Le but de la Fable est une vérité morale mise en
son jour par ane action attribuée aux animaux. A cette fin, le.poète doit concevoir une idée et Tincarner dans un type, c'est-à-dire dans un animal qui convienne à cette idée; de ce caractère doit ressortir une action entière, selon une conséquence naturelle, et cette unité doit présider à tous les détails qui peignent à l'imagination, mais qui, tous, doivent être coordonnés au but moral de la Fable. Ainsi, avec une apparente liberté d'allure , qui imite la vie dans ses accidents variés , le poète ne doit pas perdre de vue l'unité qui le domine et qui règle sa marche. C*est encore où La Fontaine excelle ; on ne voit pas d'abord où il veut en venir, et il semble n'avoir aucun parti pris; mais tout aboutit à la conclusion, et il vous y mène de la façon la plus savante et la plus naturelle. Tout ce qui n'y concourt pas est retranché ; tous les détails ont leur portée ; toutes les descriptions sont des preuves; tous les vers, tous les mots sont des pas vers le dénouement. Pas un n'est de trop, et pourtant tout vit, tout se meut avec aisance ; nulle sécheresse, mais aussi nulle redondance; s'il y a quelques répétitions, elles sont nécessaires à l'impression finale. Par exemple, dans la fable du Renard et de la Gigogne , les espérances trompées du renard tiennent douze vers , tandis que le récit n'en a que cinq ; c'est que la leçon est d'autant plus forte que le renard sera mieux attrapé.
A quelque temps de là la cigogne le prie.
' Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis , Je ne fais point cérémonie.
A rheure dite, il courut au logis De la cigogne , son hôtesse , Loua très fort sa politesse ,
Trouva le diner cuit à, poiat, Bon appétit, surtout, renards n'eq manquent po^it.
Il se réjouissait à TodQur de la viande Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande. On servit, pour l'embarrasser, En un vase à long col et d'étroite embouchure; Le bec de la cigogne y pouvait bien passer, Mais le museau du sire était d'autre mesure ; Il lui fallut à jeun retourner au logis, Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, Serrant la queue et portant bas Toreille.
Trompeurs , c'est pour vous que j'écris ; Attendez-vous à la pareille.
48. Puisque la Fable est un récit, elle est soumise aux règles que les rhéteurs assignent à la narratioa et doit être claire , courte , intéressante et vraisemblable. Quant à la clarté, la plupart des fabulistes l'ont obser-* vée sans peine,. grâce à la simplicité du genre et du sujet; seulement, on peut signaler dans La Fontaine et ses devanciers, trois ou (quatre Fables dont la conclusion manque de netteté; celles du Ciei^e, du Singe, de FHomme et la Statue, de TOiseau percé d'une flèche. Pour ce qui est de la brièveté, que l'on regardait autrefois comme la qualité essentielle de la Fable, bien qu'elle sait fort grande dans La Fontaine, ce n'est qu'une qua-^ lité relative. Elle consiste à ne rien dire de trop; mais ni ce qui se rapporte à la moralité, ni ce qui plaît à l'imagination, sans sortir du sujet, ne peut être regardé comme superflu ;, nous le disons au nom de l'intérêt , autre qualité de la narration , et au nom de la poésie , qui doit plaire et cl^rraer.
