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CHAPITRE m

LA FONTAINE POÈTE FRANÇAIS DU XYIl^ SIÈCLE.

224.. — Selon M. Taine, La Fontaine représente le mieux l'esprit français, et est notre plus grand poète populaire. — 225. Ce que c'est que ce prétendu esprit français. — 226. De la popularité en poésie.

— 227. Caractère français de La Fontaine. — 228. Ce que La Fontaine doit à son siècle. — 229. Il a peint Thumanité en général. —

— 230. Il a peint aussi la société de son temps. — 231. Comment il représente le roi et les courtisans. — 232. Comment il peint la bourgeoisie et le pouple. — 233. Ces peintures non systématiques se trouvent réunies dans la fable des Animaux malades de la peste.

^^A. Selon M. Taine , un des derniers et des plus ingénieux critiques de notre fabuliste, de même que le paysage français n'a ni la grandeur de celui du Nord, ni l'enchantement de celui du Midi, mais une plus grande variété de teintes fines et délicates, ainsi l'esprit français a quelque chose de vif et de simple, de fin et de délié, mais sans éclat ni profondeur. Telle était l'ancienne bourgeoisie, rieuse et sensée, mais sans moralité ni portée bien élevée, et dont La Fontaine est le plus parfait représentant. Aussi ses fables sont-elles notre véritable épopée gauloise, moqueuse, rapide et variée, ayant pris pour devise :

agrément et diversité. La Fontaine, comme l'esprit français, se laisse gouverner et subit une règle étrangère, ne pouvant s'en donner une à lui-même, et insoucieux de nos immortelles destinées, ne suit d'autre penchant que celui de la nature qui nous pousse à la jouissance. C'est ce sensualisme naïf et si gaulois qui rend La Fontaine si populaire. En effet, peu de nos grands écrivains sont populaires, notre civilisation étant trop artificielle : on ne pense qu'à Paris, pendant que tout le reste en France, souffre ou jouit grossièrement sous une discipline officielle. Notre littérature longtemps renfermée dans les cloîtres, les châteaux ou les écoles, n'a pu aboutir dans les livres latins, pas plus que dans les mystères et les fabliaux; elle est devenue factice depuis la renaissance. Trois ou quatre hommes de génie seulement se sont développés en restant Gaulois; ce sont Rabelais, Molière, Voltaire et Béranger, mais surtout La Fontaine. Seul il est resté naturel et cultivé par le commerce de l'antiquité, avec beaucoup d'art et de travail; arrangeant tout selon des principes certains, et joignant ainsi à sa verve naturelle un esprit supérieur qui surpasse le pur esprit gaulois ; enfin fréquentant la bonne compagnie dans un siècle raisonnable. De tout cela il a composé un ensemble délicieux, parce qu'il était en outre un grand poète, se prenant à tout, et écrivant sous l'impression émue de tout ce qu'il voyait; poète gaulois et d'instinct, développé par la culture latine et par la société polie, il a pu ainsi nous donner notre œuvre poétique à la fois la plus nationale et la plus élevée. Ainsi pense M. Taine, que nous venons de résumer.

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