‹ La Fontaine et ses devanciersChapitre 34 sur 56 · CLÂRISSIMO VIRO D. DE LA FONTAINE · texte numérisé non relu

CLÂRISSIMO VIRO D. DE LA FONTAINE

qiiod asinum judicem fabulam latinam versibus yallicis elegantissimis l'eddiderit.

EUCHARISTICON.

Quid hocee monstri? venit e Latio hispidus Et agrestis asinus, at simul Lutetiœ Spiravil auram, Gallici et fontis fuit Aspersus unda, faclus est subito aureus , Et qui ru débat, cœpit ornate loqui.

Dans cette fable, assez sèche et assez commune, l'âne décide sottement en faveur des J reions contre les abeilles, de l'oie contre le cygne, du geai contre le rossignol. En voici le début et la fin, qui sont assez spirituels.

Inter animantes cum gravis contentio Olim esset orta, sedit asinus arbiter; Quippe aririum mcnsura lilieralior Et ore toto fusa siniplicitas probi Atque patientis fecerant multis lidem.

Quid plura? Fortem vicit illo judice Columbus aquilam : pulchrior piclo fuit Pavone corvus; ovis lupo riipacior.

Vulpes iniqua scita sibilantibus :

Aliud ab illo, nil, ait, speraveram, Cujus palato carduus gratum sapit.

On ne peut que regretter la perte de la fable de La Fontaine; son génie, plus encore que le sujet, et les éloges du père Commire, doivent nous persuader qu'elle était pleine d'excellents traits de satire et de comédie.

133. Après La Fontaine, trois poètes latins mirent en vers de différente mesure quelques-unes de s es fables, tous trois professeurs français, au xviiio siècle. Pour être complet et pour montrer ce que le goût raffiné des écoles fit enfin de la langue latine, autrefois si sévère, et quelle influence indirecte l'enjouement de La Fontaine exerça sur fesprit français dans les collèges , il faudrait citer leurs traductions. Mais, à vrai dire, il n'y a que le père Giraud , qui , après Tissart , ait traduit La Fontaine en distiques, tandis que le père Desbillons l'a imité seulement en vers iambiques, et le savant Lebeau en vers hexamètres. Le père Giraud est le plus fidèle mais le plus faible des trois latinistes; sa diction est souvent lourde et prosaïque. Desbillons a le plus d'aisance et de naturel, mais avec une certaine sécheresse. Enfin, Lebeau, le plus élégant de tous, n'est pas exempt de mignardise et de prolixité.

IS^. Malgré le talent montré par ces versificateurs, ils n'ont qu'un mérite d'imitation. D'ailleurs, toute la poésie latine du moyen âge ou des temps modernes, n'étant pas sans cesse retrempée par l'usage populaire, qui, seul, donne la vie et la couleur aux langues, a quelque chose de factice et de mort. C'est un exercice de cloître ou de collège, mais il y manquera toujours l'originalité non seulement de l'écrivain, mais même du langage. Peut-être même nous sommes-nous trop étendus sur tous ces poètes latins, depuis Phèdre et Avianus, puisqu'on n'y pouvait trouver ni génie, ni vérité, mais seulement un souvenir et un pastiche; mais nous l'avons cru nécessaire , d'abord , parce que la plupart de ces auteurs étaient peu connus et que nous voulions motiver nos jugements par des citations ; ensuite , parce que les latinistes du moyen âge étaient l'expression de la moitié de la société d'alors; enfin, parce que les conteurs latins du moyen âge sont une des sources où a puisé La Fontaine.

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