Mais ici nous rencontrons Lessing qui s'appuyant de
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la théorie des anciens, c'est-à-dire des rhéteurs, tels que Théon, déclare que la Fable doit être simple autant que possible , serrée , sans ornement et sans figure , et que la clarté seule lui suffit. «La Fontaine, ajoute-t-il, » avoue que la clarté en est Pâme , mais , s'excusant » sur la faiblesse de sa langue, il a cru devoir se ré- > compenser par . la gaîté. Et les Français , estimant » trop la gaîté, l'ont applaudi, sur la parole de Quinp tilien, qui recommande la grâce et l'agrément, ve^ » nere et gratta, ce qui ne signifie pas la gaîté. Ainsi, » continue le critique allemand, La Fontaine a fait de » la Fable un pompon poétique ^ un jouet d'enfant, qui ^ n'a plus cette précision ingénieuse des anciens » (ifiAhuit kii<tTk(nHuo{); Eutcndue de cette façon, la Fable » ne présente plus une vérité à l'intuition de l'esprit, » c'est un arc trop chargé de ciselures et qui reste » sans force et se brise. Platon, voyant Esope ainsi ^ travesti, lui dirait, comme autrefois à Homère : Et ]» vous aussi, partez, je ne vous reconnais plus. » Toute cette critique, malheureusement, porte à faux, et vient d'un mal-entendu. D'abord, l'accusation si singulière de Lessing contre la gaîté, n'est qu'une mauvaise chicane de mots. Car La Fontaine, dans sa préface, déclare, il est vrai, par modestie, que, n'ayant pu imiter la brièveté de Phèdre , il a cru devoir égayer son ouvrage, selon l'avis de Quintilien et le goût des modernes ; mais il ajoute aussitôt : « Je n'appelle pas gaîté » ce qui excite le rire, mais un air d'agrément qu'on » peut donner à toutes sortes de sujets même 1^ plus » sérieux. » Les mots de gaîté et d'égayer n'ont pas d'autre sens dans Boileau.
De figures sans nombre égayez votre ouvrage,
De la foi d'un chrétien les mystères terribles, D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.
Evidemment, égayés et gaîté signifient ici agréable et agrément^ et sont employés faute d'un autre mot plus juste. Ensuite, peut-on prendre pour modèle la sécheresse assez maussade de Phèdre, qui ne rit jamais et traite gravement les animaux comme des séna^ teurs? Nous ne parlons pas d'Esope, qui n'a rien écrit; chacun sait que les fables rédigées sous son nom par les auteurs byzantins sont un squelette décharné, produit de la barbarie, et non de l'art grec, comme Lessing paraît le croire. Enfin, cet enjouement est essentiel à îa poésie critique et surtout à la Fal)le, où les animaux jouent le rôle d'hommes et font comme la parodie de nos défauts. Cette eispèce de merveilleux entraîne nécessairement un ton de badinage que La Fontaine seul a bien saisi; et personne avant Lessing ne s'était avisé de trouver La Fontaine trop long ou trop orné : au contraire, chacun louait sa rapidité et son naturel. Enfin, et cela décide la question, la poésie vit d'images, et c'est par là non seulement qu'elle charme, mais qu'elle imprime ses leçons d'une manière à la fois plus profonde et plus agréable.
i9. Il paraît assez difficile de définir la naïveté, bien que chacun la sente; c'est un naturel extrême, qui s'ignore, qui dit môme plus qu'il ne faut dire ; il plaît dans l'enfance et n'exclut pas une certaine intelligence, mais seulement toute réflexion, toulé arrière-pensée. C'est la nature qui s'échappe et exprime ce que tout le
monde comprend mais n'ose, ou ne veut pas dire; elle paraîtrait niaise dans certaines personnes, et charme par les idées d'innocence , de franchise et d'ingénuité que nous y attachons. Elle se trahit par des mots inu<tiles à dire , mais vrais , sentis , sincères et en rapport •avec l'esprit, l'âge et la condition des personnes; c'est la convenance des petites gens et des enfants; c'est pour cela qu'elle convient dans la Fable aux animaux et à leurs historiens. Mais , pour cela , il faut que les auteurs et les contemporains soient,, par leurs idées, au niveau de ce monde imaginaire et modeste. Or, c'est ce qu'on ne voit pas chez les anciens écrivant des fables à une époque de raffinement et de corruption, et c'est ce que l'on trouve en France au xiii© et au xvi® siècles. Quant à La Fontaine , sa naïveté est en partie imitée et en partie naturelle. Elle est le produit d'un art très profond , mais aussi d'un caractère simple et plein de bonhomie; et, comme nous le verrons en par-* lant de Marie de France, celte naïveté mêlée de finesse, pour être moins sérieuse, en est encore plus aimable; s'il est naïf , ce n'est pas sans le savoir, mais sans le chercher. En un mot, la naïveté dans la Fable doit tenir à la nature même des sujets et des êtres inférieurs à nous; elle est comme le ton propre à gens de cette espèce, ainsi que le dit La Fontaine eu parlant des rats qui trouvèrent un œuf. Aussi ajoute-t-il :
Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.
