‹ La Fontaine et ses devanciersChapitre 42 sur 56 · LE FOURBE FOURBE · texte numérisé non relu

LE FOURBE FOURBE

■Effracto lupus ore cadit resupinus arena, Arfem dum sapiens arte repellit equus.

Dans sa propre rase on s'abîme Souvent à force de ruser.

Et le trompeur devient lui-même la victime Du prudent ennemi qu'il voudrait abuser. Quand celui que l'on veut surprendre Est à fourbe fourbe et demi, Contre qui se défie en vain l'on cherche à prendre

Le faux visage d'un ami.

Le sage d'un coup d'œil en perce l'artifice. Avec prudence il s'en défend, Et sait prendre le temps propice Pour se débarrasser des pièges qu'on lui tend ; C'est ce qu'en cette fable un cheval nous apprend.

En passant dans une prairie, Un loup vit un clieval des autres écarté, Qui gros, gras, la chair bien nourrie, Y paissait l'herbe en liberté.

Il convoite aussitôt d'en faire sa pâture, Mais le cheval était vigouieux et puissant : Et comme de droit fil la chose était peu sûre,

Il fallait le prendre en rusant.

Je veux, dit-il tout bas, par une adresse fine.

Surprendre ce bon animal.

Aussitôt se feignant grand grec en médecine. Il marche à lui d'un pas et grave et doctoral. Tel que marche Fleurant, lorsque fourré d'hermine Il cortège à pas lents le long de la cité , Le recteur violet de l'Université.

Mais, direz-vous, un loup se feindre un Hippocrate! Quelle idée, et jamais en vit-on sur le banc? Pour des ânes d'accord, beaucoup en écarlale

Savent bien y tenir leur rang.

Tout doux, docteur, et sans que votre bile éclate , Dites-moi qui des deux fait plus couler de sang?

Le loup donc, d'une grave patte, Marche droit au cheval qui palpitait du flanc. Je te vois, lui dit-il, une poitrine étroite Ta gorge est fort enflée, et ta vue inquiète. Laisse-moi te tâter le poulx.

Et par quelque remède doux.

Je te rendrai bientôt une santé parfaite. Dans cet art merveilleux rien n'est secret pour moi; Padoue et Montpellier n'ont rien que jo ne passe, Et nul ne fit jamais un plus utile emploi De la rhubarbe et de la casse ; L'émétique et le quinquina Entre mes mains sont drogues sûres , Et mon ypécacuana, En dépit des jaloux fait d'incroyables cures :

Je sais faire surtout avec discrétion Copieuse phlébotomie, Et joindre dans l'occasion Aux remèdes communs tous ceux de la chimie. Le cheval, qui n'était point sot, Connut bientôt au premier mot De ce faux médecin l'intention secrète ,

Et pour le jouer à son tour :

Tu dis vrai, répond-il, mais c'est que l'autre jour Je me mis en courant un clou dans la fourchette : Si tu veux bien me l'arracher, 11 n'est rien que je ne te donne.

Pour cela, dit le loup, j'ai la patte fort bonne , Et tu n'as seulement qu'à m'y laisser toucher. Volontiers, répartit le prétendu malade.

Alors, tournant la croupe et levant les deux pieds, Il vous lui sangle par le nez Une épouvantable ruade.

Le loup, à demi mort du coup, tombe à l'envers. Et s'écria, tandis que le cheval s'échappe : C'est ainsi que souvent par un juste revers, Quelque fin que l'on soit, un plus fin nous attrape.

Morale.

(( L'homme prudent est toujours en défiance sur les offres de service que lui fait un fourbe , et souvent ceux qui veulent tromper les autres, sont eux-mêmes trompés par le propre artifice dont ils se servent. »

Cette prose était très inutile après les vers de la fin et du début. Ce qui rebute dans cette fable, c'est la vulgarité continue, sauf quelques traits ingénieux. Tout y coule d'un style uniformément médiocre; d'ailleurs, on ne doit pas oublier, pour le plan et même pour

certains détails, que la fable de La Fontaine avait paru depuis quelques années. La voici :

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