de son cœur tendre et mobile, mais un peu mou et sans diieclion morale. Nous n'avons garde de l'en justifier, tout en l'excusant par l'entraînement de l'exemple et des circonstances. Au reste, nous ne voyons en lui que l'auteur des fables chez qui cette disposition à l'amour est presque chaste, et beaucoup plus voilée que dans les contes. Mais ni le désordre de ses mœurs, ni sa négligence à gérer son bien ou à élever sa famille, ne nous semblent essentiels au caractère français, autant que son humeur douce, honnête et enjouée, et nous ne pouvons en cela ni l'approuver, ni y reconnaître le modèle de notre nation. 228. Reconnaissons que La Fontaine, d'un caractère aimable mais faible, insouciant et sensuel, doit beaucoup à la société à la fois élégante et sérieuse du xvii® siècle, tant pour le choix de ses derniers ouvrages que pour le goût pur et sévère qu'il a montré. A une autre époque, c'eût été un poète charmant mais libertin, et que n'auraient jamais pu lire les honnêtes gens.

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