Cette réflexion plait parce qu'elle prend et nous invite à prendre ces rats au sérieux ; on en sourit, mais sans s'en moquer, car on leur accorde un certain intérêt
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secondaire qui ne compromet pas notre supériorité. Ils sont tout à fait dans ce milieu, signalé plus haut, qui en fait un peu plus que des bétes et un peu moins que des hommes. D'ailleurs les animaux, sentant beaucoup et raisonnant peu, doivent s'exprimer naïvement, et cette naïveté doit s'étendre à tout le récit; c'est ce que La Fontaine seul a compris et pratiqué.
20. Il est deux autres qualités du style de l'apologue, savoir : en premier lieu, une grande souplesse, une grande diversité de ton pour peindre tant de personnages différents de caractère et de langage, qualité propre à Babrius et à La Fontaine, mais que Phèdre et les autres ont méconnue ou n'ont pu avoir, Phèdre , en particulier, a quelque chose de précis, d'exact et d'uniforme qui fatigue bientôt, tandis qu'il faudrait dans la Fable être aussi varié que la nature. En second lieu , l'enjouement est absolument nécessaire à la Fable, c'est la grâce.propre à ce récit à la fois sérieux et plaisant, moitié vrai et moitié faux. Ce n'est pas seulement un trait piquant de naïveté ou de satire, c'est une sorte de sourire plein de bonhomie répandu dans tout le récit et qui le fait accepter, parce que l'auteur n'a pas la prétention de l'imposer comme sérieux, ni de s'en moquer ouvertement. Par là, le fabuliste mnit la finesse à la naïveté , l'esprit à la candeur, et même la malice à la bonhomie. Elle n'exclut pas une certaine sérénité, mais seulement un ton trop grave ; sans tomber jamais dans la charge et la moquerie, elle avertit le lecteur de l'intention critique du récit et conserve à l'auteur une douce autorité. En un mol, elle nous tient en joie et sauve notre dignité. Cette gaité ou plutôt cet en-
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jouement est aussi bien une qualité du caractère que de l'esprit , et suppose un homme qui n'a pas d'autre préoccupation que de s'amuser en donnant des contes, c'est l'insouciance du talent et comme la bonne humeur du génie. Depuis La Fontaine on ne conçoit guère la Fable autrement, pas plus que la Comédie, sans la gaité et la vérité de Molière ; et pourtant rien n'est plus rare que cette gaîté franche et naturelle que La Fontaine et Rabelais possédaient au plus haut degré et qui fait le charme de leurs écrits ; mais dans La Fontaine, elle est toujours au service du goût et de la raison. Au reste, on a plus d'une fois comparé la Comédie et la Fable, La Fontaine et Molière ; mais comme cela tient plutôt à l'homme qu'au genre, tel qu'on le trouve chez les autres fabulistes, nous renvoyons ce parallèle à la troisième partie consacrée à La Fontaine. Si nous par* Ions ici de lui, c'est parce qu'il est le type du genre et non pour étudier son caractère particulier.
21 . Le rhythme employé dans un poème est de la plus grande importance ; les Grecs en avaient un pour chaque genre, et l'un des mérites de Phèdre et surtout de Babrius, est d'avoir appliqué à l'apologue l'iambe qui lui convient mieux que le vers hexamètre ou les distiques, Babrius surtout, comme nous le verrons, a fait preuve d'un goût supérieur dans l'emploi du vers scazon à la fois simple et satirique. On a été moins heureux au moyen âge dans l'emploi du petit vers de huit syllabes à rimes plates, vers monotone et qui porte à la diffusion; de même, certains poètes du xvi^ siècle se. sont trompés (Jans l'usage d'un rhythme trop symétrique. La Fable, dans sa variété familière, doit avoir des vers, de diifécentes mesures, à rimes croisées, qui
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la rapprochent de la prose. En France, surtout, le grand vers étant trop grave et le petit vers trop sautillant, il faut les unir librement pour conter avec liberté. Cependant, le vers de dix syllabes a de la malice et de Tenjouement, mais peut-être pas assez de naïveté, et il convient mieux au conte qu'à la Fable. Ce mélange de vers et de rimes donne aux coupes une grande variété,^ empêche la monotonie d'une mesure uniforme et surtout assouplit la forme trop symétrique de notre versification, qui tient l'âme dans un état toujours un peu tendu. Mais au lieu d'être un secours pour rimer facilement des vers médiocres , comme il arrive le plus souvent, il faut que cette variété soit soumise à la pensée que l'on veut exprimer , et cela demande une telle justesse et tant de soin, que cette négligence apparente est peut-être plus rare et plus malaisée qu'une versification plus régulière.
22. La Fontaine ayant entremêlé ses fables de plusieurs contes, surtout dans ses six derniers livres, nous devons dire un mot de ce genre de composition. Il se distingue de la Fable par deux points essentiels; le premier, c'est que la morale en est moins sérieuse et le but moins marqué; le second, c'est que les hommes et non les animaux, en sont les personnages. De là plus de liberté dans la portée morale du récit , plus de variété dans son étendue, et plus de diversité dans le ton qui lui convient. Toutefois, on doit distinguer trois sortes de contes : l'un badin ou sérieux, mais assez long, où l'on n'a pour but que d'amuser ou de toucher le lecteur ; tels sont les contes de Boccace et ceux de La Fontaine, de Rabelais et de Voltaire. L'autre est un trait épigrammatique , une anecdote plaisante , un bon
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mot; tel est le conte dans Marot, Lamonnaye et Rousseau. Le troisième y enfin , est le conte à la fois enjoué et moraly assez court,^ mais sans épig^ramme ; tels4Sont les contes que La Fontaine a insérés dans ses Fables et qui en diffèrent peu par la forme et par le fond. On n'en voit qu'un de la deuxième espèce , c'est celui des Médecins; quant à ceux de la première, la Matrone d'Ephèse, Philémon et Baucis, Belphégor et les filles de Minée, on ne voit pas pourquoi l'on s'obstine à les mettre à la suite des Fables, dont ils sont séparés, et avec lesquelles ils n'ont aucun rapport. Les autres contes qui sont mêlés aux Fables, ont pourtant quelque chose de plus gai et de plus malicieux, ils renferment plutôt une vérité philosophique qu'une morale ou une leçon de sagesse. Tels sont ceux des Femmes et du Secret, de la Fille, de la Jeune Yeuve, de l'Huître et des Plaideurs, du Vieillard et des Trois jeuûes Hommes; ce sont peut-être les plus parfaits des récits de La Fontaine, qui n'en a trouvé le modèle que dans certains latinistes de la Renaissance et quelques conteurs du xvi^ siècle. Il les a, d'ailleurs, entremêlés de causeries et de réflexions qui l'ont montré sous un nouveau jour, en ont fait un des modèles de la poésie philosophique, et l'ont mis à côté d'Horace et de Voltaire, comme nous le verrons à la fin de cette étude.
23. Jlésumons, en quelques mots, tout ce que nous avons dit de la Fable. La Fable n'atteint tout son effet et toute sa perfection que lorsqu'elle forme un poème particulier. Elle appartient à la classe de la poésie narrative, mais avec une expression mixte, c'est-à-dire idéale ou directe par son but et sa portée, critique ou indirecte par le récit et la donnée. Ce récit est soumis
aux conditions de toute narration, de façon que la brièveté n'exclut pas les ornements essentiels à la poésie, qui doit plaire et toucher, peindre et charmer en même temps qu'instruire, et que la vraisemblance s'accorde avec un certain merveilleux naturel et ingénu. On peut la définir, le récit poétique d'une action attribuée aux animaux et démontrant une vérité morale. C'est cette moralité qui lui donne sa véritable unité. Dans cette action, on suppose les animaux doués du langage, de la raison et des facultés de l'homme^ par une fiction fondée sur l'expérience et la nature humaine et entretenue par un air de crédulité naïve qui nous séduise , pour nous railler et nous instruire. Cette action , une, étendue , réelle et particulière , dépend des caractères des animaux à demi transformés en hommes et nous donnant ainsi des leçons. Le style-, outre les qualités générales de vérité, de couleur et de mouvement, doit être familier et naïf en même temps que souple et enjoué , et le rhythme qui lui convient le mieux est un mélange de vers d'inégales mesures et à rimes mêlées. Les contes que La Fontaine a insérés dans son recueil s'éloignent peu de ces caractères essentiels de la Fable et sont la partie de son ouvrage peut-être la plus parfaite et la plus originale.
24. Tout écrivain, indépendamment des vérités générales et éternelles qui font l'intérêt dominant de son œuvre , peint encore une portion de l'humanité à laquelle il doit en partie ses inspirations. Il représente la nation et l'époque qui Font vu naître , et il est curieux et même nécessaire de le rapprocher non seulement de ses devanciers étrangers, mais aussi de ses compatriotes et de ses contemporains. C'est ce que
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nous aurons occasion de faire pour chacun des fabulistes que nous allons voir passer devant nous. Nous trouverons ainsi l'esprit oriental, sentencieux et pan* théiste de l'Inde dans les contes indiens qui sont parvenus jusqu'à nous par tant d'intermédiaires; dans Babrius, la finesse et l'heureux génie de la Grèce, même à une époque de décadence; dans Phèdre, la dignité froide des Romains, puis la triste déchéance de ces deux littératures sous le nom d'Esope et de Romulus. Au moyen âge, le latin ne nous offre que des redites sans originalité chez les compilateurs, les poètes scolastiques et les sermonnaires, plus naïfs qu'éclairés. De même, l'époque de la Renaissance nous fournira des couleurs latins assez secs, quoique utiles, comme Abstemîns, et des versificateurs d'une élégance pâle ou maniérée, chez lesquels. Tusage d'une langue morte supplée ou étouffe le génie. Le français populaire du moyen âge , dans le roman de Renart, Marie de France et les Ysopets, nous offrira des modèles de grâce, de malice et de naïveté qui peignent la société féodale sous l'habit des animaux , puis des crudits ignorants et des traducteurs originaux. Le xvi« siècle produit des conteurs pleins de malice, de licence et de gaîté, tels que Rabelais et ses imitateurs, railleurs impitoyables de tout ce qu'on respectait jusqu'alors, avec un esprit d'investigation tout nouveau y et présente aussi des poètes timides et naïfs qui ne méritaient pas l'oubli et le dédain où ils tombèrent bientôt Mais les devanciers immédiats de La Fontaine nous feront mieux apprécier son génie par leurs faibles productions. Les étrangers ont peu d'originalité et ont exercé sur lui moins d'influence que ceux que nous venons de nommer. La Fontaine repro-
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duit encore mieux l'esprit populaire et le caractère français qu'il ne peint son époque , trop noble et trop sérieuse pour un genre qui semblait puéril ayant lui.
25. Ce n'est pas tout. Le poète se peint aussi par ses écrits. Si nous ne connaissons pas assez les autres fabulistes pour retrouver dans leurs Fables leur personnalité, nous verrons au contraire La Fontaine se représenter au naturel dans les récits où il fait agir et parler les animaux, et mieux encore dans les contes mêlés aux Fables, où il cause avec son lecteur et montre son esprit fin et délicat, son âme tendre et sensible et son caractère insouciant; de sorte que le sujet le plus intéressant de cette étude , sera notre immortel fabuliste et le bon La Fontaine lui-même.
%.Mais avant d'étudier le Bonhomme dans ses Fables, nous devons passer en revue tous ses principaux devanciers et faire ainsi l'histoire de l'apologue dans l'antiquité indienne^ grecque et romaine, dans la littérature latine du moyen âge et de la Renaissance, dans la littérature française depuis le xii© siècle jusqu'au xvii® et même chez les peuples voisins. C'est le principal sujet de ce travail et l'objet de la seconde partie.